La crise pour les nuls /Lu Pour Vous

LA CRISE, QU’EST-CE QUE C’EST?
 UNE CRISE FINANCIERE

Elle est due à la déréglementation totale des marchés financiers et à la montée en puissance du pouvoir des actionnaires dans le fonctionnement des entreprises.
Les pays du Sud subissent depuis de nombreuses années la violence des politiques imposées par les institutions financières internationales. Plusieurs crises financières ont eu lieu: crise au Mexique en 1994, crise asiatique en 1997, crise argentine en 2001, éclatement de la bulle internet en 2001. Mais. la crise qui sévit depuis 2007 est d'une ampleur inédite. Ce n'est pas une crise passagère comme les précédentes, mais une crise du coeur du système capitaliste, la plus grave depuis quatre-vingts ans parce que la financiarisation s'est nourrie de la dévalorisation du travail.
UNE CRISE SOCIALE
La mondialisation libérale a déjà eu des conséquences sociales dramatiques:
- dégradation de la part des salaires dans la richesse produite au profit des actionnaires;
- précarisation des salariés et à augmentation du chômage de masse; restriction de la protection sociale (assurance maladie, retraites) ;
- explosion des inégalités;
- recul de l'accès aux droits fondamentaux dans les pays du Sud (accès à l'alimentation, à la santé, à l'éducation ... ) ;
Aujourd'hui, ce sont encore les mêmes populations qui vont subir les conséquences d'une crise qui n'est pas de leur fait.
Mondialisation libérale: Nouvelle période du capitalisme qui s'est ouverte après la crise de rentabilité des années charnières 1960·70 et après les chocs pétroliers. Cette organisation économique du monde est fondée sur la liberté de circulation des capitaux et des marchandises, sans aucun contrôle démocratique, les États et les organismes internationaux approuvant ou laissant faire.  Le chômage explose, la précarité s'accroît, les bas salaires et les retraites sont pressurés, les moyens des services publics sont réduits.
UNE CRISE ECOLOGIQUE
Nous consommons chaque année bien plus de ressources que ce que la planète peut fournir. Celle pression génère la pollution des sols et l'effondrement de la biodiversité, la dégradation de la qualité de l'air, des pénuries d'eau, l'épuisement des ressources fossiles et le réchauffement climatique. La crise écologique ne peut être résolue qu'en remettant radicalement en cause notre système de production et de consommation. Il faut rompre avec le productivisme, modèle qui privilégie la création de besoins inutiles au détriment de la satisfaction des besoins fondamentaux pour tous.
UNE CRISE ALIMENTAIRE
L'effondrement des marchés boursiers mondiaux, allié à la nouvelle recherche de profit dans les agrocarburants, ont amené les spéculateurs à se porter sur les marchés des céréales et des matières premières (blé, riz, maïs, pétrole ...). Cette augmentation soudaine de la spéculation arrive après des politiques de dérégulation menées en matière agricole. Celles-ci avaient enlevé tout levier de contrôle des prix de ces ressources que pouvaient posséder les États du Sud et obligé ces derniers à sacrifier les cultures vivrières au profit des cultures d'exportation. La spéculation a donc généré en une explosion des prix des denrées alimentaires. .1' La non moins brutale chute des prix fin 2008-début 2009 a fait place à un nouveau problème, celui de la fragilisation des petits producteurs du Sud.
Capitalisme: Système économique, social et politique, ayant pour base la propriété privée des moyens de production et le salariat, et dans lequel le pouvoir de décision ne revient pas aux salariés, mais aux propriétaires des capitaux investis.
QUELLE REPONSE DES GOUVERNEMENTS ?
Les gouvernements ont mis en place des plans de relance qui visent pour l'essentiel:
- à sauver les banquiers de la faillite en faisant payer leurs dettes par les citoyens.
- à favoriser les entreprises, sous couvert de « relance ", et, parfois, à dégager quelques modestes moyens pour aider la consommation des ménages.
Au total, ce sont des centaines de milliards de dollars, d'euros ... qui ont été injectés dans l'économie depuis 2007, et des milliers de milliards de dettes pourries des établissements financiers qui ont été garanties par les États.
ET DU G20?
Parallèlement, les vingt premières puissances économiques se sont réunies au sein du G20 pour discuter des réformes des marchés financiers. La première déclaration du G20 montre que ces réunions n'auront pour seul but que de sauver le système, en imposant un peu plus de« transparence" dans les marchés financiers : réaffirmation des principes d'« un système financier moderne et toujours plus mondialisé » et de « la concurrence entre les marchés et les systèmes financiers ", refus d'une « régulation excessive qui entraverait la croissance et exacerberait la réduction des flux financiers ", engagement de relancer les négociations au sein de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) pour accroître la déréglementation économique.
ET ÇA SUFFIT?
Ces réponses ne s'attaquent pas au coeur du problème, c'est-à-dire à la concentration des richesses entre quelques mains et à la domination des marchés financiers sur l'ensemble de nos sociétés. Au lieu de s'attaquer à la logique du système, les responsables politiques préfèrent détourner l'attention des gens en faisant reposer la responsabilité de la faillite actuelle sur quelques brebis galeuses qu'il faudrait punir (Kerviel, Madoff ... ). Par ailleurs, elles ne tiennent aucun compte de l'urgence écologique et de la nécessité de convertir nos sociétés à des modes de vie soutenables et donc d'en finir avec une recherche de la croissance à tout prix. Ainsi par exemple, l'essentiel du plan de relance français est consacré à sauver des entreprises automobiles et à construire des routes et des autoroutes alors que l'urgence écologique devrait conduire à développer les transports en commun. Enfin elles ne tiennent pas non plus compte de l'urgence à redonder les rapports entre les pays occidentaux et les pays en voie de développement. Le symbole de cela sont les réunions du G20, qui excluent totalement les pays les plus pauvres de la planète, et notamment ceux d'Afrique.
Mais est-ce si étonnant ? Comment pourrait-on espérer de ceux qui ont construit ce système à coup de dérégulations et de privatisations qu'ils puissent faire autrement ? Par exemple, les propositions de l'Union Européenne pour le G20 ont été préparées par un « comité des sages " d'anciens hauts responsables de la finance. Sur huit membres, quatre sont directement impliqués dans la crise financière par leurs fonctions dans les groupes bancaires: Rainer Masera (Lehman Brothers), Otmar Issing (Go Id man Sachs), Jacques de Larosière (BNP Paribas) et Onno Ruding (CitiGroup). Un cinquième, Callum McCarthy, a présidé l'Autorité des services financiers britannique, dont le laxisme dans le contrôle des milieux financiers est notoire. Un sixième, Leszek Balcerowicz, est surtout connu pour s'opposer à toute régulation.
Il est temps de construire une nouvelle organisation économique reposant sur la coopération et non la compétition, visant à la satisfaction des besoins pour tous et non à l'enrichissement infini de quelques-uns. Comme premiers pas significatifs vers ces changements de fond, Attac demande que des mesures concrètes soient prises :
- Interdiction des paradis fiscaux, qui sont parmi les principaux responsables de la crise actuelle car ils protègent les fonds spéculatifs, encouragent la dérégulation, et favorisent l'opacité des opérations financières en garantissant le secret bancaire.
- Socialisation du secteur bancaire, parce qu'on ne peut pas demander aux citoyens qu'ils financent le sauvetage des banques pour que cet argent aille enrichir leurs actionnaires. Cela signifie un véritable contrôle public du secteur bancaire. Surtout que le secteur privé a montré son incapacité à gérer ces biens publics que sont le crédit et la monnaie.
- Mise en place de taxes globales sur les transactions financières, sur les profits des multinationales, et sur les activités polluantes telles que les rejets de gaz à effet de serre et la production de déchets nucléaires. Ces nouvelles ressources permettront de financer des activités de préservation et de développement des biens publics mondiaux : accès à l'eau, à l'éducation, à la santé, lutte contre le réchauffement climatique, sauvegarde de l'environnement...
- Plafonnement des hauts revenus, car la concentration de la richesse entre quelques mains est un des facteurs majeurs de la crise en ayant favorisé la spéculation. Par ailleurs, on ne peut tolérer, à l'heure où l'on prêche la sobriété et des modes de vie soutenables pour la planète, qu'une caste d'ultra-riches, patrons de multinationales, actionnaires, vedettes de cinéma ou du sport, se vautrent dans le luxe. En France, le bouclier fiscal aggrave une inégalité criante, tout en privant la collectivité de ressources fiscales vitales.
Face à cette crise, les populations ont commencé partout à clamer leur colère. Au Sud, des émeutes de la faim ont éclaté l'année dernière, suite à l'explosion du prix des denrées agricoles. Elles témoignent d'une situation devenue insupportable pour des populations pouvant à peine subvenir à leurs besoins vitaux. En Grèce, les manifestations qui se sont déroulées à la fin 2008 témoignent du désespoir et de la rage d'une jeunesse européenne promise à la précarité. En Islande, la complicité entre les gouvernements et les élites financières, responsables de la quasi mise en faillite du pays, a poussé les citoyens à renverser leur gouvernement. En France, enfin, l'aveuglement du gouvernement face à la crise, qui continue à vouloir convertir à coup de « réformes " le pays aux vertus du néolibéralisme, a provoqué des manifestations massives le 29 janvier. Dans le même temps, les Antillais entamaient un mouvement exemplaire pour lutter contre la persistance d'une organisation économique aux mains de quelques descendants d'esclavagistes et des lobbies patronaux locaux.
Tous ces mouvements doivent converger afin de créer un mouvement international qui puisse peser face aux forces dominantes dans le monde, qui ne souhaitent que relégitimer un système à leur service exclusif.
Le forum social mondial: c'est un espace de rencontre ouvert, destiné à tous ceux qui s'opposent au néo-libéralisme et à la domination du monde par toute larme d'impérialisme. Né en 2001 en réponse au forum économique de Davos, qui réunit les leaders économiques mondiaux (dirigeants des multinationales, économistes libéraux, responsables gouvernementaux ... ), il s'est tenu cette année à Belém en Amazonie: 130000 personnes y ont participé, venues de tous les continents.
400 MILLIARDS DE DOLLARS : c'est le montant total que les gouvernements ont injecté pour sauver les banques
20 MILLIONS c'est le nombre total de nouveaux chômeurs que la crise pourrait créer dans le monde en 2009.,selon l'Organisation internationale du travail.
10 500 MILLIARDS DE DOLLARS , c’est la fortune cumulée des 100 000 ultra-riches à travers le monde, équivalent à un quart du PIB mondial
80 MILLIARDS DE DOLLARS, c’est ce qu'il faudrait par an pour réussir les objectifs du millénaire pour le développement
Lancée en 1998, l'Association pour la taxation des transaction financières el l'aide aux citoyens est un mouvement d'éducation populaire tourné vers l'action. Inscrit dans le mouvement altermondialiste, elle vise à la reconquête des espaces perdus par la démocratie au profit de la sphère financière. Elle cherche à la fois à dénoncer les mécanismes du capitalisme néolibéral et à être une force de proposition pour dessiner les contours d'un autre monde possible.
Ce document a été conçu par Attac : www.france.attac.org
Attac France, 66-72, rue Marceau, 93100 Montreuil-sous-Bois, Tél. : +33.(0)1.41.58.17.40 _ Fax: +33.(0)1.43.63.84.62
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UN AUTRE POINT DE VUE : MICHEL ROCARD EXPLIQUE LA CRISE
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Crise économique, L'expansion
Quels remèdes pour soigner l'hémorragie économique mondiale ?
Emilie Lévêque -  31/03/2009

Le monde s'enfonce dans une récession profonde et étendue. Ce sombre scénario pose en urgence la question des politiques économiques à mettre en place pour favoriser une reprise, à la veille du sommet du G20.
Le monde est en proie à une « hémorragie économique », subissant sa plus grave crise depuis plus de cinquante ans, estime l'Organisation de coopération et de développement économiques. Dans un rapport établi en vue du sommet du G20, qui réunira le 2 avril à Londres les dirigeants des dix-neuf premières économies mondiales ainsi que les présidents du conseil de l'UE et de la BCE, l'OCDE prévoit une contraction de 2,75% du PIB mondial cette année. Le même jour, la Banque mondiale a également publié des prévisions revues à la baisse <http://www.lexpansion.com/economie/actualite-economique/la-crise-va-fortement-peser-sur-la-croissance-des-pays-pauvres-en-2009_178135.html> , tablant désormais sur une contraction du PIB de la planète de 1,7% en 2009. La semaine dernière, le FMI a annoncé une contraction du PIB mondial comprise entre 0,5% et 1% <http://www.lexpansion.com/economie/actualite-economique/le-fmi-annonce-une-baisse-du-pib-mondial-en-2009_177368.html> .

Aucune zone et aucun pays ne seront épargnés. L'OCDE, qui rassemble les 30 pays les plus développées et riches du monde, prévoit une contraction de 4,3% de l'économie dans sa zone cette année. La Banque mondiale estime que le PIB des pays développés à revenus élevés va chuter de 2,9%, tandis que la croissance économique des pays en développement va ralentir fortement, à 2,1% contre 5,8% en 2008. Le FMI  prévoit que les économies avancées vont enregistrer un recul de 3 à 3,5% de leur PIB, et une croissance de 1,5 à 2,5% dans les pays émergents et en développement.
L'horizon de la sortie de crise se profile en 2010...
« Des conditions financières strictes et une perte généralisée de la confiance vont continuer à peser sur l'activité cette année. Les risques d'un scénario encore plus sombre l'emportent sur la perspective d'une reprise plus rapide, estime l'OCDE dans son rapport. L'organisation table néanmoins sur une reprise timide et progressive en 2010 grâce aux politiques de relance mises en oeuvre. La croissance du PIB mondial devrait ainsi regagner 1,25% en 2010. La Banque mondiale s'attend pour sa part à une reprise de l'économie mondiale de 2,3% en 2010, le FMI de 1,5% à 2,5%.

Toutes les économies ne vont cependant pas sortir de la crise à la même vitesse. Pour les pays de la zone euro, pénalisés par l'atonie des marchés d'exportation, le recul de l'investissement et la crise persistante du crédit, la reprise ne s'affermira que vers le milieu de 2010. Le PIB de la zone devrait encore reculer de 0,3% en 2010 après une baisse de 4,1% cette année, estime l'OCDE.

Les Etats-Unis pourraient commencer à sortir de la récession début 2010, « en supposant que les vastes programmes de relance se montrent efficaces et que les marchés des capitaux et du logement deviennent plus stables », précise l'OCDE qui prévoit un recul du PIB du pays de 4% en 2009. Il devrait rester inchangé l'an prochain.

C'est de Chine que vient la plus grande lueur d'espoir. Le rapport de l'OCDE souligne que, « depuis le début de 2009, certains signes donnent à penser que le pire a peut-être été atteint et que la reprise est en vue » dans l'Empire du milieu. Sa demande intérieure a ainsi réussi à compenser en partie la forte baisse des exportations, sa production industrielle est repartie et les prêts bancaires s'accélèrent dans le pays. Selon l'OCDE, le PIB chinois devrait résister à +6,3 % en 2009, contre +9% en 2008, pour repartir à la hausse à +8,5% en 2010.
... à conditions d'appliquer plusieurs remèdes
Cette reprise reste toutefois soumise à plusieurs conditions. A la veille du G20, toutes les grandes institutions financières et économiques internationales ont exposé leurs remèdes pour stopper cette hémorragie économique.

Pour l'OCDE, il faut « que les tensions sur les marchés des capitaux s'atténuent vers la fin de 2009 ». « Le danger le plus grave est qu'avec l'affaiblissement de l'économie réelle, la santé des institutions financières se dégrade davantage, les obligeant à réduire leurs prêts », souligne l'Organisation. Une mesure essentielle est de « maintenir les garanties des dépôts et des créances, les mécanismes d'assurance et les autres mesures qui ont permis de créer un minimum de stabilité ». Mais ce qui est surtout nécessaire, « c'est une action décisive à l'égard des actifs bancaires en difficulté et des problèmes plus larges que pose la solvabilité des banques ».

L'OCDE applaudit par ailleurs les plans de relance mis en place presque dans tous les pays pour amortir les effets dépressifs de la crise et créer des filets sociaux. Elle estime que ces plans stimuleront le PIB de 0,5% en moyenne en 2009 et en 2010. Concernant une nouvelle relance budgétaire, prônée par Les Etats-Unis mais écartée par les pays de l'UE, l'OCDE se montre prudente. Elle estime que la nécessité d'une relance budgétaire plus ambitieuse dépend de la situation d'endettement de chaque pays. L'Organisation recommande aux seuls pays « qui disposent de marges de manoeuvre » d'intensifier la relance en 2010.

Relance budgétaire, assainissement des banques et rejet du protectionnisme
A contrario, le FMI estime que les gouvernements doivent être prêts à faire plus en 2010, si besoin, pour stimuler l'économie par le biais de la relance budgétaire. Le Fonds en appelle ainsi les économies du G20 à consacrer 2% de leur PIB à la relance budgétaire en 2009 et 2010. Cette mesure permettrait, selon le FMI, de sauver 20 millions d'emplois.

Le Fonds milite également pour une mise en oeuvre rapide d'une politique globale de stabilisation du système financier mondial, et notamment en priorité de régler le problème des actifs toxiques. Ceci permettrait de lever l'incertitude qui pèse sur la solvabilité des banques, donc la confiance des marchés, et relancerait l'offre de crédit.

L'OMC de son côté met en garde contre un recours croissant aux mesures protectionnistes enrayant la reprise du commerce mondial. Celui-ci devrait fortement se contracter en 2009 : de 13,2% selon l'OCDE, de 9% selon l'OMC et de 6,1% selon la Banque mondiale. L'Organisation mondiale du commerce appelle donc les dirigeants du G20 à prendre de nouveaux engagements contre cette tendance lors de leur réunion du 2 avril à Londres. « Le commerce peut être un puissant outil pour sortir le monde de cette crise économique », estime le directeur général de l'OMC, Pascal Lamy, dans un communiqué publié le 23 mars.

La Banque mondiale vient pour sa part d'annoncer un projet de création d'un programme de liquidité pour le commerce mondial de 50 milliards de dollars (environ 38 milliards d'euros). Le fonds en projet recevrait un investissement de 1 milliard de dolllars de la Banque mondiale elle-même, et des financement de gouvernements et de banques de développement régionales. Elle invite également les pays du G20 à le financer.


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À trop crier au loup, on en voit le museau, 25 Mar 2009
Faut-il craindre un retour du protectionnisme ?
 En 1929, la Ligue des Nations comme le G20 aujourd’hui, avait appelé à adopter une trêve tarifaire pour les deux ou trois ans à venir. L’histoire montre que ce type de déclarations n’engage personne, y compris ceux qui les font. En attendant, il est normal de rester vigilant mais il ne faut pas décrier un protectionniste aujourd’hui chimérique, au risque de perdre toute pertinence dans les débats à venir. Comme nous l’enseigne Esope, à trop crier au loup, on en voit le museau.
Le système commercial multilatéral est dans une période particulière. Première singularité : le cycle de Doha lancé par l’OMC il y a huit ans fait du surplace. Depuis l’échec de la négociation de Genève en juillet 2008, il ne semble plus exister de dynamique positive au sein de ce processus. La faute en partie à la crise économique et financière, qui constitue la seconde singularité de la situation actuelle. En effet, dans un environnement économique où l’activité faiblit, le chômage augmente et le risque de déflation apparaît, l’application de politiques protectionnistes est tentante : cela orienterait la demande locale vers la production locale, favoriserait l’activité et l’emploi national à court terme, et augmenterait les prix intérieurs.
Il y a 80 ans, les Républicains américains succombèrent à cette tentation avec le « Household Remedy » du programme Herbert Hoover, élu en 1928 ; ces mêmes Républicains votèrent le projet de loi protectionniste proposé par le Représentant Cillis Hawley et le Sénateur Reed Smoot en juin 1930.
Beaucoup aujourd’hui déplorent un retour du protectionnisme. Certains plans de sauvetage (bail-out) comportent des clauses discriminatoires comme la provision « Buy American» du plan de relance de Barack Obama. Même si l’aspect protectionniste du projet a été au final atténué, le principe de cette clause est resté dans le plan adopté le 10 février 2009. On se souvient aussi de l’émoi suscité par les déclarations de Nicolas Sarkozy réclamant que le développement de nouvelles capacités de production de l’industrie automobile se fasse sur le territoire français. En ce qui concerne les mesures à la frontière, beaucoup ont noté l’adoption récente de mesures protectionnistes (l’Argentine sur des produits textiles, automobiles, des chaussures ; l’Inde sur des produits sidérurgiques ; mais encore l’Equateur, le Mercosur, la Russie, l’Indonésie…).
Face à ce constat, doit-on conclure à une résurgence des vieux démons ? En l’état, la réponse est négative. S’il est important de rappeler les risques du protectionnisme, il est aussi important de souligner que les pays membres de l’OMC ne se sont pas lancés pour l’instant dans une escalade protectionniste. Il serait contre-productif et même dangereux de crier au loup trop tôt. Les changements récents de politique commerciale s’inscrivent dans la conduite normale de ces politiques.
Tout d’abord en matière de protection statutaire, les pays membres de l’OMC ont de la flexibilité pour remonter des droits (flexibilité appelée « marge de consolidation », soit la différence entre taux appliqué et taux consolidé) en fonction de l’activité ou des prix mondiaux. Ce que notent certains observateurs n’est pas forcement significatif puisqu’ils ne comparent pas l’adoption de ces mesures à ce qui se passe dans le moyen terme. Or même si dans le long terme nous observons une tendance à la libéralisation des échanges, dans le moyen terme ce n’est pas forcément le cas ; certains droits sont abaissés certaines années pour être remontés dans les années suivantes. Ainsi, lorsqu’on regarde les taux appliqués par les membres de l’OMC sur les échanges qu’ils réalisent entre eux sur la période 1995-2006, pour 163 pays et plus de 5000 produits, on note dans 4,7% des cas, des remontées de taux entre deux années consécutives, soit presque cinq millions d’occurrence (calculs des auteurs réalisés à partir de la base TRAINS de la CNUCED). Les quelques mesures, citées précédemment et notées abondamment par tous les observateurs depuis septembre 2008 ne sont donc pas forcément significatives et auraient pu être adoptées même en l’absence de crise économique et financière.
On peut aussi assister à des augmentations de taux de protection, non désirées, notamment dans l’agriculture où il y a des droits de douane spécifiques (définis en unités monétaires par unité physique) dont l’impact restrictif augmente mécaniquement en temps de baisse des prix mondiaux.
De plus, les États ont régulièrement recours à des mesures contingentes. Elles correspondent à l’exercice de représailles dans des disputes commerciales. Ces disputes ont toujours existé et existeront toujours. Il n’y a rien de bien nouveau dans tout cela. La mise en place de par la Commission Européenne de droits compensateurs et anti-dumping sur les exportations de biocarburants américains s’inscrit dans la défense normale des intérêts industriels de l’Union Européennes. Malgré la situation, on constate même une certaine modération : les Etats-Unis ont retardé d’un mois (du 23 mars au 23 avril) l'application de nouveaux droits protectionnistes dans le cadre de représailles autorisées par l’OMC concernant le différend sur le bœuf aux hormones.
En fait le système commercial multilatéral est dans une période d'observation où tout faux pas pourrait avoir des conséquences très dommageables. Malgré les incantations répétées, y compris par le dernier G20, le Cycle de Doha n'avance pas. Il n’y aura certainement pas de relance des négociations commerciales avant plusieurs mois. Des élections importantes doivent avoir lieu très prochainement en Inde et en Indonésie (première et troisième démocratie du monde en termes de population). Les effets de la crise se font de plus en plus sentir et parallèlement on attend de voir si les programmes adoptées de relance économique vont avoir une quelconque efficacité. La pression des lobbies intérieurs en faveur du protectionnisme s’accroît, profitant des tensions économiques croissantes et des critiques contre le libéralisme économique nées de la crise financière.
Jusqu’à présent aucun grand pays n’y a cédé et il est important de le reconnaître. Il reste que même si les gouvernements ont aujourd’hui une certaine conscience du danger d’un recours au protectionnisme, le risque à moyen terme est réel : si la crise économique s'ancre durablement, si le chômage s'installe avec des effets sociaux dévastateurs, les gouvernements auront de plus en plus de mal à résister aux sirènes protectionnistes. Dans ces conditions et pour éviter d'en arriver là, plutôt que de crier au loup ou de se contenter de grandes déclarations, la conclusion du Cycle de Doha serait un engagement légal et concret, de même à stabiliser le système commercial.
Antoine Bouët
Economiste senior à l'Institut international de recherche sur les politiques alimentaires
David Laborde
Chercheur à l'Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (Washington DC)
Source:
http://www.telos-eu.com/fr/article/a_trop_crier_au_loup_on_en_voit_le_museau


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La crise a interrompu 30 ans d'enrichissement des Français
avec AFP  17/03/2009  - L'Expansion.com 

 
Evolution comparée du patrimoine des Français en annés de revenu disponible brut (RDB) et des indices boursiers et immobiliers (source Insee)


 
Après avoir fortement progressé entre 1978 et 2007, le patrimoine des ménages a baissé en 2008 sous le double impact de la crise immobilière et de la crise boursière.

Le patrimoine net des ménages français, qui détiennent plus des trois quarts du patrimoine national, devrait baisser en 2008 pour la première fois depuis 30 ans en raison du recul de la Bourse et du retournement du marché immobilier, selon une étude publiée mardi par l'Insee <http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?ref_id=ip1229> .

Fin 2007, les ménages détenaient un patrimoine net de l'ordre de 9.500 milliards d'euros, constitué pour deux tiers d'actifs non financiers, essentiellement des biens immobiliers, indique cette étude sur "le patrimoine économique national de 1978 à 2007".

Les logements possédés par les ménages représentent 27% de l'ensemble de leurs actifs et les terrains sous-jacents 35%, précise l'Institut national de la Statistique.
7,5 années du revenu en 2007
"La valeur du patrimoine net des ménages a fortement progressé au cours des dix dernières années; elle représente ainsi 7,5 années de leur revenu disponible brut en 2007, contre 4,4 années en moyenne sur la période 1978-1997", explique l'Insee.

Cette hausse du patrimoine non financier est liée à plus de 80% à l'envolée des prix du marché immobilier et, dans une moindre mesure, à l'investissement soutenu en logements neufs. Selon l'étude, 58% des ménages étaient propriétaires de leur logement en 2007, contre 47% en 1978.

Si entre 2003 et 2006 la valeur du patrimoine des ménages a crû de plus de 10% par an, dès 2007, cette hausse s'est modérée sous l'effet des prix de l'immobilier et des actifs financiers.
Vers une baisse de 3% en 2008
"Elle devrait laisser la place à une baisse en 2008 (de l'ordre de 3%), pour la première fois depuis trente ans, compte tenu du recul de la Bourse et de l'amorce d'un retournement du marché immobilier" entraînés par la crise internationale, souligne l'Insee.

A titre de comparaison, le patrimoine des Américains a fondu de 17,9% en 2008 <http://www.lexpansion.com/economie/actualite-economique/etats-unis-les-americains-s-appauvrissent_177073.html> .

En matière de placements financiers, les préférences des Français ont fortement évolué: l'épargne liquide (disponible immédiatement) prédominait largement en 1978, avec 63% des actifs financiers, mais ne représente plus que 29% en 2007.

"Cette épargne a été complétée par des placements à long terme plus ou moins risqués" et l'assurance-vie représente désormais plus du tiers de l'encours des placements des ménages.

Parallèlement, le nombre de particuliers détenteurs de valeurs mobilières (actions, obligations, etc.) est passé d'un million en 1978 à 12 millions en 2007. Leur portefeuille de titres représente 27% de leurs actifs financiers en 2007 (moins de 20% en 2008) contre 10% en 1978, précise l'Insee.

Pour accroître leur patrimoine, "les ménages se sont largement endettés": les prêts à long terme (assimilables à des crédits immobiliers) représentent 69% de leur revenu disponible brut en 2007, contre 26% en 1978.
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France : le pire de la crise est-il encore à craindre ?
Emilie Lévêque -  20/03/2009
Insee, note de conjoncture, mars 2009

L'acquis de croissance pour 2009 à fin juin sera de -2,9 %, selon l'Insee, alors que Bercy table sur un recul du PIB de «seulement» 1,5%. Une récession d'une ampleur sans précédent qui fait s'éloigner encore plus la perspective de la reprise.

L'Insee brosse un sombre tableau de l'économie française dans sa note de conjoncture de publiée le 20 mars, note d'ailleurs titrée « La récession se prolonge ». Cette récession est la pire que la France ait connue depuis le premier choc pétrolier il y a 35 ans. En dépit de prévisions alarmantes, notamment sur l'effondrement de la production industrielle et sur l'envolée du chômage, le scénario de l'Institut national de la statistique suggère implicitement un retour à la croissance en fin d'année. Le pire de la crise est-il passé ou est-il encore à craindre ?



L'Insee, qui limite sa prévision au premier semestre, table sur un recul du produit intérieur brut français de 1,5 % au premier trimestre puis de 0,6 % au deuxième. Au quatrième trimestre, le PIB s'était contracté de 1,2%. Avec la poursuite du recul de l'activité, l'acquis de croissance pour 2009 serait de -2,9% à la fin juin.

Si les prévisions de l'Insee s'avèrent justes, il faudrait une croissance de +1,9% au troisième et au quatrième trimestres pour atteindre l'objectif gouvernemental de -1,5% de recul du PIB en 2009. Des hypothèses peu réalistes.
Effondrement de la production industrielle et du commerce extérieur
L'Insee prévoit que la demande mondiale adressée à la France s'affaisse de 4,3 % au premier trimestre 2009, puis de 2,9% au deuxième trimestre. Les exportations françaises s'en ressentiraient fortement : elles se replieraient de 5,8 % puis de 2,5 % sur les deux premiers trimestres de 2009.

Les entreprises françaises devraient donc continuer de rogner sur l'investissement qui devrait chuter de 5,1% au premier trimestre et de 3,4% au deuxième. Le taux d'utilisation des capacités est actuellement à 76%, trois points et demi en dessous du niveau atteint à l'occasion de la récession de 1993. Le fort mouvement de déstockage qui a amputé la croissance de 0,9 point au quatrième trimestre devrait en outre se prolonger avec une contribution négative de 0,6 point au PIB du premier trimestre puis de -0,2 point au deuxième.

Or les perspectives du commerce mondial s'annoncent de plus en plus sombres. Le Fonds monétaire international a une nouvelle fois abaissé, jeudi 19 mars, ses prévisions pour l'économie mondiale et prévoit désormais que le PIB de la planète se enregistre en 2009une contraction comprise entre 0,5% et 1%. Les économies avancées devraient connaître un recul de 3% à 3,5% de leur PIB, selon le FMI. Aux Etats-Unis, cette contraction serait de 2,6%, au Japon de 5,8% et dans la zone euro de 3,2%.
La France un peu moins touchée que les autres par la crise
Dans la note conjoncturelle, l'Insee estime que la crise pourrait coûter de 3 à 7 points de croissance selon les pays avancés en 2009. La France perdrait pour sa part 4,3 points de croissance. C'est plus qu'en Italie (-3,1 points de croissance) mais moins que dans les pays anglo-saxons (-5,8 points pour le Royaume-Uni et -5,5 points pour les Etats-Unis), au Japon (-7 points) et en Allemagne (-5,5 points).

Cette relative « résistance » de la France s'expliquerait par sa moindre dépendance au commerce extérieur, la croissance étant majoritairement soutenue par la demande intérieure, c'est-à-dire la consommation des ménages. Or celle-ci devrait résister en 2009, sous l'effet de la baisse des prix. 
La consommation devrait résister, très faiblement...
Selon l'Insee, la consommation ne devrait guère croître au premier semestre 2009, mais elle devrait croître quand même, de 0,2 % au premier trimestre et de 0,1 % au deuxième. Ceci grâce à la légère augmentation du pouvoir d'achat des ménages (+0,7 % au premier semestre 2009 après +0,3 % au premier semestre 2008), due essentiellement au repli de l'inflation, voire à la déflation : l'Insee table sur un glissement annuel des prix à la consommation négatif en juin, à -0,6%.

L'institut écarte toutefois tout risque de déflation durable en France. Ce mouvement négatif ne serait que « temporaire », dû principalement à la forte baisse des produits énergétiques ainsi que, dans une moindre mesure, de celle des produits alimentaires. En revanche, si elle se replie, l'inflation « sous-jacente - l'indice des prix hors produits les plus fluctuants, c'est-à-dire les produits énergétiques et alimentaires - devrait rester positive : elle passerait ainsi progressivement de 2,1 % en octobre 2008 à 1,4 % en juin 2009. « Il n'y a pas de risque de déflation en France en 2009 », assure Frédérique Cerisier, économiste chez BNP Paribas.
... sous la menace de la hausse du chômage
Cette résistance de la consommation en France reste toutefois soumise à une forte incertitude : la forte hausse attendue du chômage qui pousserait les ménages à accroître leur épargne en raison de l'incertitude sur leurs revenus futurs.



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Le socialisme pour les Nuls
Sous titre « revivez les grandes heures du socialisme français » 22€90

Ce livre a un double intérêt: c’est à la fois un livre d’histoire du socialisme français et une encyclopédie des hommes et des femmes socialistes.

C’est un livre d’Histoire qui part des fondements historiques du socialisme: du Christ, à l’Humanisme au XVI°pour arriver à la Grande Révolution. Au cours du XIX il fait découvrir les grandes utopistes, la misère ouvrière vers 1848 et la Commune. Les socialistes au XX° sont confrontés à de nombreux dilemmes, qu’ils n’ont pas toujours  surmontés facilement  :la clandestinité (1940), la Résistance, la rupture avec les communistes, la guerre d’Algérie, le triomphe du gaullisme……
Pour tous ceux qui sont allergiques à l’Histoire, la 4e et la 5e partie sont les plus intéressantes. La description de l’ère Mitterrand (1965-1995) nous permet de relativiser les conflits du Congrès de Reims qui ne sont que des broutilles par rapport à la violence des affrontements passés. Dès le Congrès d’Epinay (1971), la motion des amis de Mitterrand l’emporte de  justesse avec 51,2 % contre 48, 7 (Savary) et 4,4 % d’abstentions. Le tout nouveau socialiste François Mitterrand fait du PS un parti pour conquérir le pouvoir. Après la victoire, le PS doit cohabiter avec Mitterrand et affronter d’autres difficultés (rigueur, cohabitation, crise européenne)
De 1995 à nos jours, le PS va des années d’espérance (1995-2002) aux années d’incertitude.

La deuxième partie est un mini  who’s who du parti.
Il s’agit, de très courtes biographies

-    Les 10 figures historiques du socialisme comme Jules Guesde, Blum ou Jaurès
-    -Les 10 personnalités socialistes comme Jean Longuet, Savary ou Hollande
-    -Les 10 figures du socialisme municipal d’Augustin Laurent à Catherine Trautmann en passant par Martine Aubry.
-    Les 10 femmes socialistes :de Colette Audry, à Anne Hidalgo en passant par Ségolène Royal
-    Les 10 dirigeants socialistes d’aujourd’hui de Bartolone à Hamon en passant par Mélenchon (remarque : diriger, ce n’est pas une affaire de femmes)

Ces choix arbitraires  sont le fait des deux auteurs :
Alain BERGOUNIOUX :
- Historien, Inspecteur général de l'Education Nationale,
- Président de l'Office Universitaire de Recherche Socialiste (OURS est membre de la direction nationale du PS, conseiller aux relations  avec les fondations et aux revues.

Principaux écrits :  L'utopie à l'épreuve (avec G.Grunberg)
                                Le régime social-démocrate (avec Bernard Manin)
                                Les habits neufs de la droite française (avec Caroline Werkoff)
                                L’ambition et le Remords : les socialistes français et le pouvoir (1905-2005) (avec Gérard Grunberg).
Denis LEFEBVRE
-journaliste, secrétaire général de l’OURS
-Directeur de l’encyclopédie du socialisme

Principaux écrits     -Guy Mollet, le mal-aimé
            Socialisme et franc-maçonnerie
            Les socialistes et l’Europe : de la Résistance aux traités de Rome.
Conclusion : Ce livre est facile et  agréable à lire. Tout honnête homme peut l’avoir dans sa bibliothèque et toute femme peut sourire de ses apriori . (Anne Junk)