La prison à Tel Aviv, au lieu du voyage en Palestine

Publié le par desirsdavenirparis5

Yvonne-Gabrielle Clémentin, notre camarade PS du 5ème arrondissement membre de la mission Bienvenue en Palestine, a réussi à gagner Tel Aviv le vendredi 8 juillet. Elle témoigne pour Mediapart de son arrestation et de son emprisonnement, cinq jours durant.

Elle témoignera ce soir au café Le Jussieu, 1 Rue des Ecoles 75005 PARIS, au pied du métro Cardinal Lemoine

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Ce vendredi matin, 8 juillet, il est 5h00, Paris s’éveille et j’arrive avec trois amis à Roissy. Je fais partie de la mission internationale Bienvenue en Palestine <http://bienvenuepalestine.com/> <http://bienvenuepalestine.com/> , qui compte environ 500 personnes,  des mères de famille avec leurs enfants, des personnes âgées, des étudiants qui, comme moi, se  rendent à Bethléem à l’invitation du centre culturel Alrowad et de plusieurs associations palestiniennes.

Nous allons les soutenir et participer avec eux à des actions non violentes comme la plantation de centaines d’oliviers pour remplacer ceux qui sont arrachés, coupés et brûlés par les colons israéliens. Par ma présence, je veux tout simplement leur dire que je suis avec eux et que je partage leurs souffrances. Nous avons enregistré nos bagages, passons le contrôle de police et nous attendons, sans nous parler pour respecter la consigne, le moment de l’embarquement, à 6h30. Tout est tranquille lorsque des cris nous parviennent de l’enregistrement. Ce sont des passagers fichés sur une liste noire qui sont refoulées et qui manifestent. Nous ne bougeons pas. L’embarquement commence. Des personnes sont refoulées, protestent, c’est mon tour, je passe. Mes trois amis sont aussi stoppés au moment d’embarquer.

Nous ne sommes plus qu’une dizaine dans l’avion de la compagnie Alitalia, destination Tel Aviv en transit par Rome. 16 heures, arrivée à Tel Aviv, où nous sommes cueillis au contrôle par une vingtaine de policiers en civil comme s’il était écrit sur notre front Bienvenue en Palestine! Nous opposons une certaine résistance puis nous nous retrouvons une quarantaine dans une petite pièce entourés de ces mêmes policiers. Il est 17h00. Au fur et à mesure que les avions atterrissent, d’autres participants à la mission internationale viennent s’ajouter aux premiers arrivés.

Tout à coup, la police veut arrêter l’un des nôtres, nous nous interposons, des militaires armés débarquent, et se ruent sur nous pour l’attraper, jetant violemment à terre ceux qui sont sur leur passage. C’est la panique. Quelques minutes après ils viennent arrêter Mick, un Anglais qui commençait à nous donner quelques conseils pour gérer la situation, ce qui ne leur plaît pas du tout!

S’ensuit la fouille au corps, un par un, sans ménagement, et vers 22 heures c’est mon tour de passer entre deux rangées de policiers, de laisser mon sac à dos avec mon argent et mon portable et d’être jetée dans un fourgon où je retrouve une vingtaine de femmes de la mission. Nous sommes traitées comme de dangereuses terroristes, enfermées à clef derrière les barreaux du fourgon. Nous avons très chaud, très soif et certaines de mes compagnes commencent à craquer. Dans le même fourgon, trois  hommes sont menottés dans un tout petit espace. Nous finirons par obtenir de l’eau, pas eux. Une très jeune femme, Sofia, a été jetée seule dans une cellule, pieds et mains menottés. Il est minuit, le fourgon s’ébranle enfin et nous nous retrouvons à la prison de Givon, à environ 20 km de l’aéroport.  Parquées dans une grande pièce, privées de nos sacs (ce sera le cas pendant 5 jours), nous ne pouvons pas prévenir nos proches et cela pendant trois jours! Re-fouille minutieuse, sacs vidés et passés au peigne fin et me voici dans une cellule avec cinq de mes camarades. Nous nous écroulons sur nos couchettes.

Il est environ 2 heures du matin. 6h30, samedi matin, nous sommes brutalement réveillés par une matonne qui hurle «Stand up!» et nous ordonne de nous habiller. Cela se répètera pratiquement chaque jour. Une ou deux fois par jour, on ouvre les cellules et nous pouvons parler dans le couloir avec les autres et si nous montrons patte blanche nous avons le droit d’aller dans une cour respirer un peu l’air pendant une vingtaine de minutes! Chaque jour, nous demandons à voir un avocat. Le troisième jour, certaines décident d’entamer une grève de la faim. Chez les hommes, plusieurs ont fait la grève pendant toute la durée de leur incarcération! C'est efficace, nous verrons un avocat l’après-midi!

Différents incidents viennent  rythmer ces journées. Un jour, les portes des cellules sont ouvertes, nous sommes donc dans le couloir et on veut prendre nos empreintes et nous photographier une par une.

L’une de nous, suivie par les autres, se met à crier que c’est illégal  et que nous refusons. On nous enferme à nouveau et au bout d’un moment nous avons la satisfaction derrière nos barreaux de voir repartir deux policiers avec leur matériel! Nous sommes six enfermées dans cette cellule sans possibilité de nous évader et les matonnes viennent nous compter plusieurs fois par jour…

Le  lendemain de notre arrivée, l’une de nous me confie qu’elle a réussi à subtiliser son portable et qu’elle peut donc envoyer des SMS à nos familles. Je suis impressionnée par son habileté, d’autant que deux jours après, lorsque nous obtenons de passer un coup de fil de nos portables pendant trois minutes, elle me dit qu’elle a réussi à subtiliser son chargeur!

Au cours de ces quatre jours, plusieurs militantes craquent. Je m’occupe d’elles du mieux que je peux. Le quatrième jour, on ouvre la porte de la cellule et on appelle mes amies. Toutes les Françaises sont expulsées, sauf moi. Je me retrouve seule, enfermée dans la cellule et c’est à mon tour de «craquer».

Je ne comprends pas ce qui se passe. Je demande à voir le directeur de la prison. Je ne suis pas sur les listes, il ne comprend pas et s’excuse! Il me promet que je ne passerai pas la nuit seule dans ma cellule et que je partirai le lendemain. Je demande à voir l’attaché consulaire. Il me dit qu’il est impuissant face à cette situation, qu’il a reçu la liste des partants à 22h00 la veille et qu’il ne décide rien! Je passerai la nuit avec les cinq Anglaises et Allemandes qui sont encore là  et le mercredi, à 13h00, on vient me chercher, enfin! Ce sera pour moi le moment le plus difficile de cette incarcération.

A 13 heures, je rejoins les cinq derniers Français qui partent avec moi. A l’aéroport, encadrés par une dizaine de policiers, nous sommes fouillés, nos sacs ouverts et vidés en dehors de notre présence, ce qui ne nous rassure pas. 16h30, on vient nous chercher. Nous arrivons au pied de l’avion. On nous somme de monter. Nous n’avons ni passeport ni billets. Nous refusons de monter. Dernier combat…

Un policier nous menace de retourner en prison, chantage! Nous n’obtempérons pas. Finalement, ils vont chercher le commandant de bord qui arrive avec billets et passeports. Nous obtenons nos billets et sommes conduits, comme des criminels, à l’arrière de l’avion. Arrive alors l’attaché consulaire, invisible pour défendre nos droits depuis notre arrivée à l’aéroport, qui nous souhaite un bon voyage! Mieux vaut tard que jamais… Je ne regrette aucunement cette expérience , certes particulière, mais très enrichissante. Tout au long de ces cinq jours je n’ai cessé de penser aux milliers de Palestiniens qui croupissent depuis parfois plus de 30 ans dans ces geôles israéliennes et qui n’ont que peu de chances d’en sortir.

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24 Juillet 2011 Par Les invités de Mediapart <http://blogs.mediapart.fr/blog/les-invites-de-mediapart>

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Publié dans Proche-Orient

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