L‘échelle humaine de Ségolène

Publié le par desirsdavenirparis5


Il est évident pour nous tous, je pense, que ce qui nous importe, c'est la politique que défendra Ségolène. Je crois qu'on peut lui faire confiance pour s'intéresser et surtout intéresser, "sensibiliser" comme on dit, les Français à ce type de problèmes qui sont les leurs et dont on ne parle pas sinon sur le mode du fatalisme, voire de l'élégie. On est à tous égards dans le post– alors qu'il faudrait être dans le pré– (et aussi dans ce pré où serait le bonheur si on n'en avait pas rendu l'herbe toxique et l'air irrespirable). Le problème avec Ségolène, comme on ne cesse de nous le seriner, c'est qu'elle est in-con-tr-Ô-la-ble !
Moi, ça ne me déplaît pas sauf que je ne la suivrai pas à l'aveugle et que j'aimerais savoir où elle entend nous conduire. Un projet bien ficelé et cadré et non le catalogue que nous concocte Solférino serait le bienvenu accompagnant cet acte de candidature. Hollande et Montebourg font des propositions. Quelles sont les siennes en dehors de l'extrapolation de son expérience de présidente de Région à l'ensemble du pays ?
Car ça ne suffira pas et on ne va pas se battre, en tout cas pas moi, pour défendre seulement son bilan et sa gestion, que je veux croire exemplaire, de la Région Poitou-Charentes... Il faut qu'elle change d'échelle, même si je me sens tout à fait capable de justifier le choix de cette échelle-là (la Région) vs celle trop globale et élevée de DSK.
C'est lui qui a la position de surplomb qui devrait lui permettre d'avoir la vision d'ensemble qui nous manque et donc faire des propositions concrètes pour l'avenir de...? Justement, pas le nôtre en tant que pays pris dans la tourmente des pays latins qui risquent de voir leur note dégradée et sont menacés de FMIsation.
DSK est-il capable, lui, de se mettre à notre échelle, c'est-à-dire à notre portée, à la portée de nos intérêts de citoyens confrontés au quotidien du logement, du chômage, d'un système de protection sociale en péril sans parler de l'Ecole ? Je ne vois pas que ces questions triviales l'intéressent. La bonne échelle, c'est celle que définit Léon Blum dans A l'échelle humaine, écrit en prison pendant la guerre et publié en 1945. Je trouve ces pages d'une brûlante actualité et cette remarque qui rejoint nos désirs et me semble être au fondement des positions (mais il faudrait aussi des propositions) de Ségolène :
"Nous travaillons dans le présent, non pour le présent", et de citer Nietzsche : "Que l'avenir et les plus lointaines choses soient la règle de tous tes jours présents. Ce n'est pas l'amour du prochain, c'est l'amour du plus lointain que je te conseille". Evidemment, Léon Blum croyait encore à l'Humanité, avec un grand H comme l'Histoire qui avait un sens (un peut trop unique, il est vrai). Il croyait à cette humanité majuscule et universelle qu'il appelle "l'Humanité socialiste" et il parle de "Démocratie socialiste" indissociable de la "Démocratie internationale". Il parle aussi de "Démocratie populaire" mais, on s'en doute, avec un autre sens que celui détourné par le pouvoir soviétique et ses pays satellites.
Prise par ce beau texte, j'en ai oublié mon propos initial qui était l'analyse de ce mot, "incontrôlable", et la question qui devrait normalement être posée à tous ceux qui lui en font grief : au contrôle de qui échappe-t-elle ?
Sans doute tient-on là une piste pour expliquer un comportement souvent déconcertant : elle semble bien refuser systématiquement tout contrôle et paraître sous influence. D’autant que c’est bien l’image dominante qu’on a des femmes : toujours des mineures qu’il faut chaperonner et encadrer, incapables qu’elles sont de penser par elles-mêmes et de prendre un peu de hauteur. Il n’y a qu’à voir le sort réservé aux seules femmes journalistes dont le compagnon est un homme politique. D’où une tendance, qu’on peut regretter, à casser des relations qui deviendraient trop
prégnantes. Et cet autre constat, Martine Aubry n'est-elle pas, elle, un peu trop sous contrôle ? Le charme de Ségolène, c'est la liberté de la louve (plutôt que celle du loup) qui veille sur ses petits et ne va pas leur chercher à manger dans l'écuelle des chiens de garde...
Françoise Chenet

Publié dans Ségolène Royal

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