Carrefour racket

Publié le par desirsdavenirparis5

Deux ans après les derniers pique-niques en supermarché de l’Appel et la pioche, l’appétit commençait à nous tarauder l’estomac. Après un savant jeu de cache-cache promotionnel sur les prix des produits de consommation courante, au début de l’année 2011, les enseignes de la grande distribution avaient remis le couvert en augmentant de façon gargantuesque le prix de la farine, des pâtes et du café. Mais comme les ogres ne sont jamais rassasiés, les supermarchés ont continué de s’empiffrer sur le dos de leurs employés, en refusant ne serait-ce que quelques miettes d’augmentation sur des salaires déjà bien bas.


Tellement bas que Carrefour a été condamné pour non-respect du Smic, alors même que le mois précédent l’enseigne fanfaronnait sur ses 283 millions d’euros de bénéfices nets, en augmentation de 11 % par rapport à l’année précédente. Qu’on fasse nos courses ou qu’on soit derrière la caisse, des deux côtés du tapis roulant, la grande distribution se gave sur nos « faims » de mois. Il était temps d’unir nos forces pour stopper ce festin indécent.


Alors cette fois, on a choisi de faire coïncider nos pique-niques sauvages avec le mouvement de grève des employés de Carrefour Market, démarré courant mai, et revendiquant notamment des augmentations de salaire. Vous vous en doutez, la précarité règne en maître chez Carrefour Market. Alors, pour ne pas perdre une journée entière de travail, les employés étaient appelés à débrayer quelques heures, lors des périodes de pointe des magasins.


Le 11 juin, dans un supermarché du 9e arrondissement de Paris, les salariés levaient leur piquet de grève à 13 heures. Au même moment, une quarantaine de « faux clients » ont déballé la nourriture piquée dans les rayons. Aux cris de « Carrefour se gave, gavez-vous », nous avons invité les « vrais clients » à partager notre piquenique. Fromages, jus de fruits, tomates cerises, fraises Tagada, nous avons récupéré un peu de notre pouvoir d’achat. Pendant ce temps, les salariés reprenaient tranquillement le travail, un sourire en coin, en nous lançant quelques clins d’oeil.


Une demi-heure plus tard, l’arrivée de la police a mis un terme à notre petite fête. Carrefour Market avait déposé plainte. Une façon d’intimider les pique-niqueurs et de décourager de nouvelles initiatives de ce type ? Au contraire, des poursuites judiciaires effectives fourniraient une superbe occasion d’ouvrir le procès public de la grande distribution. Aucun risque de pressions sur les employés en grève : n’ayant pas participé à cette action aux frontières de la légalité, ils sont protégés.


Il est de bon ton d’opposer les leviers traditionnels d’organisation militante, tels que la grève, aux actions coups de poing symboliques et médiatiques. Notre virée chez Carrefour nous a prouvé qu’au contraire, en construisant des solidarités, ici entre clients et salariés, et en combinant des formes de mobilisations très différentes, on redoublait d’efficacité. La prochaine fois, pour être au complet, on invitera les producteurs de lait.


Chronique, par Leila Chaibi| 11 août 2011

http://www.regards.fr/nos-regards/leila-chaibi/carrefour-racket

Publié dans Capitalisme-crise- G20

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