Budget de l'Etat: comment nous avons perdu le sens des réalités

Publié le par desirsdavenirparis5

On se bat sur les recettes, on oublie les dépenses. La chronique de Christine Kerdellant. 

Tous nos malheurs ont commencé un soir de juin 1981. Guy Abeille, jeune chargé de mission à la direction du Budget, et son chef de bureau, Roland de Villepin (cousin de Dominique), se voient chargés par François Mitterrand d'inventer une règle simple, utilisable dans ses discours, destinée à lui permettre de résister aux ardeurs budgétivores de ses ministres fraîchement nommés. Après réflexion, le tandem propose d'exprimer le déficit du budget non plus en valeur absolue ni en pourcentage des recettes ou des dépenses de l'Etat, mais en part du PIB. Abeille et Villepin instituent même une "norme" maximale : 3 % de la production nationale (à l'époque, notre déficit est proche de 2 %). Deux mois plus tard, Laurent Fabius ancre le ratio dans les têtes en le médiatisant : le ministre délégué au Budget annonce qu'il va contenir le déficit budgétaire à 2,6 % du PIB. 

Abeille a avoué depuis, dans une lettre-confession au quotidien La Tribune, que le critère de 3 % du PIB "ne mesurait rien", n'avait d'autre fondement que les "circonstances", et qu'il ne reposait "sur aucune argumentation économique solide". De fait, diviser un solde de ressources et de charges par la somme de tout ce qui est produit annuellement en France n'a guère de sens. Pourtant, onze ans plus tard, ce ratio décrété par M. Abeille sur un coin de table, et dont les ministres des Finances de tous bords ont, depuis, fait leur miel, est devenu le critère de Maastricht, pilier fondateur de l'Europe économique !........... 

Par Christine Kerdellant, publié le 14/09/2011 à 17:13

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