En gagnant 250 000 dollars : Vous êtes riche. Faites-vous une raison

Publié le par desirsdavenirparis5

 

Quand on gagne 250 000 dollars annuels ou plus, on peut payer un peu plus d’impôts.
> Cet article a été publié sur le site de l'hebdomadaire américain Newsweek le 3 février.

 

"Vous êtes riche. Faites-vous une raison". (AFP)

Et c’est reparti. Dès qu’on aborde le sujet des impôts — ce qui fut le cas avec cette polémique sur la décision de l’administration Obama de ne pas reconduire les baisses d’impôts mises en place dans les années Bush et qui expirent cette année — on doit affronter le chœur des pleureuses qui voudraient nous faire croire que ce n’est pas être riche que de gagner 250 000 dollars par an. Si on augmente les impôts de ces gens, nous dit-on, c’est la classe moyenne qu’on pressurise. Media Matters [association de gauche qui se consacre à la "lutte contre la désinformation conservatrice" NdT] a déjà rassemblé quelques citations bien choisies sur la question.

Ayant déjà abordé la question dans un article d’août 2008, aujourd’hui revu et augmenté, j’ai deux mauvaises nouvelles pour le club des plus de 250 000 dollars. Primo, la fin des baisses d’impôts temporaires de l’époque Bush paraît inévitable, du fait de la politique budgétaire catastrophique des années 2001 à 2008 (et quelle ironie de voir des responsables économiques de l’administration Bush comme Edward Lazear, Greg Mankiw et Keith Hennessey critiquer les décisions budgétaires). Secundo, pour ceux d’entre vous qui gagnent plus de 250 000 dollars, je regrette d’avoir à vous le répéter : oui, vous êtes riches — quel que soit l’angle sous lequel on se place.

Il est surprenant de constater à quel point se sentir riche ou pauvre est une question d’état d’esprit. On peut gagner 3 millions de dollars par an et se sentir malheureux et fauché, tout comme on peut en gagner 30 000 et se considérer comblé. Il doit y avoir quelque chose à tirer des statistiques sur le revenu. Qui nous confirment que gagner 250 000 dollars vous place en agréable compagnie, surtout après le gadin que s’est pris l’économie en 2008. L’été dernier, le bureau du recensement rapportait que le revenu réel par foyer médian était de 50 503 dollars en 2008, en baisse de 3,6 % par rapport à 2007. On peut penser que le chiffre aura encore baissé en 2009. Un foyer qui dispose aujourd’hui d’un revenu de 250 000 dollars annuels gagne donc cinq fois plus que le foyer médian. De fait, comme le montre le graphique, seuls 2 476 millions de foyers américains, les 2,1 % supérieurs, disposaient d’un revenu supérieur à 250 000 dollars en 2008 (20 % environ des foyers gagnent plus de 100 000 dollars).

Lorsqu’on exploite des données agrégées au niveau national, il faut bien sûr tenir compte des différences significatives d’état à état en terme de coût de la vie. Avec 250 000 dollars, on ne va pas très loin à Santa Barbara ou Manhattan — dans la plupart des lieux, en fait, où vivent les présentateurs télé et leurs invités — à l’inverse de Paducah dans le Kentucky. Comme le montrent les statistiques du recensement, le revenu médian par état s’échelonne de 67 508 dollars dans le New Hampshire à 37 416 dollars dans le Mississippi. Dans les états les plus riches, toutefois, 250 000 dollars restent une coquette somme — c’est pratiquement quatre fois le revenu médian dans les états riches tels que le Colorado, le Massachusetts et le Connecticut. Et ça le reste si l’on se concentre sur les régions métropolitaines les plus riches — Washington (85 236 dollars), San Francisco (76 068 dollars), Boston (70 334 dollars), et New York (63 957 dollars) — avec un quart de million de dollars par an, on y est encore très loin au-dessus du revenu médian.

Bien sûr, dans les résidences de Georgetown, on ne se compare pas avec les autres washingtoniens d’Anacostia. Le revenu relatif fonctionne pour l’essentiel au niveau du voisinage. Comme on le sait des travaux de l’économiste Robert Frank à Cornell, les gens estiment leur qualité de vie non en fonction de leur revenu ou de leur consommation, mais de leur revenu et de leur consommation comparée à ceux de leurs voisins. Après tout, c’est avec eux que l’on est en compétition pour le statut et les biens positionnels importants tels que le logement et les écoles. Sur ce point, les tenants du "gagner 250 000 dollars n’est pas être riche" ont l’avantage. Dans certains quartiers ou codes postaux, c’est sûr, évoquer un salaire annuel de 250 000 dollars, c’est sortir un canif au milieu des fusils. On trouve un nombre significatif de gens riches — dont un certain nombre d’affreusement riches — dans les villes comme New York ou San Francisco. Si l’on veut habiter dans un quartier où la maison la moins chère coûte un million de dollars et qu’on désire envoyer les enfants dans une école privée, partir loin en vacances et avoir une maison en bord de mer, alors 250 000 dollars ne suffiront pas, et de loin. Quand le banquier d’affaire, qui vit au bout de la rue, empoche un bonus de 2 millions de dollars, savoir qu’on s’en tire mieux que 98 % de ses concitoyens est une faible consolation.

Cependant, il reste pas mal d’endroits où on peut faire un bon bout de chemin avec 250 000 dollars : certaines des banlieues les plus chics de la cote est ou de Chicago, plusieurs quartiers de Manhattan, des bouts de la côte Californienne. Par exemple : fin 2008, Forbes publiait un classement des 25 quartiers les plus riches d’Amérique. Dans n’importe lequel d’entre eux, quelqu’un qui gagnerait 250 000 dollars par an ne pourrait probablement pas se payer la maison de ses rêves. Mais dans n’importe lequel d’entre eux, quelqu’un qui gagnerait 250 000 dollars par an ferait mieux que la plupart des ses voisins.

Encore une fois, j’attends la marée d’e-mails, de posts sur les blogs et de commentaires de ceux qui par leur dur labeur et par leurs propres moyens sont parvenus à gagner 250 000 dollars par an, mais ne se considèrent ni riches, ni financièrement à l’abri, et notamment en comparaison du capital-risqueur de la maison d’a côté. Ayant passé l’intégralité de ma vie adulte à, ou à proximité de, Washington, Boston et New York, je compatis. Je suis parfaitement enclin à vous écouter et à sympathiser avec vous. Plaignez-vous du prix exorbitant de l’immobilier dans les zones où les écoles publiques sont bonnes. Parlez-moi de ces voisins qui gagnent beaucoup plus de vous sans apparamment le mériter. Expliquez-moi qu’il faudrait un impôt sur le revenu qui prenne en compte les différences géographiques du coût de la vie (l’impôt alternatif yuppie ?). Mais, ne me dites pas que vous n’êtes pas riche.

Par Daniel Gross

Traduit de l'américain par David Korn
     NOUVELOBS.COM | 05.02.2010 |

> lire la version américaine de l'article sur le site de Newsweek

Publié dans Amérique

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