Réforme des retraite : réactions dans la presse

Publié le par desirsdavenirparis5


Voici des réactions de la presse, jeudi 17 juin, sur la réforme des retraites :


·                               

    

LIBERATION

(Laurent Joffrin)

"On peut tourner la question dans tous les sens, la conclusion s'impose d'elle-même: les classes populaires seront les premières victimes de la réforme des retraites. En repoussant de deux ans l'âge légal de départ, on touche par définition ceux qui commencent à travailler tôt, qui sont aussi les plus mal payés et ceux dont l'espérance de vie, en moyenne, est la plus courte. (...) Peut-on encore l'éviter ? Oui : en trouvant des recettes nouvelles pour le même montant. Le PS l'a proposé. Mais beaucoup d'experts, pas seulement au gouvernement, jugent cette taxation excessive; d'autres font valoir que les besoins de financement de l'Etat sont tels qu'il faut garder en réserve ces éventuelles recettes supplémentaires. Alors pourquoi ne pas accroître les cotisations ? Nicolas Sarkozy s'y refuse. On réduirait le pouvoir d'achat des salariés, dit-il, et on handicaperait les entreprises, qui seraient d'autant plus incitées à se délocaliser. Argument à demi recevable: chacun paierait un peu plus pour éviter aux classes populaires de supporter le gros des sacrifices. La solution serait douloureuse pour tous, mais nettement plus égalitaire. Le gouvernement Fillon n'en veut pas. Il n'y a pas choix plus politique."

 

LE MONDE

"(...) Sauver les retraites fait partie de ces grandes causes nationales qui, par-delà les alternances électorales, concernent et concerneront toutes les majorités. (...) L'actuel gouvernement a cependant choisi d'abattre ses cartes dans une conjoncture qui n'est guère confortable: Bruxelles le pousse à réformer sans faiblir, alors qu'il ne dispose d'aucune réserve de popularité et ne s'est assuré de l'appui d'aucun syndicat. L'écueil qui le guette est celui qu'avait rencontré Alain Juppé en 1995 lorsqu'il avait voulu réformer et la Sécurité sociale et les régimes spéciaux des retraites: en faire trop dans la remise en cause des acquis (...). La réforme annoncée mercredi 16 juin pèche par manque d'équité (...) Le gouvernement pénalise les salariés qui ont commencé à travailler tôt et les femmes, dont la vie professionnelle est morcelée. Face à cela, les mesures de justice sont réduites à la portion congrue (...). Prudemment, Nicolas Sarkozy s'est donné quelques jours. Arrondir les angles et corriger la copie avant la présentation en conseil des ministres, le 13 juillet ? Ce serait sage. S'il est irresponsable de ne rien faire, il peut se révéler tout aussi contre-productif de vouloir transformer la réforme des retraites en bataille idéologique droite contre gauche."

 

L'HUMANITE

(Patrick Apel-Muller)

"(...) Une réforme brutale et autoritaire, un recul social sans précédent, le contrat social français déchiré, l'intérêt égoïste d'une poignée d'oligarques abonnés au Fouquet's préféré à l'épanouissement général. (...) Il suffirait de deux chiffres rapprochés pour discréditer la réforme Sarkozy des retraites: les plus fortunés ne cotiseraient que pour 1% de leurs revenus quand les salaires des fonctionnaires seraient amputés de 3%. Tout est à l'avenant: les salariés financeront 22 milliards d'euros de leur poche tandis que les revenus financiers, les dividendes et autres stock-options ne contribueront que pour 3,7 milliards. Les dirigeants de l'UMP s'étaient indignés que le président soit comparé à l'escroc Madoff. Ils avaient raison: le financier volait des riches alors que ce sont les pauvres que dépouille l'hôte de l'Élysée. La réforme est injuste mais, pire encore, elle sera inefficace. En ponctionnant les revenus des salariés, elle va tarir la consommation intérieure, et donc la croissance et l'emploi. La décrue des cotisants va donc être accélérée et les déficits de nouveau creusés. (...) Ainsi, pour satisfaire les agences de notation et les marchés financiers, se créent les conditions de nouvelles convulsions économiques, sans doute plus violentes encore que celles que nous traversons. (...)"

 

LA CROIX

(Dominique Quinio)

"De ballons d'essai en annonces tests, la réforme du système des retraites, depuis deux mois, occupe les esprits et le gouvernement. Le projet qu'Éric Woerth a présenté hier ne devait donc surprendre ni l'opinion, ni les syndicats ou les partis politiques. Chacun a eu le temps d'affûter ses arguments.

D'une architecture complexe, et d'une réelle ambition, la réforme prévoit d'agir sur plusieurs leviers: le plus symbolique étant le recul de l'âge légal de la retraite (à 62 ans) (...) Enfin, les gros bataillons des 'baby boomers' entrant dans le temps de la retraite, il n'aurait pas été incongru de les faire participer davantage à l'effort général, pour permettre aux plus jeunes de bénéficier eux aussi d'une retraite décente. Le gouvernement engage une bataille importante où se joue - et se juge - le gros oeuvre d'un quinquennat. Ce qui explique l'ardeur des oppositions. Puisse l'enjeu ne pas empêcher les dernières concertations, les accommodements raisonnables. Pour une réforme plus juste et pérenne."

 

Publié dans Retraites-travail

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article