Dans mon collège, la sécurité est assurée par… le personnel d'entretien

Publié le par desirsdavenirparis5

La violence scolaire revient sur le devant de la scène politico-médiatique. CC, prof dans un collège de ZEP, donne son point de vue sur le sujet. Pour elle, le Gouvernement veut tuer l'école à petit feu.

Dessin : Louison
Ce n'est pas tellement nouveau, mais c'est différent. Avant, les gamins se mettaient des peignées dans la cour, pour des histoires de nanas ou de billes...Aujourd'hui, ils y vont à coup de couteaux, de cutter, de battes de base-ball ou de barre de fer. C'est un peu plus inquiétant.

Certes, tout ça resterait peut-être au rang des faits divers, en temps normal, mais là, les médias s'intéressent : les élections approchent et comme par hasard, c'est toujours une période où la violence augmente...dans les journaux.

Nouvelles violences
Mais il n'y a pas que ça. Le mouvement dans l'académie de Créteil le prouve : les profs expriment un gros ras-le-bol.

La violence a changé de visage et elle est aussi plus courante et totalement banalisée : les "happy slapping" ou les jeux sadiques qui consistent à massacrer des élèves pour rien, comme les "petit pont" ou "jeu de la boule" se multiplient, par exemple.

Il y a aussi une violence plus quotidienne qui consiste à se taper dessus "pour rigoler". C'est ce qu'ils me répondent, mes collégiens quand je leur prends leur carnet pour les sanctionner : "Mais Madame, c'est pour rigoler !"...

Le problème, c'est qu'il devient impossible de sanctionner ces petites violences au jour le jour. Dès qu'on a le dos tourné, ils se sautent dessus..

Problème de taille
Il manque du personnel, dans les établissements. Ce n'est rien de le dire : cela fait des années qu’on supprime des postes de surveillants.

Dans mon collège, pendant la récréation, tout le monde est réquisitionné pour surveiller les couloirs, parce qu’il n’y a qu’un ou deux surveillants pour deux cours de récré et tous les couloirs. Même les personnels d’entretien sont obligés de surveiller. Ce n’est pas leur métier et ce n’est pas une solution. Les élèves, d’ailleurs leur manquent souvent de respect, ce qui ajoute au désordre.

Les quelques surveillants qui sont là sont trop précaires pour être efficaces : employés à mi-temps, payés une misère, pas sûrs d’être repris l’année suivante, faisant des études en même temps, très jeunes, ils n’ont pas forcément la carrure professionnelle pour être à la hauteur de la situation.

Pour ajouter au tableau de l'horreur, pourtant assez réaliste, la tendance à l'économie de bouts de chandelles pousse à faire des établissements de plus en plus gros. Une seule administration pour un établissement au lieu de deux, un seul CDI, moins de profs, des classes plus grosses, l'Éducation Nationale a tout à y gagner.

Mais ainsi, réduit progressivement la qualité de l’accueil. Les élèves sont anonymes parmi la foule, à un âge, l’adolescence où ils ont besoin d’être chouchoutés...La violence est alors un moyen de se faire remarquer

Et puis, dans un grand établissement, les allées et venues sont moins contrôlables, surtout avec moins de personnels. Il est aussi plus aisé de rentrer, depuis l’extérieur. On l’a vu lors des dernières affaires : les agresseurs venaient de l’extérieur...

Dégradation au coup par coup
Les profs ne sont plus crédibles, alors je crois que les parents vont devoir se battre à leur tour. On a trop souvent l’impression que les enseignants se battent pour eux et pour leurs acquis : c’est faux. La majeure partie des enseignants qui font grève le font par conviction : ils ne perdent pas des journées de salaire pour le plaisir. Souvent d’ailleurs, ils sont parents et sont les premiers effarés de ces nouvelles conditions d’enseignement.

Tous les parents ont de quoi être inquiets de cette montée de la violence : leurs enfants sont-ils vraiment en sécurité à l’école ? Le programme du gouvernement consiste à faire des économies à tout prix, en veillant à ne pas diminuer la quantité de service, quitte à ce que la qualité baisse. On réduit les crédits de fonctionnement aux écoles, les moyens humains, mais le nombre d’élèves ne diminue pas, lui : la natalité se porte bien.

Les familles ne réagissent pas à une baisse graduelle de la qualité de l’enseignement parce qu’elle est progressive, parce que les enfants évoluent de l’école au collège et que les profs font le maximum pour que ça ne craque pas tout à fait. D’ailleurs, cette diminution se fait au coup par coup, dans une école mais non dans l’établissement voisin, de telle sorte que l’on évite un mécontentement général de la population.

C'est la fameuse métaphore de la grenouille. Et c'est pareil pour beaucoup de choses : tenez, les retraites... Mais si l'on n'est pas encore tout à fait cuit, il est temps de donner le coup de patte qui nous sauvera...


Vendredi 19 Février 2010
Bah by CC - Blog associé
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