La grogne de la justice "Nous sommes usés"

Publié le par desirsdavenirparis5


[INTERVIEW] Alexandra Grill, juge d'application des peines au tribunal de Bobigny et membre du conseil d'administration de l'ANJAP (Association nationale des juges d'application des peines), dresse pour Nouvelobs.com le portrait d'une profession "écoeurée" après les propos de Nicolas Sarkozy sur l'affaire Laetitia. 

Quel est le rôle d'un juge d'application des peines ?


- Nous sommes saisis de la plupart des condamnations prononcées par les tribunaux correctionnels. Notre travail est d'appliquer ces peines en les individualisant. Nous avons trois objectifs légaux : prévention de la récidive, garantie des intérêts des victimes et réinsertion des personnes condamnées. Nous travaillons au quotidien en ayant toujours en tête ces éléments.

Notre activité peut se distinguer en deux domaines : les personnes écrouées (peines de prisons fermes, bracelets électroniques, semi-liberté) et toutes les personnes qui sont libres (travaux d'intérêt général, libérations conditionnelles).

Pour suivre notamment les personnes écrouées, le juge d'application des peines (JAP) se doit également d'aller dans les établissements pénitentiaires et de statuer sur les demandes des détenus :aménagements de peines, semi-liberté, placement sous surveillance électronique, mais aussi permissions de sortie. Cependant, au titre des dernières réformes de la justice, ces seuils (pour pouvoir bénéficier d'un aménagement de peines) ont été élevés. Mais lorsque ces aménagements sont accordés, notre travail consiste également à faire un suivi. Par exemple en faisant respecter les obligations de soins et de remboursement des victimes.

Nous collaborons étroitement avec les SPIP (services pénitentiaires d'insertion et de probation) qui ont un rôle d'impulsion des projets en détention et de suivi en milieu ouvert et sans lesquels nous ne pouvons pas travailler. C'est notre partenaire institutionnel. Les problèmes qu'ils rencontrent nous touchent donc également.

En France, il y a environ 370 juges d'application des peines. A Bobigny, où je suis en poste depuis septembre 2010, nous sommes sept et à Meaux, où j'ai passé quatre ans, nous étions trois. Mais c'est une fonction méconnue, qui le reste parfois même pour nos collègues, et qui a beaucoup évolué depuis les années 2000 et 2004.


par Anne Collin, le mercredi 9 février 2011

(Nouvelobs.com)

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