Moi, Aurélie Trouvé, directrice du FMI

Publié le par desirsdavenirparis5

Ça commence par une blague sur Facebook. Un militant propose que la jeune co-présidente d’Attac se présente à la succession de Dominique Strauss-Kahn. Objectif : dénoncer l’absurdité libérale. Interview d’une directrice du FMI altermondialiste, sous forme de politique fiction.

Propos recueillis par Rémi Douat.

 
Regards.fr : Votre candidature à la tête du Fonds monétaire international était d’abord une provocation. Quel en était le sens ?
Aurélie Trouvé
: L’objectif était d’abord de montrer qu’une autre politique monétaire internationale est possible. La politique libérale menée par le FMI était inefficace. Les plans d’austérité en Grèce n’ont eu pour effet que d’augmenter sa dette. L’austérité sociale oblige les couches précaires et moyennes à diminuer leurs consommation, ce qui diminue les recettes publiques et accentue la récession. C’est un cercle vicieux dont tout économiste un peu rationnel est conscient. Le FMI a fait payer la crise aux salariés - retraités - chômeurs, au lieu de mettre à contribution les responsables, c’est-à-dire la finance. La dette publique est le produit des aides massives versées aux entreprises, aux banques et au système monétaire lors de la crise économique de 2008. Or le FMI ne leur a jamais demandé de contreparties. Ma candidature a porté la voix de tous ceux qui n’acceptent pas ça. Elle se faisait aussi l’écho du mouvement des Indignés, et de tous les mouvements citoyens qui sont en train de monter en Europe. Si j’ai proposé de refonder la gouvernance du FMI, ce n’est pas seulement pour donner une voix à tous les pays, mais aussi pour faire en sorte que les mouvements sociaux et citoyens puissent y être entendus.
Regards.fr : Le succès de cette candidature était loin d’être assuré…
Aurélie Trouvé
: Le FMI est en effet caractérisé par un verrouillage démocratique draconien. Pour être candidat à la direction du FMI, il faut qu’un de ses gouverneurs présente cette candidature. Le gouverneur français étant Christine Lagarde, elle-même candidate, on voit déjà se dessiner un potentiel blocage. Puis c’est au Conseil d’administration du FMI qu’il revient de décider des candidatures à retenir. Or les pays sont représentés à ce conseil selon leur contribution financière, c’est-à-dire en fonction de leur richesse. Les Européens et les Etats-Unis concentrent ainsi à eux seuls 49 % des voix, les pays émergents seulement 18 % et l’Afrique, rien
Regards.fr : Contre toute attente, vous avez donc été élue à la tête du FMI. Quelles sont maintenant vos priorités ?
Aurélie Trouvé
: D’abord, l’arrêt des plans d’austérité. Ensuite, il faut mettre en place un audit de la dette, pour montrer qu’elle est en grande partie illégitime. Pour cela, il faut observer quels sont les créanciers de la Grèce, à quel moment ils ont fait leurs prêts et pourquoi, quels sont ceux qui ont spéculé sur la dette, etc. A partir de là, il faut envisager une annulation partielle de la dette en mettant à contribution les gros créanciers privés. Il faut aussi désarmer les marchés financiers en taxant les transactions financières à hauteur de 0,05 %, si ce n’est 0,1 %, comme le dit Attac. On dégagera ainsi des centaines de milliards d’euros qui seront reversés pour les politiques sociales et environnementales. De fait, cette régulation drastique aura comme conséquence la raréfaction, puis la disparition des marchés de gré à gré. Pour mettre les marchés financiers sous contrôle démocratique, nous allons rendre les agences de notation publiques. Elles répondent pour le moment à des besoins de spéculation de la part d’investisseurs privés. Il faut aussi donner la possibilité aux Etats membres de bénéficier de prêts de la part de la Banque centrale européenne à des taux très faibles. Même si ça dépend de l’UE, le FMI peut avoir une impulsion importante pour mettre la BCE sous le contrôle des Etats. Enfin, le FMI doit servir à rétablir les équilibres monétaires, financiers et commerciaux au niveau international en mettant à contribution non seulement les pays en difficulté, mais aussi et surtout les pays créanciers. C’est ce pour quoi il a été créé au départ. Ce n’est pas révolutionnaire, c’est une brèche dans l’idéologie néolibérale en place depuis les années 1970-80.
Regards.fr : Vous êtes à la tête du FMI, nous avons donc évité Christine Lagarde ou le Mexicain Agustin Carsten, deux libéraux. A quoi a-t-on échappé ?
Aurélie Trouvé
: Ce qui est sûr c’est que nous sommes face à une avancée des politiques néolibérales et du transfert de richesse des salariés - retraités - chômeurs vers les détenteurs de capitaux grâce à la dette publique. C’est une stratégie du choc – pour reprendre la théorie de Naomi Klein –, la dette publique sert de choc pour imposer des cures d’austérité sociale qu’on n’aurait jamais osé imposer. Les pays européens sont la cible du FMI comme l’ont été les pays du Sud dans les années 1980.


Entretien, par Aurélie Trouvé <http://www.regards.fr/economie/auteur/aurelie-trouve> | 18 juillet 2011 http://www.regards.fr/economie/moi-aurelie-trouve...


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