De quoi Mitterrand (Frédéric) est-il le nom ? ou Sarkozy au pays de Lilliput…

Publié le par desirsdavenirparis5

UN  BILLET DE FRANCOISE CHENET

La réponse est à la fois simple et complexe : de divers amalgames faits aussi bien à droite qu'à gauche, en sa faveur ou contre lui. Dans tout ce que je lis ou entends, c'est en effet ce mot "amalgame", sonnant comme une objection quasi injurieuse, qui revient le plus souvent. Or, à l'origine, le mot, qui appartient à l'alchimie, désigne l'alliage du mercure et d'un autre métal, dans le but d'en tirer la fameuse pierre philosophale… Etant donné le sujet, l'étymologie arabe du mot donne un éclairage intéressant. On hésite, en effet entre : amal al gama'a, "union charnelle" et al-mulgam qui viendrait du grec, malagma, "cataplasme". Les deux conviennent très bien ici.
 Voyons donc ces "amalgames" et ce qu'on peut en tirer :
1- Le premier porte sur le nom même de l'intéressé. Sans doute étais-je mal réveillée l'autre matin, avec une certaine déficience de l'oreille gauche un peu capricieuse, mais j'ai entendu "affaire Mitterrand" et j'ai compris François… Et je ne cesse de lire dans les "objets" de nos mails ce même raccourci onomastique. Passe encore que la droite, surtout extrême, se complaise dans cette confusion qui permet de salir un nom qu'elle abhorre, mais nous ? Les initiales ne valent pas mieux puisque ce sont les mêmes. Pour les paresseux, je propose Fdc Mit., le nom (et son mythe) étant effectivement mité…
2 - La nature du délit. Que lui reproche-t-on exactement ? en vrac : pédophilie, homosexualité, tourisme sexuel, mais aussi d'être le ministre de la culture de Sarkozy malgré ses turpitudes avouées et connues. Et pour d'autres, d'être le neveu, passé à l'ennemi, de François Mitterrand. Nous avons donc tous de bonnes et mauvaises raisons de crier "haro sur le baudet!". L'image me paraît justifiée par la réputation du baudet, animal lubrique… (baud-, bald-, hardi mais aussi lascif…)
3 - Sur quoi repose la condamnation (sans examen préalable) ? sur un texte qu'il a publié en 2005, donné explicitement pour "autobiographique", où il se confesse dans la tradition inaugurée par Rousseau et dans laquelle on trouve Gide, Si le Grain ne meurt, pour ne reprendre qu'un exemple avec lequel on le compare (à tort). De là, on considère que c'est une "œuvre littéraire" et on amalgame allègrement fictions, écrits autobiographiques et intimes, succès en librairie qui serait la preuve de la qualité de l'œuvre et donc du talent (on ne va pas jusqu'au génie) de son auteur, lequel, cerise sur le gâteau, l'exonérerait de toute faute au nom de la "beauté" qui "sublime" le vice (entendu ce matin). On y ajoute un peu de repentance et, au nom du "faute avouée, faute à demi pardonnée", on s'apitoie sur les souffrances insupportables de l'auteur : "Le pauvre homme!". On nous parle aussi de l'évolution des "sensibilités" qui n'autorise plus de nos jours ce que nos ancêtres permettaient.  Ce qui est historiquement faux mais nous conduit à un autre amalgame qui est à l'origine de "l'affaire" : Polanski.
4 - De quelle culture Frédéric Mitterrand est-il le ministre ? Quel que soit le point de vue qu'on peut avoir sur l'affaire Polanski, il est certain que notre ministre a pris sa défense avec une telle véhémence qu'on a eu l'impression qu'il s'identifiait au cinéaste si bien que les arguments qu'il donnait en sa faveur (les droits imprescriptibles de l'artiste à échapper au jugement moral) sont devenus ceux du sempiternel débat de l'Art et de la Morale, du Bien, du Beau, etc. En oubliant la distinction entre l'œuvre et l'homme qui recoupe celle de l'aveu dans une autobiographie assumant l'identité du narrateur et de l'auteur vs la fiction non assumée par l'auteur. C'est toute la différence avec Proust qui donne ce conseil à Gide à propos de sa pédérastie :  n'utilisez pas la première personne pour en parler. Bref, défendre une œuvre n'implique pas qu'on défende son auteur. Le talent et l'histoire personnelle, tragique, de Polanski, ne justifient rien, au contraire. On pouvait s'attendre de sa part à plus de retenue et de maîtrise de sa libido. Tout comme chez notre futur ministre de la culture : quels exemples donnent-ils ? Personnellement, sans vouloir les juger (j'aime bien Polanski et trouve excessif cet acharnement de la justice américaine), je ferai seulement observer, puisqu'on parle de l'évolution des "sensibilités", que la production littéraire de ces dix dernières années est dans le style de La Mauvaise vie: on fait de l'autofiction (plus prudente que l'autobiographie) et on se déboutonne avec complaisance… Voir, par exemple La Vie sexuelle de Catherine M, de Catherine Millet… Mais il y a dans le cas de Polanski et de Frédéric Mitterrand, une énorme différence : c'est ce qu'on pourrait appeler, un abus de biens sexuels et de position dominante. Dans un cas comme dans l'autre, c'est en leur qualité de mâle blanc dominant socialement et économiquement qu'ils ont pu abuser de leur partenaire sexuel, consentant ou pas. L'âge des partenaires sont des circonstances aggravantes mais ne doivent pas cacher la véritable nature de cette violence faite à plus faible que soi et à l'exploitation d'une misère aussi bien matérielle que morale. Au demeurant le tourisme sexuel n'est pas le fait des seuls hommes, homos ou hétéros, mais aussi des femmes… Et il n'est pas non plus l'apanage des Occidentaux, si ce n'est qu'ayant inventé les "droits de l'homme", ils en ont les devoirs … Quant à l'adolescente de 13 ans qui posait nue (?) pour l'édition française de Vogue, réputée dans les années 70 pour "les séries de mode de Guy Bourdin, très sexuelles et scandaleuses" (Wikipédia), on peut se demander ce qu'elle faisait là et comment ses parents avaient pu autoriser cette séance de pose. Nul doute que si elle avait porté la burqa, pareille mésaventure ne lui serait pas arrivée ! Il est vrai qu'au pays des burqas, il aurait suffi à Polanski de l'acheter pour en avoir un usage exclusif et privé de toute publicité. Il y a cependant là comme une justice immanente qui met l'abuseur (c'est le nom donné à Don Juan) sous cette burqa de pierres qu'on appelle prison…
On voit bien que derrière ces deux affaires, c'est bien le "système" dont se prévaut notre ministre de la culture, "sexe et argent", qui domine à tous les niveaux et ampute de ses deux dernières syllabes la "culture" dont il est le produit et le représentant… D'autant qu'avec ce scandale, les ventes de son livre réédité pour la circonstance, vont certainement flamber. Il n'y a pas de petits profits.
5 -  D'où ce dernier amalgame avec le couple présidentiel : qui l'a fait ministre et pourquoi ? On sait que c'est à l'instigation de Carla Bruni, ancien mannequin, elle-même photographiée nue (et c'est bien là qu'on mesure à quel point la burqa est antidémocratique qui, sur le corps de Carla, aurait privé le bon peuple de l'appréciation de ses charmes). Pour Sarkozy, faire croire à l'ouverture en captant la symbolique d'un nom évidemment marqué à gauche, sans se soucier de la personne qui le portait, avec ses idées et son passé. On ne peut imaginer plus parfait mépris. Il me semble que Frédéric Mitterrand aurait dû être humilié d'être pris pour un autre et de voir avec quel cynisme on instrumentalisait son nom et donc son identité.
Et c'est peut-être là que se trouve le véritable effet de ces divers amalgames : à vouloir amalgamer à sa manière, et surtout à son profit, gauche et droite par la vertu d'un nom, Sarkozy se trouve en porte à faux (ce qui est le moins pour une politique du faux-semblant) par rapport à son électorat naturel et plus encore dans une posture bancale.
Car vous ne l'avez pas remarqué, mais les chaussures de Sarkozy n'ont pas le même talon à chaque pied. En souverain du pays de Lilliput, dominé par deux partis qui sont en lutte constante pour le pouvoir, les "Tramecksans et les Slamecksans" ainsi nommés "d'après les talons de leurs chaussures, qu'ils portent haut ou bas pour se distinguer", il lui faut choisir entre les Hauts-Talons/Tramecksans et les Bas-Talons/Slamecksans. L'Empereur, favorable aux Bas-Talons, réduit la hauteur des siens tandis que le Prince héritier semblant avoir de la sympathie pour les Hauts-Talons "a un talon nettement plus haut que l'autre qui le fait boiter en marchant"…
Choisir un Mitterrand était une solution boiteuse… dont Œdipe (paradigme du boiteux) dit le complexe.

Françoise Chenet

Publié dans Morale-Moeurs-Loi

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article