Le groupe secret de Fourtou, Carreyrou, Mougeotte et Carignon pour aider Sarkozy

Publié le par desirsdavenirparis5

Tout commence à l’automne 2010. Jean-René Fourtou, président de Vivendi, se prend une avoinée de Nicolas Sarkozy. Comme d’habitude, le président critique son interlocuteur, proteste du traitement que lui réserve Canal Plus, filiale de Vivendi. A la fin, M. Fourtou, 72 ans, prend la parole, et dit ses vérités à Sarkozy, sur son comportement. Il ferait mieux d’utiliser son énergie pour moderniser le pays, et ne pas gâcher son bilan, alors qu’il a fait, selon M. Fourtou, sortir le pays de l’immobilisme. M. Fourtou l’a constaté à l’université de Bordeaux, dont il préside la fondation. A sa surprise, Sarkozy lui répond : « Tu as raison ».


Et voilà que M. Fourtou, lequel connaît Sarkozy depuis qu’il a conquis la mairie de Neuilly en 1983 – sa femme était alors conseillère municipale – se met à faire par écrit le bilan du quinquennat.  « J’ai été stupéfait de voir ce qui avait été enclenché », raconte M. Fourtou, qui narre son aventure à une amie. Cette dernière lui fait rencontrer le journaliste Gérard Carreyrou, 69 ans. Le déjeuner a lieu au restaurant Tong Yen, au rond-point des Champs-Elysées.


Les deux hommes se sont croisés du temps de Pierre Bérégovoy, que tous les deux admiraient – Fourtou modernisait alors Rhône-Poulenc, Carreyrou était son ami et s’éloignera de la gauche après le suicide de "Béré".


Les deux sont devenus Sarkozystes, et se trouvent bien seuls en cette période d’antisarkozysme. Ils décident d’élargir leur cercle. Gérard Carreyrou, qui revendique d’écrire dans France Soir « 80 % d’éditoriaux favorables à Sarkozy » fait rencontrer à Fourtou son vieux complice d’Europe 1 et de TF1, le directeur des rédactions du Figaro, Etienne Mougeotte, 71 ans, lors d’un petit-déjeuner au Royal Monceau. « Mougeotte est au Figaro, à droite-toute. Avoir son opinion, c’était utile. Comme c’était un copain de Carreyrou… », raconte M. Fourtou.


De fil en aiguille, l’équipe se constitue. « La seule exigence était d’avoir des gens qui pensaient souhaitable pour la France que Sarkozy soit réélu », raconte Gérard Carreyrou.


En réalité, on va aussi faire une bande de vieux copains. Ils vont chercher Charles Villeneuve, 70 ans, ancien d’Europe 1 et de TF1, tandis que Fourtou fait venir Michel Pébereau, patron de BNP-Paribas. L’équipe est un peu déséquilibrée. « Il n’est pas possible que nous restions sans une seule femme, ni des trentenaires. Nous ne sommes plus des perdreaux de l’année », confesse M. Carreyrou.


Nicolas Sarkozy, qui est en opération de présidentialisation, flaire l’intérêt de l’affaire. Jean-René Fourtou fait passer ses propositions au président, et une mise en ordre politique s’organise. Le président charge sa nouvelle plume, Camille Pascal, d’organiser le lien entre lui et ce qui va s’appeler le « groupe Fourtou ».


Un autre regard politique s’est invité dans l’équipe, celui d’Alain Carignon. L’ancien maire de Grenoble et ministre de la communication d’Edouard Balladur, qui passe désormais plusieurs mois par an à Marrakech, connaît M. Fourtou, très actif dans les relations économiques franco-marocaines.


Cela tombe bien. M. Carignon  a l’oreille du président et lui sert depuis des mois de rabatteur pour rencontrer le tout-Paris. Nicolas Sarkozy ne le laissa jamais tomber, même lorsqu’il fut emprisonné lors de ses démêlés avec la justice dans les années 90. Lorsque Brice Hortefeux était ministre de l’intérieur, M. Carignon avait un bureau place Beauvau. Pour achever la politisation de l’équipe, le conseiller politique de M. Hortefeux, Geoffroy Didier, est adjoint à l’équipe.


Lundi 6 juin, Nicolas Sarkozy cherche à remercier ses soutiens et les reçoit tous à sa table. Côté Elysée, outre M. Pascal, le secrétaire général Xavier Musca et le conseiller presse Franck Louvrier sont présents. Sylvain Fort, universitaire proche de l'Institut Montaigne est convié. M. Hortefeux en est aussi. On est entre amis. Michel Pébereau, 69 ans, explique combien le rôle du président a été utile lors de la faillite de Lehman Brothers en 2008. M. Carreyrou est tout content : il défend le président sans l’avoir rencontré depuis dix ans.


Depuis des mois, le petit groupe se réunit très régulièrement, le plus souvent chez Jean-René Fourtou, à Neuilly, « où il est facile de se garer », selon Carreyrou, parfois chez Carignon.  Il s’est quitté fin juillet, se retrouvera fin août. « L’idée est de mobiliser des experts et ceux qui sont sarkozystes, parfois sans le savoir ou se trouvent un peu seuls », raconte un participant. Il y a aussi des propositions. « Nous avons essayé de dégager les points forts du quinquennat qui méritaient d’être approfondis », assure M. Carreyrou.


L’existence du groupe devait rester discrète. Mais l’agenda politique a ses raisons. Les proches du président ont voulu montrer que Nicolas Sarkozy n’était pas prisonnier d’un seul camp, ni du programme que prépare le ministre de l’agriculture Bruno Le Maire ni de l’UMP. Et ils ont glissé le nom de M. Fourtou.
Arnaud Leparmentier
 
12 août 2011 <http://elysee.blog.lemonde.fr/2011/08/12/quand-fourtou-carignon-pebereau-villeneuve-et-mougeotte-sont-recus-par-sarkozy-pour-preparer-2012/>  

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