La synthèse socialiste, syndrome du non-choix

Publié le par desirsdavenirparis5

Et si l'art de la synthèse au PS dissimulait une vraie difficulté de fond : celle de ne pas savoir choisir clairement une stratégie électorale ? Les débats qui agitent les stratèges du parti un an avant l'élection présidentielle de 2012, trente ans après celle de François Mitterrand, éclairent d'un jour nouveau la façon dont le projet a été élaboré : s'il ratisse aussi large, s'il met en avant 30 priorités pour incarner "le changement", qui vont des emplois d'avenir à la TVA éco- modulable en passant par le renforcement de la sécurité, au risque d'être difficilement lisible, c'est que la cible électorale n'est pas réellement définie. Le choix appartiendra au futur candidat et il ne sera pas forcément facile.

Grosso modo, deux thèses s'affrontent dans les cercles rapprochés de la direction du parti qui se mêlent étroitement à ceux de Dominique Strauss-Kahn.

La première consiste à dire que le PS ne pourra l'emporter en 2012 sans reconquérir l'électorat populaire que Nicolas Sarkozy avait, en parti, séduit en 2007 et qui est devenu, depuis, la cible prioritaire de Marine Le Pen. La seconde met, au contraire, en garde contre la tentation "naturelle" de reconquête d'un électorat aujourd'hui hanté par le sentiment de déclassement, inquiet de l'avenir, fermé.

SUR LA DÉFENSIVE

Toute offensive dans cette direction risquerait d'entraîner la social-démocratie sur la pente du "social-populisme", comme ce fut le danger dans les années 1930 et surtout de la couper de la nouvelle coalition de gauche qui serait en voie de structuration : celle que forment les jeunes, les diplômés, les femmes, les minorités et qui ont en commun d'être portés par des valeurs d'ouverture

Lorsque l'on examine le projet socialiste, on s'aperçoit qu'il peut permettre de porter les deux discours précédemment décrits. Si le candidat socialiste veut en priorité rassurer l'électorat populaire, il vantera la banque publique d'investissement (priorité 1), chargée de maintenir les usines en France, insistera sur les écluses aux frontières européennes (priorité 6) prônées pour protéger le Vieux Continent de la concurrence déloyale et mettra en avant la réforme fiscale (priorité 17).

S'il veut s'adresser en priorité aux outsiders de la société (jeunes, femmes, minorités, chômeurs...), qui sont de plus en plus sa clientèle électorale, il mettra en avant la sécurité sociale professionnelle (priorité 5), l'allocation d'étude sous condition de ressource (priorité 14), l'égalité salariale homme-femme (priorité 13), la généralisation des CV anonymes (priorité 25). Et s'il veut insister sur les valeurs d'ouverture, il renverra à sa priorité 27 : la mise en oeuvre d'une "politique juste et efficace" en matière d'immigration.

Reste qu'à ne pas choisir clairement, le PS apparaît sur la défensive et souvent mal assuré. Cela se voit depuis l'été 2010, période à partir de laquelle Nicolas Sarkozy et l'UMP ont lancé une série d'offensives sur la sécurité, l'immigration et, à présent, l'assistanat pour tenter de reconquérir l'électorat populaire de plus en plus tenté par le Front national.

A chaque fois, le Parti socialiste a condamné les propos mais à chaque fois, il s'est trouvé des voix en son sein pour juger cette contestation peu opportune, au regard des préoccupations de l'électorat visé.

Françoise Fressoz

Article paru dans l'édition du 11/05/2011

http://abonnes.lemonde.fr/imprimer/article/2011/05/10/1519645.html

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