Classes sociales et inégalités : portrait d’une France éclatée

Publié le par desirsdavenirparis5

 

Comment les sciences sociales se représentent-elles la société française et les différents groupes qui la composent ? À travers une sélection d’articles publiés sur ce thème, La Vie des idées dresse le portrait d’une France éclatée, où persistent, voire se renforcent les antagonismes de classes et les inégalités.

Catégories supérieures et cadres

Si une évolution a été constatée sur le front des inégalités dans la France contemporaine, c’est le décollage des très hauts revenus par rapport aux autres catégories (cf. l’entretien avec Camille Landais). Les catégories supérieures font désormais l’objet d’un travail d’investigation important depuis plusieurs années. Sans doute est-ce là une forme de renouvellement de l’intérêt scientifique, les années 1990 ayant beaucoup exploré les zones de vulnérabilité et de désaffiliation ; peut-être est-ce également la prise de conscience du fait que ces catégories tirent une partie de leur pouvoir de leur invisibilité. Ainsi, les travaux d’Olivier Godechot sur la structure des hauts revenus permettent d’affiner les constats sur l’évolution des hauts revenus et de montrer le poids qu’y prend la finance, ainsi que la façon dont les traders parviennent à des rémunérations aussi importantes (cf. la recension du livre d’O. Godechot par Maya Macache-Beauvallet). Les recherches ne se sont pas concentrées sur cette franges de salariés à très hauts revenus ; les patrons français ont fait l’objet d’une synthèse sous la forme d’un dictionnaire, entreprise inédite à ce jour (cf. l’entretien avec Jean-Claude Daumas à propos du dictionnaire des patrons).......

Classes populaires

L’étude des classes populaires fait quant à elle apparaître une tension entre deux dynamiques inverses de déségrégation et de fermeture. Les classes populaires se sont largement ouvertes depuis trois décennies (« Peut-on parler des classes populaires »). Si les ouvriers continuent à compter pour environ un tiers de la population active, les référents culturels du monde ouvrier se sont largement dissipés au profit d’un processus d’acculturation – qui n’a pas aboli les inégalités. La culture ouvrière laisse pourtant des traces, y compris chez ceux qui l’ont connu de l’intérieur et qui ont pris leurs distances avec elles (« De la chaîne à la plume »). Celles-ci se reproduisent toujours, mais sous d’autres formes. Témoin le virage opéré par les classes populaires vis-à-vis de l’école. Hier celles-ci vivaient dans une mise à distance réciproque avec le monde scolaire. Aujourd’hui, elles investissent celle-ci même si elles ne jouent pas à armes égales avec les autres classes (cf « L’école, ascenseur social ? ») [1].

À rebours de cette vision d’une forte interpénétration culturelle des classes populaires et des classes moyennes, certains soulignent la ghettoïsation et l’isolement croissant des strates les plus marginalisées de celles-ci (cf. « Le ghetto ou l’anéantissement de la politique ». Ces deux interprétations sont-elles incompatibles ? Le quartier a-t-il remplacé le travail comme support social majeur (cf. « La politique du pauvre ») ? À cette question s’ajoute celle de la dimension politique des quartiers : indiscernable comme le prétend Didier Lapeyronnie ou au contraire indéniable comme le soutient Denis Merklen ? Peut-on encore parler de travail quand celui-ci s’apparente à un privilège et est distribué aux moins qualifiés miettes après miettes ?

 

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Publié dans Morale-Moeurs-Loi

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