Chine : l'écrivain Mo Yan et le tabou de la politique nataliste

Publié le par desirsdavenirparis5

 

    Mo Yan est probablement le plus grand écrivain vivant de nationalité chinoise. Son dernier roman, « Grenouilles », est consacré à sa tante de 77 ans qui a aidé à le mettre au monde – comme 9 983 autres bébés – et qui, mi-ange mi-démon, a été aussi la responsable locale de la politique de contrôle des naissances. A ce titre, elle a pratiqué des milliers d'avortements.

    Ce roman, publié en Chine en 2009, a entraîné de nombreux débats à un moment où le contrôle des naissances est discuté ouvertement et même assoupli dans certaines régions (Shanghai), comme a pu nous le confirmer la romancière Xinran, l'auteur de « Messages de mères inconnues » (éd. Philippe Picquier), il y a quelques mois.

    Une histoire au long cours, ce livre est le seizième publié en France ; Mo Yan a été magnifiquement servi par ses éditeurs et notamment Le Seuil et par ses traducteurs (Chantal Chen-Andro pour ce livre, Noël et Liliane Dutrait pour d'autres romans).

    La tante, Wang le Cœur, un héros… masculin et rouge

    Souvent chez Mo Yan, les mères sont le personnage central ; ici, c'est une femme sans enfants. Le père de Wan était médecin dans la huitième armée pendant la guerre contre le Japon et était recherché par le commandant japonais Sugitani, père de l'ami japonais de Tétard (un nom de plume que porte le narrateur du livre).

    La tante, après ses études, sécurise les accouchements dans la région et élimine brutalement les « vieilles matrones » traditionnelles ; elle devient alors une héroïne locale.

    Ses rapports avec les hommes ne sont pas très heureux ; son fiancé, un beau pilote, la trouve « trop révolutionnaire, trop sérieuse… elle manquait de piquant » ; ce traître rejoindra bientôt Taïwan. Elle refuse d'épouser plus tard Yang Lin, le secrétaire du Parti, un mari pourtant enviable…

    Le Parti est sa famille, elle y entre en 1955. En général, le Parti communiste est occulté dans les livres de Mo Yan, ici on en parle ; la tante comme le narrateur, Tétard, son neveu, militaire puis auteur de pièces de théâtre, en sont membres.

    A partir de 1965, le Parti est le fer de lance de la politique de contrôle des naissances :

    « Un ce n'est pas peu, deux c'est ce qu'il faut, trois c'est un de trop. »

    La tante devient chef de guerre, elle pratique 2 000 avortements, impose stérilets, vasectomies et ligatures des trompes et entretient des espions pour connaître les grossesses non autorisées.

    PLAN

    Un thème qui touche directement l'auteur /. La tante, en fuite devant les grenouilles ./ Ecriture et… ligne jaune /

    Par Bertrand Mialaret | Mychinesebooks.com | 01/09/2011 | 14H53

    /www.rue89.com/chinatown/2011/09/01/chine-lecrivain-mo-yan-et-le-tabou-de-la-politique-nataliste-219048

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