MOUVEMENTS SOCIAUX À L’HÔPITAL Les clignotants sont au rouge

Publié le par desirsdavenirparis5

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Titre en première page le « Quotidien du Médecin » à la suite du mouvement spectaculaire des infirmiers et infirmières anesthésistes à Paris .

« Les infirmières anesthésistes ont réveillé cette semaine, et de manière spectaculaire, l’agitation sociale à l’hôpital. Leur mouvement pourrait-il faire tâche d’huile dans une institution que d’aucuns disent « abasourdie » par la loi HPST ? À l’approche du vote des budgets annuels, le feu couve en tout cas dans les établissements. »

 Après plusieurs manifestations (11 mars, 30 mars, 5 mai), l’incompréhension avec le ministère de la Santé est chaque fois montée d’un cran et le niveau d’exaspération est tel qu’ils ont occupé les voies de la gare Montparnasse et bloqué le trafic des TGV pendant plusieurs heures, ce qui leur a valu les honneurs du JT, des radios et des médias.

Dans l’intervalle, l’effet  de cette manifestation– doublée de la grève très suivie dans les hôpitaux, et qui paralyse en partie les blocs opératoires – a été spectaculaire.

 « Je suis très impressionnée, commente le Dr Nicole Smolski, présidente du SNPHAR (Syndicat national des praticiens hospitaliers anesthésistes-réanimateurs). Il s’agit d’une mobilisation très forte qui se poursuit et qui monte dans le temps. Je n’ai jamais vu un mouvement aussi puissant dans les hôpitaux. Ces gens, que nous soutenons, ont le sentiment d’être méprisés. En fait de revalorisation, on leur propose en gros l’équivalent d’une séance chez le coiffeur par mois et on leur supprime, via la retraite, la reconnaissance de la pénibilité de leur travail ! »

Le mouvement pourrait-il faire tâche d’huile ? « L’hôpital est un peu abasourdi par la loi Bachelot. Si on nous autorise à relever la tête, ça va être violent ! », pronostique le Dr Smolski.  La Présidente de l’INPH (Intersyndicat national des praticiens hospitaliers), Rachel Bocher reconnaît, pour sa part, avoir reçu « pas mal d’appels » après le coup d’éclat des IADE : « On me dit "Ils ont du cran, est-ce qu’on aurait osé faire ça ?". L’absence de dialogue social met les gens à bout. Il ne faut pas grand-chose pour que, par exemple, la psychiatrie démarre. »

 Il y a de fortes turbulences dans nos hôpitaux publics où la grogne sociale s’intensifie. La politique menée, uniquement comptable avec ses fermetures de lits et les suppressions  d’emplois entraîne une diminution de la qualité et de la sécurité des soins  qu’enregistrent depuis trois ans les Comités de réclamation des usagers et de la qualité des soins  que  la loi à institué dans les Établissements de soins.

 A Paris, les médecins de l’AP-HP sont sur le qui-vive, depuis qu’ils ont appris le détail des économies attendues pour 2010. « L’optimisation de la permanence des soins », à elle seule, devrait rapporter 3 millions d’euros. Près d’un millier de postes non médicaux ne devraient pas être reconduits cette année, d’après le siège de l’AP-HP. Opposés aux fermetures de postes « non médicalement justifiées », les chefs de pôles parisiens menacent à nouveau de démissionner de leurs fonctions administratives.

Les tensions sont palpables dans d’autres établissements,  par exemple, notamment au CHU de Nantes, où une grève en médecine interne dure depuis le 3 mai. Le mouvement est suivi par les deux tiers des aides soignantes, qui dénoncent le manque d’effectifs. « Il y a de l’absentéisme dans ce service, expose  le directeur général adjoint, Nous embauchons des remplaçants, mais pas à 100 % comme le réclament les agents? » En un mois, le CHU nantais a connu cinq préavis de grève. Des signaux d’alerte qui ont pu être déminés à temps, à part en médecine interne où les aides soignantes ne décolèrent pas. Aux mécontentements locaux, se greffent les mots d’ordre nationaux : 71 % des infirmiers anesthésistes ont fait grève mardi au CHU de Nantes, contraint de déprogrammer une dizaine d’opérations. La grève a été reconduite mercredi. D’autres mouvements sociaux surgiront ici ou là dans les prochains mois « au gré de l’absentéisme », pronostique Hubert Jaspard.

Le CHU de Nantes, comme la quasi-totalité des CHU, est déficitaire. Un  « contrat de  retour à l’équilibre » aurait permis de réduire le déficit par trois, en deux ans, mais restent  encore à  résorber les 12 millions d’euros de déficit enregistrés fin 2009. En janvier 2010, le CHU a décidé de supprimer quatre jours de congé pour tout son personnel – des jours qui jusqu’à présent étaient accordés en guise de « bonus » (temps d’habillage et de déshabillage), au-delà du minimum réglementaire. Le temps dégagé permettrait, selon la Direction de renforcer la présence soignante au lit du malade, et de limiter le recours aux intérimaires. Parallèlement, « une mise à plat » des effectifs est en cours. Selon la Direction : « Il s’agit de vérifier si les situations historiques sont en bonne adéquation avec l’activité. Les situations sont très hétérogènes d’un service à l’autre ».

Source Le Quotidien du Médecin (21/05/2010)

Publié dans Santé-Sciences

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