Interview de Ségolène Royal au journal télévisé de 20h Mardi

Publié le par desirsdavenirparis5

Ségolène Royal était interviewée par Laurence Ferrari dans le journal télévisé de 20h sur TF1 hier mardi.

 La Majorité tente de faire bloc autour d’Eric Woerth, on vient de le voir, le ministre du Travail qui est au cœur de l’affaire Bettencourt ; il est soupçonné de collusion d’intérêt par le Parti socialiste, quelle est votre position, qu’est-ce que vous demandez ce soir et est-ce qu’il n’y a pas un peu d’acharnement de la part du Parti socialiste ?

 Je ne crois pas qu’il y ait de l’acharnement, il y a un besoin de transparence et de vérité comme on est en droit de l’attendre dans toute république ; mais dans quel autre pays, Laurence Ferrari, dans quel autre pays, un ministre serait encore en place dans les conditions que les Français connaissent aujourd’hui ? Dans aucune autre démocratie ; il serait sommé de s'expliquer. Il serait au moins suspendu en attendant qu'une enquête impartiale ait lieu.

 

 

 

Vous demandez sa démission ce soir ?

Je demande une enquête impartiale et je demande ce qui se fait dans n'importe quelle autre démocratie ; je crois qu’il y a aujourd’hui un effondrement des valeurs morales.

Il se trouve qu’hier je réunissais une centaine de maires ruraux, droite et gauche confondue, et plusieurs fois j’ai entendu le mot de corruption. Le système Sarkozy aujourd'hui est corrompu.

Qu’est-ce que ça veut dire la corruption ? C’est Montesquieu qui définissait la corruption. C'est un pouvoir qui premièrement mélange les biens publics et les biens privés, qui considère que la chose publique c’est sa chose. C'est deuxièmement un pouvoir qui perd tout sens du bien commun  et troisièmement c'est un pouvoir qui profite d'une totale impunité, et je crois que c’est cela qui choque beaucoup les Français. Vous savez que moi je vois beaucoup de petits artisans, de petits commerçants, de petits chefs d’entreprises, lorsqu’ils passent une facture de TVA un peu imprécise, lorsqu’ils oublient de payer leurs charges sociales, lorsqu’ils ont des délais difficiles, lorsqu’ils se trompent dans leurs comptes, il n’y a aucune espèce d’impunité.

Pour l’instant il n’y a pas d’affaire de corruption avérée au sein du gouvernement, Madame Royal…

C'est un pouvoir qui est corrompu, je viens de vous le dire, c'est un pouvoir qui mélange la chose publique et la chose privée, et moi je crois qu’il est temps – il est encore temps, il faut que Nicolas Sarkozy le fasse parce que sinon c’est grave…

(Laurence Ferrari, coupant la parole à Ségolène Royal ) Donc les mesures que le président vient d’annoncer, les mesures de rigueur, réduire le train de vie de l’Etat de 10% sur 3 ans, réduire les privilèges des ministres, tout ça, pour vous c’est de la poudre aux yeux ?

Je pense que compte tenu de la gravité de la situation, c’est tout à fait insuffisant. D’abord il devrait donner l'exemple, comme l'a dit Dominique de Villepin, il doit renoncer à l'achat de son avion privé. Nous découvrons qu’il vient de se commander un avion privé de 180 millions d'euros. Vous ne croyez pas que ces 180 millions d’euros seraient mieux utilisés dans ce qu’on vient de voir  pour rétablir la sécurité dans les quartiers difficiles, c’est abominable le reportage que nous avons vu tout à l’heure, vous ne croyez pas qu’ils seraient mieux utilisés pour lutter contre l’insécurité ?

Il doit aussi donner l'exemple en supprimant le bouclier fiscal ; on découvre que des fortunes comme celles de Liliane Bettencourt reçoivent en retour des chèques donnés par le contribuable français : c’est le bouclier fiscal inventé par Nicolas Sarkozy.

Puis peut-être faudrait-il que les ministres reviennent au niveau de rémunération qu’il y avait avant que Nicolas Sarkozy arrive et qu’il n’augmente les ministres et son salaire de 150%.

Donc voilà des choses simples, qui pourraient permettre de rétablir de l’ordre républicain et la République du respect. Puis je crois qu’il faut aussi redéfinir le sens de l’engagement politique.

Qu’est-ce que c’est que faire de la politique ? Quand on a la chance de gérer de l’argent public et de décider pour les autres, d’abord on doit servir et non pas se servir, deuxièmement on doit rendre des comptes et enfin on doit être capable de donner plus à ceux qui ont le moins. Voilà ce que c’est que l’engagement public.

Un mot des retraites, qui [sont] un dossier très important ; l’intersyndicale appelle donc à une nouvelle journée d’action le 7 septembre, vous appelez toujours à un référendum sur cette réforme des retraites, pourquoi ?

Oui. Parce que le gouvernement a créé le référendum d’initiative populaire. C’est le moment, je crois, de s’en servir : c’est très simple, ça veut dire que si 10% des électeurs inscrits – 4,5 millions d’électeurs – demandent à être consultés sur une réforme sociale majeure [une demande de référendum peut être déposée], et la réforme des retraites c’est quelque chose de crucial ; la remise en cause de la retraite à 60 ans : Nicolas Sarkozy avait promis pendant la campagne présidentielle de ne pas y toucher donc c’est un reniement. Il avait ensuite promis que les Français pourraient travailler plus pour gagner plus : là, avec l’allongement de la durée de cotisation, les Français vont être obligés de travailler plus pour gagner moins, puisque le niveau des retraites va baisser pour ceux qui partent à l’âge de 60 ans.

Et puis je crois que lorsque l’on subit un chômage des jeunes aussi grave, il est absurde d’aller demander aux Français de travailler plus longtemps. Qu’on puisse le faire sur la base du volontariat, que la possibilité en soit ouverte à tous, mais que le droit fondamental de pouvoir partir à 60 ans, et notamment pour les gens qui ont travaillé dur, qui se lèvent tôt, pour les femmes aussi, qui vont être très durement frappées, [soit maintenu car] je pense que c’est très injuste, et moi j’en appelle en effet  à la demande d’un référendum comme la loi le permet, et c’est pour ça que j’ai ouvert sur mon site Désirs d’avenir, une pétition, qui est déjà signée d’ailleurs par plus de 5 000 personnes, et je pense que ce mouvement démocratique, ce mouvement citoyen, cette capacité de résistance, c’est une façon aussi pour la démocratie de revivre et de respirer.

Est-ce que vous vous considérez toujours, Ségolène Royal, comme la meilleure opposante à Nicolas Sarkozy ?

Je pense que c’est le peuple français qui doit s’opposer à Nicolas Sarkozy, et c’est pour ça que la mobilisation contre cette chose si injuste qu’est la remise en cause du niveau des retraites, alors que Nicolas Sarkozy avait promis le contraire, lorsque l’on voit aussi l’insupportable mauvaise redistribution des ressources.

C’est vrai que dans l’affaire Woerth-Bettencourt, on découvre une personne qui possède 10 milliards d’euros, vous vous rendez compte Laurence Ferrari, 10 milliards d’euros. Et que d’un autre côté des professions sont abandonnées, que l’on a des suicides chez les éleveurs de lait, qu’il y a des entreprises qui attendent, comme l’entreprise Heuliez qui attendait 10 millions d’euros de Nicolas Sarkozy, qui ne les a toujours pas eus à l’heure où je vous parle, que l’on voit des familles en situation de surendettement pour quelques milliers d’euros, qui sont immédiatement « interdit bancaire », et que là lorsque les riches fraudent et sont protégés par un ministre du Budget qui est en plus trésorier de l'UMP, il y a non seulement une impunité totale, mais il y a en plus ce que l’on peut appeler un trafic de Légion d'honneur parce que les fraudeurs sont en plus récompensés par la Légion d'honneur [allusion à Philippe de Maistre, gestionnaire de la fortune de Liliane Bettencourt, récemment épinglé dans des enregistrements sonores révélés par Médiapart, NdlR].

Philippe de Maistre explique à Liliane Bettencourt la soustraction au fisc français d'un compte suisse de 65 M€ (Médiapart)

 

 

 Moi, je suis fille de militaire. Mon père a eu la Légion d'honneur parce qu'il a risqué sa vie sur les champs de bataille pour défendre la liberté des Français. Quand je vois aujourd’hui que le pouvoir en place distribue la Légion d’honneur à des fraudeurs fiscaux, c’est scandaleux et je crois qu’il est temps que ça cesse.

Publié dans Ségolène Royal

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