Le 115 ne répond plus

Publié le par desirsdavenirparis5

L'hébergement d'urgence sature, les équipes aussi

Les travailleurs sociaux qui répondent au 115, le numéro du Samu social, sont en grève ce mardi pour réclamer plus de lits pour les sans-abri, trop nombreux à dormir dans la rue faute de places.

Ils n'en peuvent plus. La démission de Xavier Emmanuelli, le fondateur du Samu social, a été la goutte d'eau, le déclencheur. Les travailleurs sociaux qui répondent au 115 (le numéro pour demander un hébergement d'urgence) se mettent en grève ce mardi dans une trentaine de départements.

Débrayage ou grève totale, message vocal ou transfert des appels à la préfecture... Les modes d'action varient selon les centres 115 — il y a une plateforme téléphonique et des équipes mobiles dans chaque département. Une manifestation est programmée à Paris, des rassemblements prévus à Toulouse, Bordeaux et Besançon. Même si, comme le dit Sébastien, veilleur de nuit dans un foyer d'hébergement d'urgence d'Amiens: «Qui va aller protester en plein été pour des SDF? Hein? Franchement? Faut être réaliste. A part nous, personne».

La situation est pourtant grave, le système d'hébergement d'urgence est complètement saturé. Chaque nuit, plusieurs centaines de sans-abri, parfois des familles avec enfants restent dehors, faute de places dans les centres. En cause: les coupes budgétaires, entraînant des réductions du nombre de lits. Mais aussi l'explosion des demandes d'aide depuis un an. Dans certains départements, on ne parvient même plus à joindre les équipes du Samu social, la ligne du 115 étant en permanence surchargée. C'est le cas par exemple à Paris où les chances d'avoir une personne au bout du fil, plutôt qu'une boite vocale, sont infinitésimales.

--> A écouter: «vous avez composé le 115, ne raccrochez pas»

Mais la situation se dégrade aussi dans des villes de taille moyenne, comme Amiens, dans la Somme, où jusqu'ici le système fonctionnait sans trop de problèmes. «On bricolait mais on trouvait toujours une solution. Là, depuis quatre mois, on n'y arrive plus. On laisse une vingtaine de personnes dehors chaque soir», témoigne Stéphane Wallet, assistant social à Amiens. «On réclame des places supplémentaires mais le préfet nous a gentiment fait comprendre que c'était l'été et donc pas très grave. Que va-t-il se passer cet hiver avec l'arrivée du froid?»

Depuis un an, s'est mise sur pied une coordination nationale des professionnels de l'urgence sociale, rassemblant les écoutants téléphoniques du 115 et les équipes mobiles (infirmiers, assistants sociaux...), d'un peu partout. Dans une lettre ouverte à Nicolas Sarkozy, publiée en exclusivité sur Libé ce mardi, la coordination appelle le chef de l'Etat à engager «une réforme ambitieuse» plutôt que de «sacrifier des milliers de personnes sur l'autel d'une vision de court terme», faisant référence aux récentes promesses du secrétaire d'Etat au logement.

Benoist Apparu a en effet annoncé, après la démission de Xavier Emmanuelli, que d'ici la fin de l'année, 4500 places d'hôtel (utilisées comme hébergement d'urgence) seraient remplacées par autant de logements durables (HLM, etc.)... «Cette politique du "logement d'abord" a ses limites. Il faut aussi admettre, rappelle Bernard Catrix, en charge des équipes d'urgence sociale de la Somme, que certaines personnes ont besoin d'une étape intermédiaire, dans des centres d'hébergement et de réinsertion, avant d'accéder à un logement social et d'être en mesure de s'y maintenir. Le gouvernement doit l'entendre».

02 /08/2011

 

Par MARIE PIQUEMAL

http://www.liberation.fr/societe/01012352192...

Publié dans Exclusion-pauvreté

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