La politique sanitaire ne se fera pas sans la Région

Publié le par desirsdavenirparis5

 


            Les membres de la nouvelle instance consultative, créée en novembre au sein du Conseil Régional d’Île-de-France, se sont réunis pour la première fois jeudi dernier, sous la présidence du Pr René Frydman et l’autorité de Jean-Paul Huchon.

 Conviés à réfléchir sur le système de santé francilien, ces professionnels de santé ont d’ores et déjà laissé fuser leurs idées sur des thèmes qui relèvent, sur le papier du moins, de l’agence régionale de santé (ARS)...

 Car si LA SANTÉ n’est pas du ressort des Régions, en Île-de-France, cela n’empêche pas son président, Jean-Paul Huchon (PS), de s’investir dans ce domaine, quitte à entrer dans le jardin de Claude Évin, président de l’ARS.

« La santé est une des préoccupations majeures des Franciliens, pourtant, aujourd’hui, il n’y a pas d’argent. La région peut, elle, intervenir ! », a-t-il affirmé, devant les membres du haut comité médical, piloté par le Pr. René Frydman aux côtés du Pr Olivier Lyon-Caen. « Et elle est déjà intervenue en faveur des personnes âgées, des handicapés, de la rénovation des urgences de l’hôpital Armand-Trousseau, de l’Institut du cerveau et de la moelle épinière... », énumère le patron socialiste du conseil régional, qui s’est par ailleurs engagé à consacrer 1 milliard d’euros à la santé et à la recherche au cours de sa mandature.

Mais il souhaite aller plus loin que ces actions ponctuelles, qu’il qualifie lui-même de « saupoudrage ». Et c’est au haut comité médical que revient la tâche de réfléchir sur les objectifs que pourrait adopter la Région. « Donnez-nous votre avis sur les priorités de notre système de santé, sur le schéma régional d’organisation des soins, sur les restructurations hospitalières, et prononcez-vous sur les enjeux scientifiques », a lancé Jean-Paul Huchon aux 18 professionnels de la santé qui composent le comité.

         Urgence(s) ! Il n’a pas fallu attendre longtemps pour que l’émulation naisse au sein de l’assemblée.                                                                                                                                                                        Chacun a pu, dès cette première réunion, partager son expérience. Les

praticiens hospitaliers comme René Frydman, André Grimaldi, diabétologue, Philippe Michaud, addictologue, ou encore Christophe Jedrecy, urgentiste, ont évoqué les difficultés de l’hôpital public à répondre à la demande des patients. Didier Ménard, généraliste en Seine-Saint-Denis et représentant de la Fédération des maisons de santé, a abordé le problème des inégalités sociales dans les banlieues. Le Dr Anne Tursz, expert en santé publique, a insisté sur la prévention de la santé des enfants. Jean-Michel Grellet, représentant de l’Union régionale des professionnels de santé (URPS) et psychiatre, a insisté sur la question de la démographie et de la santé mentale. Nathalie Depoire, présidente de la coordination nationale infirmière, a alerté sur l’hémorragie des infirmiers. Isabelle This-Saint-Jean, en charge de l’enseignement supérieur et de la recherche, a enfin exhorté les médecins à travailler de concert avec le conseil scientifique de la région... Derrière la diversité de ces points de vue, tous se sont retrouvés sur un même diagnostic : la menace d’un changement complet du système de santé et la nécessité de défendre l’hôpital public. « Si on ne réagit pas, les principes fondateurs de 1945 vont partir à la dérive », a prédit Olivier Lyon-Caen. « On doit l’égalité aux citoyens », a renchéri Jean-Paul Huchon : « La chambre à 45 euros par jour à l’AP-HP, c’est inacceptable, c’est un pas de plus vers un hôpital public à deux vitesses. »

 

            Les sages se retrouveront le 12 juillet prochain pour faire la liste des priorités et thèmes à aborder, à commencer par les urgences, la contraception, l’addiction, la santé mentale.

 Au regard d’une longue discussion sur la permanence des soins, et le financement des urgences, sur laquelle on a embrayé spontanément au cours de ce premier dîner, les discussions promettent d’être riches. Mais René Frydman entend bien canaliser les énergies : « C’est très courageux de la part de la région de se lancer sur le terrain de la santé. Mais il faut définir les connexions avec ceux qui ont les choses en main, sinon cela n’aboutira pas. »

            D'aprés  COLINE GARRE 

Ø  LUNDI 20 JUIN 2011 - N° 8985 - LE QUOTIDIEN DU MÉDECIN

Publié dans Santé-Sciences

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