Permis, SNCF : l'info en creux, mode d'emploi

Publié le par desirsdavenirparis5


Vous avez aimé la diminution de la réduction d'impôts, qui n'est pas une hausse (voir nos éditions d'hier) ? Vous allez adorer la fermeté présidentielle sur le permis de conduire à points. Je suis certain que les moulinets sarkozyens sont parvenus jusqu'à vous. Pas question d'envoyer un signal de faiblesse, aux "assassins de la route" ! Pas question de réduire le délai de récupération automatique des points ! Pas de laxisme ! Pas de recul ! Voilà les fiers refus, qui font la Une depuis hier soir. Parfait. Très bien. Sauf si, comme dans les contrats d'assurance, on lit les petites lignes du bas. Lesquelles petites lignes glissent tout de même que le président, tiens tiens, ne s'opposerait pas, si on lui demande gentiment, à la restitution d'un point par an, y compris pour les retraits de deux ou trois points (c'est à dire,  notamment, les grands excès de vitesse). Si l'on comprend bien, on percera des trous dans le bouclier, ce qui n'empêchera nullement le bouclier de rester un bouclier. De même que les impôts n'augmenteront pas, malgré la baisse des réductions.

Je me souviens, dans une lointaine émission, sur France 5, d'avoir entendu Bernard Guetta nous raconter comment les Russes lisaient la Pravda, à la grande époque. Ils la lisaient "en creux". C'est à dire que les nouvelles indésirables n'étaient pas à proprement parler censurées par le quotidien soviétique. Il fallait les déchiffrer, les décrypter, les déduire des déclarations des membres du Comité Central. Les Russes y étaient passés maîtres. Ils avaient les codes. Ils vivaient dans la déduction permanente. Notez que je ne me plains pas. L'exercice auquel me contraignent chaque matin les radios du Sarkozistan (patience, elle revient bientôt, la chronique) est un exercice qui réveille. Exemple : ce matin, France Inter casse sa liturgie pour la promo d'Ingrid Betancourt. Le "matinalier" Patrick Cohen, s'il vous plait, s'est déplacé en personne, pour aller interroger l'ex-otage "au siège de son éditeur" .Et même, pour marquer le coup, on a réduit le journal, et l'interview commence, tenez-vous bien, à 8 heures 17, au lieu de 8 heures 20. Mazette ! Tiens tiens. Par hasard, cette rupture de liturgie n'aurait-elle pas un rapport avec ceci ? (C'est une question, hein, une simple question).

Toujours sur France Inter, la suite des folles aventures de la SNCF. Elle veut "sortir de l'encadrement tarifaire". Diantre ! Je ne l'avais pas remarqué, cet "encadrement". J'avais plutôt remarqué le contraire. Acheter un billet SNCF au meilleur prix suppose aujourd'hui de s'être fait greffer un logiciel perfectionné au plus près de la zone paranoïaque du cerveau. Mais ce cadre mou, à la Dali, est encore trop rigide pour la SNCF. Attention : la SNCF ne dit pas que ses tarifs augmenteront, et du coup, France Inter ne le dit pas non plus. On dit simplement que les "tarifs heures de pointe" et les "tarifs heures creuses" pourront être fusionnés. Fu-sion-nés. Par le bas, évidemment. Raison invoquée par la SNCF : plein de raisons. Dont celle-ci, parmi d'autres: se préparer à la concurrence étrangère. Tiens. J'avais cru comprendre que la concurrence visait (notamment) à faire baisser les prix. J'ai dû rater quelques épisodes. Une fois de plus.

09h15 le neuf-quinze

Par Daniel Schneidermann le 01/10/2010

Publié dans Medias

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