Gauche de rustine ou gauche de changement ? Moi, je vote Royal

Publié le par desirsdavenirparis5

 

LE PLUS. Dimanche, il va falloir choisir son candidat. Après avoir attentivement écouté les débats, Louise de Lannoy a éliminé d'emblée ceux qui appartiennent à "la gauche de rustine" et jeté son dévolu politique sur Ségolène Royal. Selon elle, la candidate de 2007 est la plus à même de répondre aux attentes des Français. Décorticage.

 

À l'issue des trois débats télévisés de la primaire socialiste et du visionnage de quelques meetings de campagne, la question qui se pose est avant tout de savoir si le plus grand nombre des électeurs a été suffisamment convaincu que la gauche française, et notamment le Parti socialiste, est la seule force politique légitime pour mener le changement radical auquel aspire les Français.

 

Est-ce que les propositions qui ont été faites sont suffisamment crédibles pour mobiliser les électeurs et les amener à voter massivement pour le ou la candidate de gauche, lors de l'élection présidentielle et des élections législatives de 2012 ?

 

Pour moi, la question est de savoir lequel des six candidats à la primaire partage le même diagnostic de la situation de la France que moi et propose des solutions les plus proches de celles que je souhaite voir mettre en place. Qui est le (la) plus apte à me représenter, à me mobiliser activement pour la campagne présidentielle ?

 

Dans l'état actuel de la société française, après la désastreuse expérience de gouvernance ultralibérale Nicolas Sarkozy et de sa majorité présidentielle, les promesses qu'on ne tient pas pour cause de crise ou de désaccord avec les pays de l'Union européenne ne feront pas long feu. Avec un tiers de la population active menacée de chômage, un tiers de la population qui renonce à se soigner par manque de moyens financiers, une paupérisation sans cesse croissante des classes moyennes et ouvrières, la régression sociale pèse lourdement sur un très grand nombre de Français.

 

Les Français ont conscience qu'une caste de privilégiés est en train de se livrer à un pillage éhonté des finances publiques et des biens de la nation. Ils ont conscience que ceci n'est possible que parce que "l'élite" du pays est dominée – soumise – par une idéologie libérale dévastatrice.

 

Si, il y a une vingtaine d'années, une part non négligeable de la population avait très bien compris ce que cette idéologie libérale pourrait lui permettre en matière d'ascension sociale, à l'heure actuelle, elle ne peut que constater que c'est à son tour d'être sacrifiée sur l'autel de l'enrichissement de la classe dirigeante. Il semble donc que le plus grand nombre de citoyens français a désormais compris les causes et les effets du pourrissement du système économique et social.

 

Il est de plus en plus clair qu'après le temps de la compréhension du phénomène, nous arrivons à une période de réaction à ses effets. Cette réaction peut se manifester par des émeutes, par une très forte résistance au changement – qui se concrétisera par un vote pour le Front national – ou par une attente forte vis-à-vis du personnel politique de gauche de conduire à un changement radical de la situation économique et sociale en France.

 

Autant d'attente de changement de la part de très nombreux citoyens français qui portent sur la façon de concevoir la politique, de concevoir le rôle et le pouvoir de l'État vis-à-vis des pouvoirs économiques et financiers, de concevoir le rôle protecteur de l'État vis-à-vis des citoyens dans le rapport de forces qui les confrontent aux puissances économiques, financières et patronales.

 

C'est donc à travers cette attente de changement systémique, qui ressort de différentes enquêtes, et de mes propres attentes, que j'ai abordé le troisième débat de la primaire.

 

Le point positif de ces trois débats, c'est que les candidats semblent avoir compris que, pour gagner les deux échéances électorales à venir, il ne suffira pas de faire de l'anti-sarkozysme primaire. Il ne suffira pas, non plus, d'agiter la peur d'une victoire du Front national, en s'appuyant sur des sondages alarmistes.

 

Le bilan que je peux désormais faire, c'est que, parmi les six candidats à la primaire socialiste, nous avons deux groupes distincts qui se positionnent de façon différente par rapport à la problématique du changement.

 

1. Les poseurs de rustines

 

Le premier groupe, constitué par Jean-Michel Baylet, Manuel Valls et François Hollande, n'a jamais, au cours des trois débats ou de leurs meetings, remis en question l'idéologie libérale dominante. Les trois candidats semblent seulement regretter les effets de la mise en œuvre de cette idéologie.

 

À ce titre, on pourrait les qualifier de passifs. Leurs propositions consistent le plus souvent à amortir les effets du libéralisme, en posant quelques rustines de taille imprécises sur les trous qu'ils ont repérés.

 

Mais ils ne cherchent pas à mettre en place un système économique social et politique différent. Ils n'ont absolument pas compris, ou accepté, l’attente d'un changement radical d'orientation politique et économique. Ils condescendent tous les trois – du bout des lèvres et sous certaines conditions – à en réguler les pratiques les plus brutales. Ils sont, dans leur vision de l'État, sur un axe de soumission aux lois du marché. À noter qu'aucun des trois candidats n'emploie fréquemment le terme de changement.

 

Ce groupe attirera probablement des électeurs qui sont actuellement peu impactés par la crise économique, mais suffisamment choqués par la brutalité du mode de gouvernance de la majorité présidentielle pour ne pas vouloir voter pour le prochain candidat représentant la droite.

 

Par contre, l'électorat de gauche (gauche du Parti socialiste, Parti de gauche, certains écologistes, LO, etc.) ne peut trouver ces candidats légitimes pour mener un véritable changement.

 

2. La gauche de changement

 

Le second groupe, constitué par Ségolène Royal, Arnaud Montebourg et, sur certains sujets, par Martine Aubry, remet en question l'idéologie libérale et la toute-puissance de l'économie. Ce groupe semble plus apte à mobiliser les électeurs qui aspirent à un véritable changement.

 

Quand bien même ces trois candidats ne sont pas notoirement des "révolutionnaires", ils entendent remettre l'État au pouvoir et lui redonner une capacité d'intervention et de régulation que trente ans de laxisme politique ont totalement annihilée.

 

À ce titre, on pourrait qualifier ces candidats de proactifs. Les solutions qu'ils proposent visent toutes à mettre en place un système socio-économique différent du système dominant actuel.

 

On note toutefois des différences importantes entre chacun des candidats. Elles portent essentiellement sur la rapidité et la profondeur (radicalité ?) du changement (VIe République, participation citoyenne, interventionnisme d'État, etc.) qu'ils envisagent et de la place qui doit être donnée aux citoyens dans la mise en œuvre du changement.

 

Néanmoins, ils ont compris la nécessité d'un changement d'orientation politique, social et économique. Ils entendent faire de l'économie un moyen mis à la disposition de l'humain et inverser, ainsi, le processus actuel qui tend à mettre l'humain à la disposition de l'économie et de ses institutions (marché, banques, entreprises, etc.).

 

Ce groupe peut attirer les électeurs des classes moyennes qui commencent à être impactées par la crise économique et sociale, ainsi que l’électorat qui ressent le besoin d'un État fort, protecteur, actif et non soumis. Il est fort probable que l'électorat de gauche aura moins de mal à se rassembler derrière ce groupe de candidats, au moment des élections, que derrière les candidats du premier groupe.

 

L'attente des électeurs porte sur un changement du système économique, social et politique et, si la gauche française veut remporter l'élection présidentielle de 2012, il est indispensable qu'elle montre, clairement et sans ambigüité :

 leplus.nouvelobs.com/contribution/200551;gauche-de-rustine-ou-gauche-de-changement-moi-je-vote-royal.html

- qu'elle a compris la nécessité de changer, en énonçant clairement un diagnostic de la situation ;

- qu'elle est d'accord avec l'objectif économique, social et politique du changement ;

- qu'elle est capable de mener ce changement, en un mot qu'elle est la seule force politique légitime pour mener ce changement.

 

Ça n'est qu'à ce prix-là qu'elle obtiendra la confiance du plus grand nombre des Français.

 

À ce stade, j'élimine le premier groupe de candidats, car il n’a pas le profil ad hoc. Reste à faire un tri entre les trois candidats du second groupe. Pour que je leur fasse confiance, il est indispensable que, dans leur discours, je trouve des réponses aux questions suivantes :

 

- Pourquoi changer ?

- Qu'est-ce qui doit changer ?

- Comment allons-nous nous y prendre pour changer ?

- Comment allons-nous faire face aux résistances au changement qui tenteront de faire obstacle à l'atteinte de notre objectif de changement ?

 

 

 

Seule Ségolène Royal, sur l'ensemble des thèmes qu'elle aborde, répond chaque fois à ces quatre questions. Arnaud Montebourg est moins systématique. Martine Aubry n'est pas rompue à cette discipline et a un peu trop tendance à faire appel à l'affect plutôt qu'à une explication rationnelle.

 

Il est important, pour convaincre, que les leaders politiques fassent preuve de qualités qui motivent profondément les Français à être acteurs du changement. En particulier, il est indispensable que les candidats ne se montrent ni méprisants ni imprécis, et qu'ils fassent preuve d'une volonté réelle de confiance dans la capacité des citoyens à participer à la recherche de solutions.

 

Cela implique nécessairement que les candidats doivent faire preuve d’une grande capacité d'écoute, de clarification des inconnus, d'intégration active des citoyens dans le processus de changement, de mise en lumière de la pertinence du changement par l'explication, sans langue de bois, propagande ou prosélytisme. Seuls ces comportements convaincront les électeurs de la pertinence du projet de changement .

 

Il est également indispensable que les candidats pour l'élection présidentielle soient des personnes reconnues pour leur expérience de terrain, leur ténacité à prendre en compte l'avis des citoyens et à élever de véritables contre-pouvoirs à la toute-puissance de l'argent. Il doivent être cohérent entre leurs propositions actuelles et leurs prises de positions et actions antérieures sur des sujets où des problèmes ayant trait aux préoccupations des Français (le chômage, l'emploi, la santé et la qualité des soins, le pouvoir d'achat). Ils doivent être identifiés comme des personnes honnêtes et légitimes pour piloter le processus de changement.

 

Martine Aubry, qui s'appuie essentiellement sur son réseau d'élus locaux et son état-major du Parti socialiste, ne fait pas preuve d'une grande capacité à prendre en compte l'avis des citoyens, à les intégrer dans la discussion sur la recherche de solutions. Idem pour Arnaud Montebourg. Je m'interroge sur leur capacité à générer une prise en charge de certaines actions de changement par les citoyens.

 

Au final, Arnaud Montebourg et Martine Aubry, s'ils ont compris la nécessité d'un changement radical des axes économiques, sociaux et politiques de notre société, et semblent adhérer à cette idée, ne semblent pas avoir passé le cap du diagnostic pour en arriver à des propositions de solutions concrètes et détaillées. Cette impréparation pourrait être préjudiciable à la mise en œuvre du changement attendu par les Français car, compte tenu de la situation actuelle, il va être urgent et nécessaire, dès le lendemain de l'élection présidentielle, de mettre en place des mesures législatives et règlementaires drastiques.

 

C'est pourquoi j'ai décidé de soutenir Ségolène Royal qui me semble bien plus prête à l'action volontariste, immédiate (parce que concertée et préparée avec les citoyens français).

 

Elle est la seule à pouvoir très vite générer une dynamique de changement en s'appuyant sur la base de la pyramide sociale française. Indépendante et soumise à aucun lobby ni à aucun appareil politique, elle est la plus à même de réaliser le rassemblement nécessaire à une œuvre commune, car elle ne devra pas, en même temps qu'elle négocie avec d'autres forces politiques, préserver les intérêts de son parti politique. Elle saura être intransigeante quand il le faut et faire preuve de beaucoup moins de complaisance vis-à-vis de ceux qui feront de la résistance au changement et de ceux qui ont annexé les pouvoirs de l'État.

 

Elle est, de loin, la candidate la mieux préparée à exercer une gouvernance de l'État et à apporter des solutions rapides et efficaces, grâce à l'expérimentation qu'elle a pu mener dans la région qu'elle préside.

> Par Louise de Lannoy Blogueuse non encartée...

Edité par Daphnée Leportois  

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/200551;gauche-de-rustine-ou-gauche-de-changement-moi-je-vote-royal.html

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