La diagonale Ségolène

Publié le par desirsdavenirparis5


Soyons beau joueur ! L'effet de surprise est total. Personne n'imaginait que Ségolène Royal allait s'engager dans la bataille des primaires si tôt, et de cette manière. Son message est simple : si, en juin 2011, il s'avérait que Dominique Strauss-Kahn souhaite se présenter, eh bien ! nous verrons ensemble quelle est la meilleure solution pour l'emporter ; et si d'aventure il souhaitait accomplir son mandat à la tête du FMI jusqu'à son terme, en 2012, qu'il sache bien que, d'ores et déjà, je le préempte à Matignon pour une raison simple : c'est lui le meilleur !
Sacrée Ségolène : jamais où on l'attend. Un peu en décalage avec le PS, mais, dit-elle, toujours en phase avec les Français. Un art consommé du contre-pied que l'on croirait tout droit sorti du Manuel secret de l'art de la guerre. Dans ce vieux texte chinois aussi intitulé Les 36 Stratagèmes (Rivages Poche/Petite Bibliothèque), figure cette option stratégique : "Couvrir les arbres de fleurs". En d'autres termes, "se servir des circonstances pour déployer toutes ses capacités offensives, en sorte que l'on réussit à donner une capacité de puissance avec des forces réduites, conformément à la formule divinatoire : "L'oie sauvage progresse vers la terre ferme, ses plumes vont me servir de parure"".
Autre stratagème chinois : "D'invité, se transformer en maître de céans." Plusieurs étapes sont nécessaires : se battre pour se faire admettre comme invité ; guetter l'entrebâillement de la porte ; y introduire son pied ; s'emparer des commandes ; occuper la place du maître, c'est-à-dire s'emparer du commandement de l'armée d'autrui. "Telle est la marche, écrit Jean Lévi dans un commentaire de ce stratagème, qui permet une conquête progressive du pouvoir."
Sur le grand échiquier du jeu des primaires socialistes, Ségolène Royal vient d'accomplir un coup tout à fait étonnant : placer le fou (elle) à l'abri du roi (DSK), tout en narguant la reine (Martine Aubry). De quoi rendre le cavalier (François Hollande)... à moitié fou. Une diagonale aussi inédite qu'intrépide, qui laisse cependant Ségolène encore loin du mat.
La surprise est un art qu'il faut savoir exercer avec discernement. Ainsi que l'écrit Carl von Clausewitz dans De la guerre, "elle n'est à la disposition que de celui qui impose la loi, c'est-à-dire de celui qui a raison. Si nous surprenons l'adversaire par une mesure mauvaise, au lieu d'obtenir un succès, nous pouvons essuyer un échec très sensible. (...) Les effets de la surprise ont cela de particulier qu'ils relâchent violemment les liens de l'unité".
Clausewitz ajoute ceci, qui vaut pour tous les candidats : "La surprise semble nous promettre beaucoup, mais, dans l'exécution, les avantages espérés sont pour la plus grande partie absorbés par les frottements de toute la machine"...
Franck Nouchi (Chronique)
Article paru dans l'édition du 02.12.10
 
Objet : La diagonale Ségolène  Franck Nouchi (Chronique)

| 01.12.10 | 13h49

Publié dans Ségolène Royal

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