Baisser les dépenses publiques ? Pour l'école c'est déjà fait...

Publié le par desirsdavenirparis5

Au moment où l'on débat de la baisse des dépenses publiques, un nouveau rapport du ministère de l'Education vient de confirmer que la part du coût de l'éducation dans le produit intérieur brut (PIB) continue de baisser, passant de 7,6 % en 1995 à seulement 6,6 % en 2008.

« Un pays qui croit en son avenir est un pays qui investit dans l'éducation. »C'est la phrase fétiche de Luc Chatel, le ministre de l'Education. Mais la réalité est tout autre. 11 200 postes supprimés en 2008, 13 500 en 2009 et 16 000 en 2010. La dépense intérieure d'éducation (DIE) représentait 7,6 % du produit intérieur brut en 1995. Elle n'en pesait plus que 6,6 % en 2007. Il ne s'agit plus de « dégraisser le mammouth », on attaque l'os...

Pourtant, la croissance démographique met à mal l'argument jusque-là utilisé pour justifier de telles baisses : avec le baby-boom du début des années 2000, les effectifs en primaire sont déjà en hausse. De plus, les évaluations internationales montrent un système éducatif français médiocre. L'ascenseur social est en panne depuis le milieu des années 1990 et les inégalités se renforcent. L'échec scolaire qui touche, à différents niveaux, 20 % des élèves est la maladie nosocomiale de l'école française. Faire évoluer l'école et sa pédagogie représente donc un enjeu démocratique majeur.

C'est loin d'être seulement une question de moyens, mais sans inverser la logique de rationnement actuelle, il sera difficile de progresser : la contrainte budgétaire engendre une profonde crispation chez les enseignants, tentés de voir dans les réformes à l'œuvre l'habillage pédagogique de la pénurie. Face aux défis de la lutte contre l'échec scolaire et pour la réussite de tous, l'hypothèque budgétaire doit donc être levée. Pour espérer réussir une réforme, notamment celle du lycée, il est indispensable en effet que les principaux acteurs ne pensent pas qu'ils vont y perdre.

Evolution de la part de la dépense intérieure d'éducation (DIE) dans le PIB

Année

DIE en prix courants (milliards d'euros)

Part DIE/PIB  (en %)

DIE aux prix 2008 (milliards d'euros)

Croissance annuelle* de la DIE prix 2008

Croissance annuelle* du PIB prix 2008

1980

28,5

6,4

71,2

 

 

1985

50,7

6,7

80,7

2,5

1,5

1990

68,0

6,6

92,9

2,6

3,2

1995

91,3

7,6

113,7

2,3

1,2

2000

104,9

7,3

124,4

1,8

2,8

2001

107,3

7,2

124,8

0,3

1,9

2002

110,8

7,2

125,8

0,8

1,0

2003

113,1

7,1

126,0

0,2

1,1

2004

115,6

7,0

126,8

0,6

2,5

2005

117,5

6,8

126,4

-0,3

1,9

2006

123,1

6,8

129,3

2,3

2,2

2007

126,2

6,7

129,4

0,0

2,3

2008

129,4

6,6

129,4

0,0

0,4

Source : MEN-MESR-DEPP, Compte de l'Éducation

* Croissance annuelle moyenne sur la période, donc par rapport à l'année précédente dans le tableau.

Philippe Watrelot : président du Crap-Cahiers pédagogiques
Alternative  économique 3 Février 2010
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