Pour dimanche, Copé prépare un retour fracassant

Publié le par desirsdavenirparis5

 

Fait rarissime: depuis six jours, Copé n'a pas mis un orteil sur un plateau télé. «Jean-François fait abstinence», ironise l'un de ses proches. C'est que – en coulisse – le patron des députés UMP mijote un retour fracassant pour le soir du second tour des régionales. Depuis 2007, la devise des «copéistes» a toujours été: «100% de loyauté vis-à-vis de Sarkozy, 100% de liberté d'expression»; dès dimanche, dopés par la débâcle de la droite, ces derniers vont surtout mettre la seconde moitié de leur programme à exécution...

D'abord, questionnés sur la réception de leur «chef» à l'Elysée le 17 mars dernier et l'éventualité que Nicolas Sarkozy propose Matignon à Jean-François Copé, ces derniers balayent. «Quand on entre au gouvernement, c'est pour faire la politique du Président; c'est 100% loyauté, zéro liberté d'expression, note Bernard Reynès, député des Bouches-du-Rhône. Sa place à l'Assemblée est bien plus stratégique.» Un autre partisan confirme: «Matignon n'a pas d'intérêt. A la tête du groupe UMP, Jean-François a un rôle déterminant: c'est devenu un point fixe, auquel tout le monde s'arrime; c'est celui qui parle à la fois avec Juppé, Raffarin, Villepin, Sarkozy, l'ensemble des députés... C'est le seul dans la majorité.» Les élus «copéistes» plaident donc pour le maintien de François Fillon à Matignon: «Le Président ne peut débarquer un premier ministre aussi populaire; ça apparaîtrait comme une manœuvre politicienne», insiste Elie Aboud, élu dans l'Hérault, qui ajoute: «Je ne veux pas que mon ami Jean-François fasse le sale boulot!»

Dimanche soir, Jean-François Copé tentera plutôt de préempter le rôle du leader clairvoyant, qui se charge de reconnecter Nicolas Sarkozy avec la réalité. Sur France Télévisions, il réclamera que l'Elysée tire les leçons du scrutin et recentre sa politique sur l'essentiel (retraites, finances, réforme des collectivités...). Un recadrage. Pour peser, Jean-François Copé organisera dans la foulée, mardi 23 mars au matin, une réunion à huis clos des députés UMP (sans ministre), pensée comme un «gueuloir»; puis sans doute un «séminaire» parlementaire, pour proposer un nouveau calendrier des réformes...

«La réunion de mardi est essentielle», explique Bernard Reynès, qui dénonce «l'autosatisfaction de l'appareil UMP» et «l'autisme qui a consisté à minimiser la sanction du premier tour des régionales.» «Des députés (sarkozystes) vont venir nous dire qu'il y a encore du vent dans les voiles, au lieu de s'interroger sur les raisons pour lesquelles on a perdu notre âme, poursuit-il. Il faudra se battre, convaincre, trouver des alliés...» «Il faut dire les choses clairement, reprend Elie Aboud. C'est une défaite de notre camp. Elle s'explique certes par la crise et la remise en ordre relative du PS, mais aussi par le style présidentiel et le malaise dans la gouvernance. Aujourd'hui, des députés “sarkozystes fous”, jusqu'au bout des ongles, viennent nous voir et se mettent à critiquer... Moi, je respecte le deuil de ma famille politique (et je suis sans doute plus sarkozyste que jamais ces jours-ci), mais je rappelle que les choses, je les ai déjà dites il y a huit mois, sur le travail du dimanche ou la génitalité politique qui n'a pas sa place en France (cf. l'affaire Jean Sarkozy à La Défense).»

Le risque d'une «armée mexicaine»

Elie Aboud prévient: «A l'issue de la réunion de mardi, soit on a un feed-back du président de la République et c'est positif; soit le groupe UMP va partir en armée mexicaine, chacun se regroupant derrière sa sensibilité, et on perdra en 2012. J'espère que le chef de l'Etat sera suffisamment intelligent pour nous dire: “J'ai entendu”...»  Sinon, prévient encore Bernard Reynès, «les députés qui se montraient juste boudeurs avant les élections auront une réaction un peu brutale...».

Les «copéistes» exigent que la majorité se concentre désormais sur quelques réformes clés. «Il faut arrêter de se disperser, poursuit l'élu des Bouches-du-Rhône. J'étais notamment contre le débat sur l'identité nationale, ou bien alors il fallait de vrais projets de loi pour lui donner une colonne vertébrale... En l'état, avec un débat escamoté, on a fait le lit du Front national. Mais il y a pas mal d'autres projets inutiles: est-ce que la réforme de la procédure pénale et la taxe carbone restent une urgence, dans le tourbillon de la crise?!»

Aux yeux de Bernard Reynès, les priorités sont «les retraites», «la sécurité» et «l'emploi», y compris chez les fonctionnaires: «Je ne suis pas d'accord pour qu'on supprime certains postes a priori dans l'éducation nationale, dit-il, éreintant (en creux) la règle du non-remplacement d'un retraité sur deux dans la fonction publique. Il faut une vraie politique jeunesse, parce que c'est une bombe qui va nous exploser à la figure.» Et d'ajouter, sur la police: «Même combat, même erreur.»

En cardiologue, Elie Aboud résume: «Après le pic de la crise, la France se retrouve en période post-opératoire; il faut arrêter avec la cortisone et donner du lexomyl au patient (un anxiolytique); à force de cortisoner, les gens sont excités. Il faut trouver les bons mots...»

Bien entendu, les partisans de Jean-François Copé restent «100% loyaux» envers le président de la République. «Ce serait une erreur politique grave d'enclencher un combat frontal, qui fragiliserait le chef de l'Etat, résume Bernard Reynès. La contribution de Jean-François Copé, c'est une analyse critique, jamais destructrice; c'est une valeur ajoutée.» Le principal intéressé, à l'Elysée, avait bien compris...

20 Mars 2010 Par

Mathilde Mathieu

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