Qui paie pour les notations des Etats?

Publié le par desirsdavenirparis5

Le débat qui fait rage sur la nature, la responsabilité et l’opportunité des notations souveraines peut être avantageusement éclairé par une analyse réaliste du mode de rémunération de ces notations.

Au départ, les notations visaient les obligations des entreprises et des banques. Dans les années 70, Moody’s en particulier a développé un activisme visant à  étendre cette notation aux Etats souverains et aux nombreux émetteurs publics d’euro-obligations, tels la Banque Mondiale ou la Banque Européenne d’Investissement.

J’étais à l’époque en charge du consortium des émetteurs des obligations du Royaume de Belgique. Je me souviens de la démarche, qui fut abondamment critiquée et à laquelle bon nombre d’Etats ont hésité à souscrire.

Pour convaincre les Etats, les agences de notation ont exercé une forme de chantage visant à dire aux Etats récalcitrants que Moody’s qu’elles iraient de l’avant quelle que soit la décision de l’Etat et qu’il était de l’intérêt de celui-ci de « coopérer » plutôt que de se voir imposer une notation.

La théorie veut que cette notation était requise par les investisseurs. Ce n’est pas entièrement faux, mais les vrais commanditaires des agences de notation sont les banques qui dirigent ces émissions. Pendant des décennies, les investisseurs se basaient sur les estimations des banques qui effectuaient d’ailleurs un examen approfondi du crédit de l’émetteur. La notation était un  moyen facile de ne plus devoir effectuer ces analyses onéreuses.

Lors de la crise financière, on se souviendra que les banques d’affaires se sont basées sur des notes AAA pour des obligations qui rassemblaient des crédits hypothécaires, notamment sub-primes. Dans ce cas, elles sont allées jusqu'à « fabriquer » des actifs financiers dont elles savaient qu’ils étaient défectueux et ce petit ménage à deux a envahi les marches de produits qui devaient faire exploser la crise financière des 2007. La Bank of America vient de transiger avec ses clients pour 8,3 milliards de dollars.

Dans le case des risques souverains, ce sont les mêmes banques d’affaires qui se ont mis en les agences de notation auprès des Etats leur précisant que, sans notation, le coût de leurs emprunts serait supérieur.

A la clé de cette manipulation et de ce chantage des banques, on aurait pu croire que les investisseurs, ou à tout le moins les chefs de file des émissions, paieraient pour ce service qui leur permet de ne pas avoir a se préoccuper du crédit des Etats et de le confier aux agences de notation, trop contentes d’obliger.

C’est compter sans les moyens de pression de ces banques. On a donc réussi à faire payer par les Etats des notations en leur vendant le fait que cela réduisait leurs couts d’émission.

La collusion entre l’absence d’analyse de crédit par les banques et les bénéfices des agences de notation a produit le système parfait que nous connaissons aujourd’hui.

 

Avant même d’imaginer des réformes de fond, il serait intéressant que le G7 décide que les Etats qu’ils représentent  cessent de financer un système qui les prend au piège d’évaluations qui ont prouve leur nuisance depuis quelques mois. La Commission européenne, en la personne du commissaire français Michel Barnier, pourrait ajouter cet élément à la directive qu’il prépare.

Comme les investisseurs institutionnels ne paient jamais pour ce genre de service et, même pour des analyses financiers, rémunèrent les auteurs en leur transmettant des ordres de transactions (les « soft dollars, devenus illégaux aux Etats-Unis), ce sera aux banques d’affaires dirigeant ces émissions de prendre en charge ces dépenses. Nul doute que cela amènera une reforme du système qui mettra bon ordre à la débâcle actuelle.
<http://finance.blog.lemonde.fr/2011/08/08/qui-paie-pour-les-notations-des-etats/
 

Publié dans Economie

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