Pouvoir d'achat: A chacun son panier

Publié le par desirsdavenirparis5

Mardi soir, Ségolène Royal a tenu à annoncer son "panier des essentiels", critiquant celui mis en place en avril par le gouvernement. La socialiste voudrait bloquer les prix de 50 produits de base. Une proposition qui – comme celle de l'Etat – ne convainc pas les associations de consommateurs. "On ne s'attaque pas au problème de fond", regrette Olivier Andrault de l'UFC – Que Choisir, joint par leJDD.fr. "C'est un coup de communication", renchérit Thierry Saniez, délégué général de CLCV.

Mesure contre mesure. Après le "panier des essentiels" lancé début avril par Frédéric Lefebvre, le secrétaire d'Etat au Commerce et à la Consommation, c'est cette fois-ci Ségolène Royal qui a annoncé vouloir bloquer le prix de 50 produits alimentaires et d'entretien de première nécessité. Une manière, selon elle, d'améliorer le pouvoir d'achat des Français. Mardi soir, la candidate aux primaires socialistes – qui fait son retour dans les médias – a justifié sa mesure, expliquant que certaines familles avaient aujourd'hui "énormément de mal à faire deux repas" par jour et n'arrivaient plus à "acheter du shampooing ou de la lessive".

Sur BFM TV, l'ancienne candidate à l'Elysée en 2007 n'a pas manqué d'ironiser sur la proposition du gouvernement, qui devrait être applicable* d'ici la fin avril: "C'est une plaisanterie! Ce sont les grandes surfaces qui ont la totale liberté de fixer ce panier y compris avec des produits de mauvaise qualité (…) et les gens ne peuvent pas choisir." Rien de tel donc pour Ségolène Royal, qui préfère donner la main aux associations de consommateurs. Ces dernières seraient en effet chargées de choisir les produits, tout comme les prix, "en partenariat avec la distribution et sous la médiation de l'Etat".

Des "mesures anecdotiques"

Reste que, dans les faits, cette mesure ne convainc pas pleinement les associations de consommateurs, qui estiment que ce fameux panier – que ce soit celui de Ségolène Royal ou celui du gouvernement – ne s'attaque pas au cœur du problème. "Ce sont des propositions réduites au regard du problème", explique au JDD.fr le chargé de mission alimentation de l'UFC - Que Choisir, Olivier Andrault. "On ne peut pas obliger les Français à restreindre leur alimentation à quelques dizaines de produits. Ne serait-ce que d'un point de vue nutritionnel", ajoute-t-il, alors qu'il existe au total plus de 5.000 références alimentaires. Et de prévenir: "Plusieurs ministres se sont cassés les dents sur cette notion de panier."

Une notion d'ailleurs contestée sur le fond. Pour l'UFC - Que Choisir, il est avant tout indispensable de "prendre à bras le corps" le problème structurel lié au pouvoir d'achat, plutôt que de proposer des "mesures anecdotiques". Selon Olivier Andrault, il faudrait ainsi garantir l'intensité concurrentielle entre les différentes grandes surfaces, mais aussi répercuter les variations des prix agricoles. "En instaurant le coefficient multiplicateur, on les obligerait à prendre en compte les baisses des prix agricoles, et pas seulement les hausses", précise le chargé de mission. Avant de regretter qu'il faille attendre un an avant l'élection présidentielle pour que le gouvernement, comme les possibles candidats à l'Elysée, s'intéressent de près à la question du pouvoir d'achat.

Seulement "une petite partie du tout"

"C'est un coup de communication", renchérit pour sa part le délégué général de CLCV (Consommation Logement Cadre de vie), Thierry Saniez. Contacté par leJDD.fr, il estime lui aussi que "le problème du pouvoir d'achat s'inscrit dans une logique plus large que celle de Ségolène Royal". L'alimentation – qui représente en moyenne 14% du budget des ménages – est "une petite partie du tout". Pour lui, le principal est de se concentrer sur les services dits "essentiels" dont les postes de dépenses sont les plus importants, à savoir le logement, le gaz, l'électricité, les assurances... "Comme un médecin, il faut commencer par les plus gros symptômes", poursuit Thierry Saniez, qui est favorable à une révision générale des grilles tarifaires. Et de conclure: "Le vrai problème est là".

Pour Familles de France, la proposition de Ségolène Royal n'est "pas une bonne idée". "Quelles associations de consommateurs seront concernées? Il y en a 17. C'est délicat de s'entendre sur les prix", explique le directeur-général de l'organisation, Thierry Vidor, ajoutant que le principe de liberté des prix étaient acté dans le Code du commerce. "Il faudrait en plus revoir la loi?", s'interroge-t-il. Autre critère qui dérange: Ségolène Royal a indiqué que ce panier serait réservé à "certains consommateurs". "Sur quels critères?", renchérit Thierry Vidor, préférant de loin la mise en place d'une "aide effective pour certaines familles en difficulté".

D'autres associations de consommateurs se font plus discrètes. Du côté de Familles rurales, "on ne souhaite pas réagir" aux propositions de la socialiste, refusant de prendre part au débat politique actuel. Et si la Confédération avait fait un communiqué – assez favorable à la démarche – au moment du "panier des essentiels", c'est bien parce que cela "venait du gouvernement et que la proposition était effective". Contrairement à celle de Ségolène Royal.

* Carrefour, Géant-Casino, Auchan, Match/Cora, Monoprix, Leclerc, Système U et Intermarché ont signé la convention, s'engageant à proposer le "panier des essentiels". Il devra comporter au moins dix produits – dont un fruit, un légume, une viande, un poisson, un fromage ou produit laitier et une boisson – et être renouvelé de manière hebdomadaire.

 http://www.lejdd.fr/Politique/Actualite/Segolene-Royal-veut-bloquer-les-prix-de-50-produits-de-premiere-necessite-301887/

Publié dans Ségolène Royal

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