Crise de la pêche ou crise de l’agrobusiness et de l’agriculture mondialisée ? Quelques chiffres révélateurs

Publié le par desirsdavenirparis5

Quelques faits et chiffres pour aider à la compréhension de la « crise » dont se plaignent les producteurs de fruits et légumes. Lesquels n’ont pas honte de les détruire alors que la Corne de l’Afrique vit une famine terrible.


La France continue à vivre dans l’illusion qu’elle est un grand pays agricole, alors qu’elle est surtout livrée à l’agrobusiness. Il est facile de constater que le pays s’éloigne rapidement de l’autosuffisance, les « marchés » et la grande distribution s’alliant pour faire semblant de baisser les coûts et pour faire disparaître les producteurs français.


S’agissant de la pêche, des nectarines et des brugnons, la production française a été de 348 000 tonnes en 2010 et les estimations du ministère de l’agriculture sont de 319 000 tonnes pour 2011. Bien loin du chiffre de la consommation.


Les importations en provenance de l’Union européenne ont été, en 2010, de 221 076 tonnes dont 105 000 d’Espagne en. Tonnage auquel il faut ajouter 115 754 tonnes, toujours selon les statistiques douanières, en provenance « du reste du monde », c’est à dire de très loin, y compris de Chine ou d’Egypte par exemple.


Transport qui gaspille, comme les fruits en provenance du sud de l’Espagne (par camion) d’énormes quantités de gaz à effet de serre.


Au cours des cinq dernières années, la surface française plantée en pêchers, nectarines et brugnons a diminué de 11 %, ce qui est d’autant plus énorme que la réduction se poursuit. Ce qui n’empêche pas des producteurs français, notamment de grosses « coopératives », d’investir dans des plantations à l’étranger. Ce qui fait la fortune de la plate-forme Saint-Charles (privée) de fruits et légumes espagnoles et marocains qui se trouve à Perpignan.


Il est donc clair que la production française est déclinante et ne peut suffire à la demande qu’il s’agisse de fruits frais ou de fruits à mettre en conserve. Pourtant la consommation de fruits (toute catégories confondues) a baissé de 6% depuis 1999, ce qui, compte tenu de l’accroissement de la population, équivaut à un recul de 12 %.


Début d’explication : qu’il s’agisse des pêches espagnoles ou françaises (et de nombreux légumes), ces fruits cueillis la plupart du temps avant leur maturité, sont souvent immangeables et durs. Ce qui permet de les transporter sur des distances de plus en plus grandes. Les obtenteurs de nouvelles variétés travaillent sur leur résistance au transport, sur leur faculté à « mûrir » après cueillette, sur leur calibrage, sur le parfum dégagé sur les étals mais rarement sur le goût qui est considéré (comme pour les fraises, comme pour les pommes...) comme secondaire. Une tendance de plus en plus forte qui contribue à détourner les consommateurs qui se reportent en partie du des fruits en boite (il suffit d’observer les paniers des clients pour le constater) avec lesquels les « fabricants » vendent de l’eau sucrée qui contribue au progrès de l’obésité.


Pour se convaincre de la perversité du système il suffit de goûter les pommes actuellement en vente dans certaines grandes surfaces et de constater qu’elles viennent du Chili ou de Nouvelle Zélande. Comme les poires. Ou comme les haricots verts du Kenya et du Sénégal alors que ce légume est en pleine production en France !


La « crise » de la tomate constatée au cours du mois de juillet relève de la même aberration du système de production et de distribution puisqu’en 2010, les importations des pays en provenance de l’Union européenne a été de 219 000 tonnes, celles de l’Espagne à 130 000 tonnes, celles du Maroc à 262 000 tonnes et celles du « reste du monde » (y compris la Chine) à 497 000 tonnes ; a comparer avec la France qui n’aura produit que 5% (oui, vous avez bien lu CINQ) de ce qui est consommé en France, qu’il s’agisse du frais ou de la conserve !


Une production sous serres chauffées de 470 000 tonnes et sous serres froides de 82 000 tonnes. On ajoutera que les importations sont désormais aussi importantes en « hors saison » (la plaie de la consommation irresponsable !) que pendant la fin du printemps et l’été.


Ayant réussi à désorienter le consommateur, les agriculteurs (français et autres) et la grande distribution ont réussi à détourner une partie des consommateurs d’un légume-fruit devenu insipide. Il n’est pas étonnant, dans ces conditions, que le tonnage de tomates auto-produites par ceux qui ont la chance d’avoir au moins quelques mètres carrés de terre, qui était déjà de 100 000 tonnes, approche désormais les 120 000 tonnes !


Toutes ces absurdités dont les producteurs (surtout les plus petits) et les consommateurs sont victimes sont essentiellement dues aux efforts de communication de la grande distribution qui a réussi à convaincre une partie de la population que l’on pouvait et devait consommer n’importe quoi à n’importe quelle période de l’année.


Pour retrouver la confiance des acheteurs il faudra aussi que les agriculteurs poussés à infliger plusieurs dizaines de traitements par an, sous l’influence des marchands de produits chimiques, changent de méthode. En France et ailleurs.

dimanche 14 août 2011 à 18:27
 

par Claude-Marie Vadrot


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Publié dans Economie

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