Croissance et déficit : "personne ne croit aux chiffres de François Baroin"

Publié le par desirsdavenirparis5

Le ministre de l'Economie François Baroin a maintenu, vendredi 12 août, ses prévisions de croissance et de réduction de déficit pour l'année 2011. Avec une stagnation du PIB au 2e trimestre et la crise actuelle, personne ne croit à ses chiffres sur les marchés financiers. Explications de l'économiste Philippe Crevel, secrétaire général du Cercle des épargnants.

Le gouvernement peut-il maintenir ses prévisions de croissance à 2% pour 2011 compte tenu de la situation actuelle ?
- Grâce à l'acquis du premier trimestre (croissance de 0,9% du PIB), la croissance devrait être de 1,7% ou 1,8% sur l'année 2011. Avec l'annonce d'un second trimestre nul et la situation actuelle, il est probable qu'il y ait une décroissance au troisième trimestre. Tout dépend donc du quatrième trimestre. Pour 2012, le gouvernement a revu ses prévisions de 2,5% à 2,25% du PIB. Un taux à 1,5% serait beaucoup plus crédible.
Le gouvernement peut-il encore remplir ses engagements de réduction des déficits ?
- Le gouvernement a bien joué, car il s'est donné une marge avant l'élection présidentielle. Dans le programme de réduction que la France a transmis à Bruxelles, qui prévoit l'abaissement du déficit de 7% en 2010 à 2% en 2014, la réduction entre l'année 2011 et l'année 2012 est la plus faible : le gouvernement a prévu de passer d'un déficit de 5,7% à un déficit de 4,6% du PIB (soit de 115 milliards à 85 milliards d'euros).
Mais le plan tablait sur une croissance de 2% en 2011…
- Oui, et à chaque point de croissance perdu, le déficit prend 0,6 point. Le gouvernement va donc tenter de réduire les dépenses, mais les marges de manœuvres sont faibles. Dans l'Education nationale, le plus gros poste de l'Etat, il y a déjà le non remplacement d'un fonctionnaire sur deux. Peut-on aller plus loin sans que cela pose problème dans les administrations ?
Le budget de l'armée pourrait être diminué, mais avec les engagements de la France à l'étranger en ce moment, ce n'est pas évident non plus. Le gouvernement pourrait réaliser quelques économies sur le renouvellement de l'équipement miliataire, mais s'il le fait c'est de manière masquée, en repoussant certaines commandes d'une année.
Dans ces conditions, le gouvernement pourrait être tenté de tailler dans les dépenses sociales. C'est ce que va faire l'Italie et la Grèce. Mais le sujet est délicat avant la présidentielle et en pleine période de crise. On l'a bien vu avec le Samu social.


Une hausse des impôts est-elle évitable ?
- Non. D'autant que la dérive des comptes concerne l'État mais aussi les régimes sociaux. Le Conseil d'orientation des retraites indique que le manque de croissance plombe ses comptes de 10 milliards d'euros d'ici 2018.
Sur les niches fiscales, il y a en théorie la possibilité d'économiser 3 milliards d'euros, mais le gouvernement aura du mal à les trouver dans la pratique. En période électorale, difficile de croire qu'il revienne, par exemple, sur la TVA à 5,5% dans la restauration.


Comment expliquer que François Baroin maintienne ses prévisions ?
- Avec ces prévisions, il n'est pas obligé d'annoncer dès maintenant de nouvelles mesures. Mais personne ne croit à ces chiffres sur les marchés. Le ministre doit faire des propositions au chef de l'Etat le 17 août, mais je pense que les prévisions ne seront revues qu'en septembre avec la loi des finances.


Est-ce que la note de la France est menacée ?
Il semblerait qu'elle soit garantie pour les prochaines semaines, les agences récompensant les efforts consentis en 2011. On verra en septembre si les mesures prises alors sont adaptées aux prévisions plus pessimistes. Et cela dépend également de la situation de l'Italie et de l'Espagne. Si elle se dégradait, la France en subirait les conséquences.
Interview de Philippe Crevel, économiste et secrétaire général du Cercle des épargnants, par Donald Hebert – Le Nouvel Observateur


Publié le 12-08-11 à 16:20    Modifié le 13-08-11 à 09:18     par Le Nouvel Observateur   

http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/economie/20110812.OBS844...

Publié dans Capitalisme-crise- G20

Commenter cet article