Plans d'austérité en Europe : la contestation de la rue

Publié le par desirsdavenirparis5

A défaut d'Europe sociale, une Europe de la rue

Arnaud Boisteau et Samantha Barreto | Mercredi 16 Juin 2010 à 05:01


Les uns après les autres, les pays de l'UE adoptent des plans d'austérité, souvent mal accueillis par des populations qui ont le sentiment — justifié — d'être sacrifiées sur l'autel des marchés. Voici un aperçu de la contestation chez nos voisins européens, en attendant la grande journée d'action syndicale européenne prévue pour le 29 septembre.



Les plans de rigueurs se multiplient à travers l'Europe. Rares, très rares sont ceux qui recueillent l'assentiment de la population. Un peu partout dans l'UE les grèves, manifestations, journées d'action se multiplient et mobilisent. Les syndicats européens ont même décidé d’organiser une Euro-manifestation le 29 septembre prochain à Bruxelles. Mots d’ordre : « Oui à plus de croissance. Non aux mesures d’austérité ». Voici un aperçu de l'ampleur de la contestation.


Espagne: 75% des fonctionnaires en grève le 8 juin
Les syndicats espagnols avaient lancé un appel à la mobilisation contre l'austérité le 8 juin dernier. Cette journée d'action qui concernait la fonction publique a été massivement suivie. Une soixantaine de manifestations étaient organisées à travers le pays. Les fonctionnaires, qui représentent plus de 20% de la population active du pays, sont directement touchés par le plan d'austérité. Le gouvernement espère en effet économiser près de 15 milliards d'euros en réduisant leur salaire de 5%. Mais loin de se focaliser sur cette mesure, les syndicats dénoncent l'absence totale de concertation, et surtout la nature des mesures destinées à réduire le déficit public. Ils interpellent le gouvernement en suggérant d'autres pistes : en ces temps de rigueur, est-il toujours normal que le gouvernement accorde 900 millions d'euros de subventions fiscales à l'Eglise catholique?

Satisfaits par l'ampleur de la mobilisation qui aurait réuni près de 75% des fonctionnaires, les syndicats comptent récidiver en lançant un appel général à manifester contre la politique de gestion de crise de Zapatero. Le chef de l'Etat serait sur le point d'annoncer une réforme du marché du travail, avec pour première ambition de faciliter le recours au licenciement économique. Cela devrait convaincre les partis d'opposition de se joindre aux syndicats pour la prochaine journée d'action.

Le gouvernement quant à lui tente de minimiser la contestation. C'est néanmoins le premier vrai conflit social que subit Zapatero depuis son élection. Le divorce des syndicats avec le gouvernement a bien eu lieu.


Allemagne: 20000 manifestants à Berlin le 12 juin
Angela Merkel a présenté son plan de rigueur la semaine dernière. Au total, 80 milliards d’euros devraient être dégagés, en grande partie grâce à la réduction des dépenses publiques. Des dizaines de milliers d’emplois pourraient être supprimés dans la fonction publique, et les aides sociales devraient être plus restreintes. Pour résumer, les principales mesures sont : baisse des allocations chômage, baisse de l’aide au logement, taxe bancaire, taxe sur les transactions financières, taxe sur l’énergie nucléaire. En réponse, des manifestations contre la rigueur étaient organisées en Allemagne le 12 juin. Entre 15.000 et 20.000 personnes ont défilé à Berlin, selon les organisateurs. Et entre 10.000, selon la police, et 20.000, selon les organisateurs, à Stuttgart.


Bulgarie: sous la pression populaire, le gouvernement renonce à la franchise médicale
Le gouvernement minoritaire de centre-droit a adopté un projet de loi d’actualisation du budget 2010, selon lequel les dépenses des organes de l’État, des ministères et d’autres institutions publiques doivent être réduites de 20 %. Le gouvernement de Boïko Borissov a toutefois renoncé à une hausse de la TVA, qui s’élève actuellement à 20 %, devant les violentes critiques des entrepreneurs, syndicats et économistes. Le déficit budgétaire a atteint 1,67 milliard de leva (850 millions d’euros) à l’issue du premier trimestre 2010, soit près de 2,4 % du PIB prévu pour l’année. En 2009, le déficit budgétaire avait atteint 3,9 % du PIB. Grâce aux mobilisations syndicales (grèves et manifestations), le gouvernement a abandonné son projet d’instaurer une franchise médicale substantielle.


Roumanie: les fonctionnaires en grève illimitée depuis deux semaines
Une grève générale massive des fonctionnaires a débuté lundi 31 mai en Roumanie, pour dire non au plan d’austérité du gouvernement. Il prévoit une baisse de 25 % des salaires dans le secteur public et de 15 % pour les retraites et les allocations. Des dizaines de milliers de salariés de la fonction publique devraient aussi perdre leur emploi d’ici la fin de l’année. Ce plan de rigueur a été imposé par le FMI qui, pour verser le reste de l’aide qu’il avait promise, a exigé que le gouvernement roumain prenne des mesures draconiennes pour réduire son déficit.

Les syndicats d’enseignants et d’employés des administrations centrales et locales ont appelé à une grève illimitée. Plus de 70 % des enseignants étaient en grève le 31 mai, ainsi que des dizaines de milliers d’employés des administrations et des services fiscaux. La grève a aussi été très suivie dans le secteur de la santé et chez les gardiens de prison. La police et la douane ont rejoint le mouvement. La colère est grande au sein de la population roumaine, qui soutient les grévistes, et le mouvement pourrait bien s’étendre au secteur privé. Des manifestations étaient prévues toute la semaine aux quatre coins du pays.

 En tout, ce sont pas moins de 50 000 personnes qui ont manifesté dans les rues des différentes villes roumaines.


Grèce: la population reprend son souffle
Premier à avoir mis en place un plan de rigueur pour faire face à un déficit de 14 % et 300 milliards d’euros de dettes, le gouvernement grec a pris des mesures drastiques : suppression des treizième et quatorzième mois, hausse de la TVA (23%), hausse de l'âge moyen de la retraite (de 61,4 ans à 63,5 ans), gel du salaire des fonctionnaires etc.

Depuis le début de l'année, la Grèce a été paralysée par quatre grèves générales. Ainsi, le 12 mai, plus de 100 000 personnes s'étaient rassemblées dans les rues d'Athènes et trois millions de Grecs avaient participé à la grève générale. Mais depuis quelques semaines, la population, étranglée par les mesures d'austérité, semblait se démobiliser. L'appel à la grève et à manifester à Athènes aujourd'hui 16 juin, lancé par les deux grandes centrales syndicales du public et du privé, pour protester contre le projet de réforme de la sécurité sociale risque cependant de donner un second souffle au mouvement.


Portugal: 300 000 manifestants à Lisbonne le 29 mai
Face au montant considérable de sa dette publique (140 milliards), le gouvernement Portugais a décidé, comme beaucoup d'autres, de limiter ses dépenses publiques. En plus de réduire de 40% le budget de la défense, il annoncé le gel du salaire des fonctionnaires, la hausse de la TVA de 1% ainsi que l'augmentation des impôts. Pas moins de 18 entreprises publiques vont être privatisées, dont CTT, la poste portugaise et la TAP, compagnie aérienne nationale. Ces privatisations devraient rapporter au pays environ 6 milliards d'euros.
Près de 300 000 personnes se sont rassemblées à Lisbonne le 29 mai dernier pour manifester contre le plan de rigueur du gouvernement socialiste. Cette mobilisation sans précédent pousse les syndicats à renouveler l'opération dans tout le pays dans les prochains jours.


Italie: contestation limitée… pour le moment
En plus de geler les salaires des fonctionnaires, le gouvernement italien a choisi de repousser l'âge de départ à la retraite pour la majorité des salariés.
Les autres mesures du plan de redressement des finances italiennes sont plutôt bien accueillies par les syndicats et par l'opinion, car le gouvernement semble avoir choisi de balayer devant sa porte. En effet, il a annoncé vouloir réduire le salaire des ministres et parlementaires de 10%, tout en surveillant de près le train de vie des ministères. Les subventions accordées aux partis politiques seront diminuées, et le gouvernement tentera de lutter contre l'évasion fiscale.
Même si la contestation reste limitée en Italie pour le moment, de prochaines mobilisations syndicales ne sont pas à exclure, car l'Etat a aussi annoncé la baisse des subventions aux collectivités locales à hauteur de 9 milliards d'euros.


Lettonie: des manifs violemment réprimées
En Lettonie, de nombreuses manifestations ont eu lieu depuis le mois d'avril. Violemment réprimés par les forces de l'ordre, ces évènements ont fait de nombreux blessés. La contestation est forte dans un pays où l'Etat impose une réduction de 20% du salaire des fonctionnaires, tout en diminuant les dépenses publiques de 40%. Les conséquences pourraient être désastreuses : les syndicats craignent la fermeture massive d'institutions publiques comme les hôpitaux ou les écoles.



Des plans de rigueur mais pas de mouvements sociaux

Royaume-Uni
: Le gouvernement a présenté fin mai un plan de plus de 7 milliards d’euros pour réduire son déficit, qui était de 11,1 % l’année dernière. Les budgets de tous les ministères devraient être amputés. Seuls la santé, la défense et l’aide au développement devraient y échapper. David Cameron veut aussi geler les recrutements de fonctionnaires et supprimer les organismes parapublics auxquels ont recours certains ministères.

Danemark
 : le plan de rigueur danois fait part d'une baisse du salaire des ministres de 5%, d'une durée d’indemnisation du chômage divisée par deux (elle passe de 4 à 2 ans), la mise en place d’un plafond pour les allocations familiales, la suppression d’allègements fiscaux et le gel de l’aide au développement. Sans grande conviction pour l'heure LO a appelé a manifester devant le Parlement, à une date encore à déterminer (avant l’été).

Irlande: le déficit explose depuis plusieurs années. En 2009, il atteignait 14,3 % du PIB — plus que celui de la Grèce ! Dès 2010, le pays veut ramener ce chiffre à 11,5 %, en passant notamment par la baisse des allocations sociales et une réduction de 5 à 15 % des salaires des fonctionnaires.

Lituanie: le plan comporte une réduction du budget de la culture de 15% ainsi qu'une baisse de 12% du salaire des fonctionnaires mais pas de mouvements sociaux en vue.

Pays-Bas: le plan néerlandais prévoit comme principale mesure un recul de l'âge de la retraite à 67 ans.

Hongrie: Le 13ème mois sera supprimé.


Et la France dans tout ça ?
Même si Nicolas Sarkozy a du mal à parler de rigueur ou d'austérité, les mesures le font à sa place. François Fillon a l'ambition de réduire ses dépenses publiques de 45 milliards d'euros d'ici 2013. Il a donc annoncé le gel des dépenses publiques pour 3 ans. Cela implique qu'un fonctionnaire sur deux ne sera pas remplacé après son départ à la retraite. L'Etat espère ainsi supprimer 34 000 postes par an. Mais la baisse des pensions et de certaines aides inquiète davantage les syndicats, qui appellent à la mobilisation. Malgré cela, les mouvements sociaux sont relativement peu suivis dans notre pays, comme en témoigne le raté du 27 mai dernier. Néanmoins, une prochaine journée d'action sociale aura lieu le 24 juin.



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Publié dans Capitalisme-crise- G20

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