Seule Ségolène Royal ?

Publié le par desirsdavenirparis5

C’est d’abord faire injure à son conseil politique, qui se réunit, chaque semaine, composé de fidèles de la première heure, qu’il s’agisse de Jean Louis Bianco, Jean-Pierre Mignard, Dominique Bertinotti, ou de François Rebsamen, de cette jeune garde, la relève, Delphine Batho, Guillaume Garot ou Najat Varaud-Belkacem. ou de Gaëtan Gorce et des autres parlementaires amis; à ses nombreux soutiens et amis, notamment Jacques Attali, Bernard Henri Lévy, Pierre Bergé, Ariane Mouchkine, Alain Touraine, Philippe Aghion, Edgar Morin, Claude Fontaine, et tous ceux qui sont venus s'exprimer aux universités populaires - qu'il me soit pardonné de ne pas les citer tous - et à l'équipe de bénévoles: Salim, Béatrice, Cyril, Martine, Razak, Emmanuelle, Benoît, Odile, Maryvonne, Monique, Karima, Pascal, Antoine...

Seule Ségolène Royal ? Plus de 8000 adhérents à Désirs d’Avenir, au bas mot. 600 personnes en moyenne à chacune de ses Universités Populaires Participatives, ce laboratoire d’idées où se côtoient régulièrement et en public les meilleurs spécialistes des sujets traités, que ce soit sur les liens Afrique-Europe, la Valeur travail, la crise économique ou la sécurité alimentaire.

Seule Ségolène Royal, qui réunit plusieurs milliers de personnes à la Fête de la fraternité à Montpellier sans l’aide de la Fédération, encore moins des élus dont certains ont même gentiment encouragé les militants à ne pas venir à Montpellier ?

Seule Ségolène Royal ? C’est oublier un peu vite les centaines de milliers de connexions sur son site internet.

Seule Ségolène Royal, dans sa région en Poitou-Charentes, lorsqu’elle fait les marchés, rencontre les salariés, discute avec les gens ?

Seule Ségolène Royal, à l’étranger lorsqu’elle est invitée en Grèce, aux USA, dans les Balkans , en Afrique ou en Amérique Latine pour exposer son expertise sur la démocratie participative ou le développement durable ?

Cessons ces fadaises, ces analyses tirées par les cheveux qui consistent à démontrer à travers chaque détail, que cette femme est disqualifiée pour la présidentielle.
J’ai même lu et j’avoue que les bras m’en sont tombé, l’interview d’un spécialiste de la spécialité internet expliquant le plus sérieusement du monde que le site démontrait qu’elle ne savait pas s’entourer, donc qu’elle ne savait pas décider, donc qu’elle n’écoutait personne, donc qu’amenée à diriger un pays, elle serait forcément incapable de diriger une armée ou de prendre des décisions stratégiques. Tout cela à partir d’un site qui a buggé, notamment parce qu'il a recueilli en quelques jours plus de 2,5 millions de connexions,  ce qui fait de lui le site politique  le plus important.

« Socrate est mortel. Les chats sont mortels. Donc Socrate est un chat »
Ce syllogisme d’Eugène Ionesco illustre à merveille la bêtise crasse de ce type de raisonnement qui empoisonne l’analyse politique .

Oui, derrière ces fuites, incessantes, cet analyse décortiquée de tout évènement qui touche de prés ou de loin l’ex candidate à la présidentielle, il y a bel et bien une opération politique rondement menée pour affaiblir une personnalité politique au moment le plus sensible : après une défaite et avant une reconquête. Cet instant, connu par François Mitterrand, ou Jacques Chirac, cet instant de mutation où l’on quitte ses réflexes anciens, ses vieilles habitudes où l’on se reconstruit personnellement, politiquement; Ce moment délicat où la nouvelle armure n’a pas encore remplacé l’ancienne, où l’on réfléchit à ce qu’on n’a pas fait et ce que l’on fera la prochaine fois, où l’on recompose ses équipes, son corpus idéologique, ou l’on s’ouvre à d’autres horizons pour faire son miel et repartir à la bataille. On appelle cela une traversée du désert. Tout les hommes et les femmes politiques majeurs l’ont subie, l’ont dépassée, pour finalement triompher. J’ai traversé suffisamment de septennats pour pouvoir l’affirmer : Ségolène Royal vit cet instant là et ce mois infernal était destiné, non pas à la faire réfléchir mais bel et bien à la disqualifier durablement, à miner son terrain avant son tremplin des régionales.
Pierre Bergé l’a bien compris qui, en petit comité , tance ses troupes et rappelle à qui veut l’entendre qu’il soutiendra l’ex candidate jusqu’au bout. Il était là, le 5 octobre dernier, avec BHL à l’université populaire consacrée à Barak Obama. Et il sera là jusqu’au bout, malgré la tentative de l’un de ses collaborateurs qui alimente depuis des mois la chronique politico-médiatique et ne s’en cache même plus.

Quelles que soient les errances, les zones d’ombre, les fulgurances et le tempérament intraitable de Ségolène Royal, méritait elle ce flot venimeux, ces articles en cascades, ce bashing permanent total de gauche, de droite, du centre, des verts ?
Non, évidemment . Mais à bien y réfléchir, elle devrait en être flattée.
Qui peut se vanter de subir un tel traitement ?
Qui peut se vanter d’être en permanence l’objet d’échos aussi farfelus que sa supposée soirée new yorkaise avec une astrologue célèbre ou la vraie fausse mission confiée par le PNUD ?
Combien de pages consacrées aux incohérences permanentes de Nicolas Sarkozy, aux valses et aux portes qui claquent dans les cabinets de tel ou tel ministres ?

Combien ? Si peu à dire vrai au regard de ce que le moindre de ses faux pas, la moindre de ses déclarations, la moindre de ses sorties privée, déclenche comme coulée d’encre et de lave malveillante.

Si Ségolène Royal doit s’interroger sur ce qui peut déclencher ce type de comportement irrationnels, l’autre face de son charisme, elle aurait tort de se poser en victime.
Il y a dans ce monde à genou, une forme de grandeur à rester libre, à tenir debout et à le rester, même face au vent le plus violent. Surtout face au vent le plus violent.
Il y a là la marque des grands guerriers à faire de la politique comme on l’entend, comme on le croit juste, en dépassant les codes qu’elle juge obsolètes, à tort ou à raison.
Il y a la une véritable raison de se réjouir, pour qui aime démocratie et le débat d’idée, de voir une femme qui a déjà vécu une vie que peu de leaders politiques ont eu la chance de construire : plusieurs fois ministre, députée, finaliste d’une présidentielle. Oui, il y a toutes les raisons de se réjouir a voir cette femme poursuivre sa route, tracer son chemin avec son sabre , sa principale qualité : le courage. Renverser la table, ouvrir la voie, chercher, proposer, trébucher, se relever , avancer comme un brise glace : l’ordre juste , la fraternité, la démocratie participative, la France métissée, la rénovation du parti socialiste. Elle a impulsé toutes ces idées et l’on voit bien à quel point son propre parti, obsédé, encore et toujours par sa candidature à la prochaine présidentielle, siphonne ces idées sans en produire de nouvelles.
Il y a enfin quelque chose de réjouissant à voir une femme assumer pleinement sa vie privée, même si cette vie privée ne convient pas aux codes germanopratins.

On ne devrait pas sous estimer Ségolène Royal. L’an dernier, à la même époque, Bertrand Delanoé devait gagner le Congrés de façon écrasante. On vit ce qu’il advint. En Juin dernier, c’est François Bayrou qui devait dépecer le parti socialiste aux Européennes. On vit ce qu’il advint. Il fut un temps peu lointain où Olivier Besancenot était considéré comme l’opposant principal à Nicolas Sarkozy. On vit ce qu’il advint. Aujourd’hui, c’est Dominique de Villepin. Et demain ?
Ainsi va la presse, qui fabrique périodiquement des diables et des dieux, des héros et des salopards. Mais seules comptent vraiment les courbes de vie qui viennent de loin, s’enracinent dans les victoires, se nourrissent des défaites, pataugent dans la boue de leur campagne, de leur rue, emballent les foules et prêchent dans le désert, marchent très accompagné ou les mains dans les poches, seuls, sous la pluie.
On appelle cela un destin politique. Peu de dirigeants sont capables de le forger. Ségolène Royal en fait partie. Et il se pourrait bien qu’un jour, à force d’avoir été isolée, elle soit majoritairement seule.


Platon

(extrait de http://www.retablirlaverite.org/)

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