La règle d’or ou l’austérité à perpétuité

Publié le par desirsdavenirparis5

Il aurait tort de s’en priver. Nicolas Sarkozy s’est lancé dans une grande opération de communication pour mettre en difficulté le Parti socialiste, plombé par son incapacité à refuser les politiques d’austérité. Comment ce parti pourrait-il soutenir les décisions européennes et les principes de «rigueur», tout en refusant la modification constitutionnelle que la droite veut imposer pour graver dans le marbre une obligation d’équilibre budgétaire, la «règle d’or» ? demande le président, faisant la chattemite. Les hiérarques de l’UMP, de Christian Jacob à Valérie Pécresse, ont déjà repris le refrain en canon. 
Le premier a lâché le morceau en déclarant qu’«au moment où la campagne des présidentielles et 
des législatives s’ouvre, il est important que chacun affiche clairement sa responsabilité». La seconde a estimé que 
«la situation grecque a créé une nouvelle donne en Europe et un engagement de tous les pays européens, de droite comme de gauche, à adopter la règle d’or». Et Jean-François Copé de conclure : «Martine Aubry et François Hollande ne peuvent signer des tribunes dans la presse appelant à une meilleure maîtrise de notre dette publique 
et refuser de prendre les décisions nécessaires pour parvenir à cet objectif.» La boucle est bouclée et «la main tendue» à l’opposition tient une cravate de chanvre !
 
Le piège tendu vaut pour la dizaine de mois qui nous séparent de scrutins décisifs. Les responsables socialistes le rendent efficace en refusant de rompre avec les logiques imposées par les marchés financiers, celles qui saignent à blanc les peuples grec, irlandais, espagnol ou portugais. Il ne suffit pas pour éviter les chausse-trappes de juger le chef de l’État coupable de la dégradation des comptes publics ou de rappeler que les recettes ont été fortement réduites par les somptueux cadeaux fiscaux octroyés aux grandes fortunes et aux actionnaires des grands groupes. L’avenir dessiné par la gauche ne peut consister en l’ouverture d’un nouveau cycle « d’efforts » demandés à une majorité de Français qui peine à assurer le quotidien pour combler les pertes creusées par les spéculateurs et les appétits sans frein des financiers de haut vol. Avant même l’élection, ce serait creuser un fossé avec l’électorat de gauche, l’électorat populaire, n’en déplaise 
à la fondation Terra Nova, et redonner, faute de mieux, 
de la crédibilité à Nicolas Sarkozy. L’expérience des échecs des dernières décennies doit servir : on ne fait pas du neuf en décalquant les vieilles recettes libérales.
 
Aucune note discordante ne s’est fait entendre à droite. Dominique de Villepin se tait prudemment, alors que Jean-Louis Borloo, après François Bayrou, pousse le bouchon encore plus loin que leur rival à l’Élysée. « On pourrait aller plus loin et réunir les parlementaires », a réclamé le président du Parti radical 
qui n’a d’audace que pour reproduire ce qui échoue partout. En vertu du principe « Qui se ressemble s’assemble », on s’inquiète donc que le socialiste Manuel Valls propose, comme Ségolène Royal, une majorité avec ces hommes de droite et leurs déclinaisons centristes. Certains députés PS flancheront-ils sous la pression de l’UMP et accepteront-ils de voter en faveur de cette « règle d’or » qui condamnerait les Français à l’austérité à perpétuité ? Un précédent au congrès, où l’ancien ministre Jack Lang avait apporté à Nicolas Sarkozy la voix qui lui manquait, montre que cette crainte n’est pas absurde. 
Cet abandon de la souveraineté populaire pour une loi définie par un cénacle de technocrates et d’oligarques serait une atteinte mortelle à la démocratie.
Patrick Apel-Muller
 
 
 
 
Éditorial -  le 27 Juillet 2011
Éditorial Par Patrick Apel-Muller

 
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