Mediator, un scandale français: certains médecins devront indemniser les victimes

Publié le par desirsdavenirparis5

Les médecins ne doivent pas être des «boucs émissaires» dans l’affaire du Mediator, a réagi dimanche le syndicat de médecins MG France, après l’annonce par le ministère de la Santé de leur éventuelle participation à l’indemnisation des victimes de ce médicament.
 
«Je trouve cela particulièrement scandaleux que l’on cherche des boucs émissaires dans cette affaire à travers les médecins prescripteurs», a affirmé sur Europe 1 Claude Leicher, président de MG France, premier syndicat des généralistes.
 
Le ministère de la santé a annoncé que les médecins pourraient être appelés à rentrer dans la procédure d’indemnisation des victimes du Mediator, si ces dernières le jugent bon ou si le laboratoire Servier, qui produisait ce médicament, le demande.
 
«Cela signifie que les médecins pourront être amenés à participer à l’indemnisation des victimes s’il est établi après expertise médicale qu’ils ont une part de responsabilité», a expliqué le ministère de la Santé, confirmant une information du Figaro.
 
Le laboratoire Servier, qui produit le Mediator, est «le responsable direct» du problème et il sera appelé systématiquement à indemniser les victimes, souligne le ministère. Mais «d’autres acteurs de santé», comme les médecins, pourront être appelés à «rentrer dans la procédure soit à la demande de Servier, soit de la victime», selon le ministère.
 
Une expertise médicale, réalisée par un comité d’experts placé auprès de l’Oniam (Office national d’indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales), sera chargée de déterminer l’étendue des préjudices et d’identifier les responsabilités pour chaque cas, selon le ministère.
«Des médecins ont interrogé le laboratoire»

Les «autorités d’enregistrement du produit dans les années 70» ont été trompées ainsi que «toutes les autorités chargées de surveiller ce produit entre 1970 et 2011 et y compris les médecins eux-mêmes», a vivement réagi Claude Leicher, président de MG France.
 
«Nous avons des documents qui montrent que lorsque des médecins ont eu des doutes et ont interrogé le laboratoire, on leur a répondu que ce produit ne posait aucun problème particulier», a-t-il ajouté.
 
«J’aimerais bien que l’on finisse de rechercher les responsabilités, bien entendu du fabricant, mais aussi de toutes les autorités qui ont accepté qu’on enregistre un produit qui n’était, en fait, pas du tout un anti-diabétique lorsqu’il était prescrit (.) en toute bonne foi de la part des médecins», a conclu le président de MG France.
 
«L’Etat se tire-t-il une balle dans le pied?»

«L’Etat se tire-t-il une balle dans le pied?», s’interroge le député socialiste Gérard Bapt, président de la mission parlementaire sur le Mediator, dans un communiqué.
 
Le député insiste sur «l’importance du maintien jusqu’à son terme» de la procédure en citation directe pour tromperie aggravée engagée contre le laboratoire Servier devant le TGI de Nanterre. Les premières audiences sont inscrites en septembre et octobre.
 
«Il apparaît en effet que sans engagement rapide de la procédure pour tromperie, les médecins prescripteurs»hors AMM«(ndlr: autorisation de mise sur le marché) pourront être mis en cause, y compris ceux des CHU qui ont maintenu les prescriptions de Mediator à la sortie des services de cardiologie», relève M. Bapt. «Ce sont alors les Hôpitaux qui supporteront la charge des procédures. L’Etat lui-même, au travers de l’agence du médicament AFSSAPS, sera mis en cause».
 
«La Sécurité sociale n’obtiendra de remboursement qu’à l’issue des jugements prononcés par les tribunaux après les expertises médicales contradictoires: beaucoup de victimes renonceront sans doute à s’engager dans des procédures judiciaires pénibles et interminables», selon lui.
 
«La chancellerie a demandé à la Chambre de cassation le dépaysement à Paris de la procédure engagée à Nanterre. Cela exaucerait les voeux du laboratoire Servier qui a toujours fait durer au maximum les procédures. Ce serait une très mauvaise nouvelle pour les victimes, ainsi que pour les finances publiques!», selon M. Bapt.
 
Fonds public d'indemnisation

Le texte créant le fonds public d’indemnisation des victimes du Mediator doit être présenté mercredi en Conseil des ministres, dans le cadre du projet de loi de finances rectificative.
 
Les associations de victimes du Mediator doivent être reçues en début semaine au ministère de la Santé pour prendre connaissance du texte.
 
Annoncé début avril, le fonds d’indemnisation est destiné à proposer à l’ensemble des victimes un guichet unique «pour une indemnisation juste et rapide», souligne le ministère.
 
Les victimes devront déposer leur dossier à l’Oniam. Une expertise médicale évaluera l’étendue du préjudice et établira les responsabilités.
 
L’Oniam avancera l’argent aux victimes. Il se retournera ensuite systématiquement vers Servier. Si le laboratoire refuse de payer, la justice sera saisie par l’Oniam pour appeler Servier à rembourser. Des «pénalités dissuasives» seront alors demandées, souligne le ministère.
(Source AFP)
 
 
 
 
Société 08/05/2011 à 08h58 (mise à jour à 12h30)
http://www.liberation.fr/societe/01012336127-mediator

Publié dans Santé-Sciences

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