Askolovitch : "Martine Aubry et ses soutiens ont expliqué qu’il ne faudrait pas de débat contradictoire, il n’est pas sûr que cela contente les Français, qui ont envie de politique" (VIDEO)

Publié le par desirsdavenirparis5


Le Conseil politique du PS de mardi a dangereusement penché vers la suppression des débats pendant les primaires qu'il organise. Martine Aubry et ses amis avancent des raisons fallacieuses, Guillaume Garot, représentant Ségolène Royal, s’y oppose, Delphine Batho s’indigne.

« Il serait invraisemblable qu’aucun débat n’ait lieu entre candidats à la primaire ! Barack Obama a participé à 21 débats avant sa désignation par les démocrates, et nous ne pourrions pas en organiser trois ? », martèle la députée des Deux-Sèvres.

 

Claude Askolovitch,dans Le fait politique du jour sur Europe 1 hier soir, a analysé en connaisseur la question des débats dans les primaires socialistes. Il a livré un éditorial de grande qualité, à écouter et lire (cf ci-dessous).

Avec toutefois quelques bémols.

Premièrement, on ne peut pas dire que « chez Ségolène Royal, la peur se transforme en colère ». Ségolène Royal, comme elle le disait récemment, n’a jamais peur en politique, et elle a démontré à de nombreuses reprises qu’elle savait parfaitement rester digne et maîtresse de ses émotions, comme à La Rochefoucauld, en Charentes, face à Nicolas Sarkozy récemment, et malgré les huées du début, et sous les applaudissements à la fin.

Deuxièmement, si « les socialistes » - quelle généralisation ! - ont peur que, comme chez les écologistes, un « tombereau de boue » tombe régulièrement sur tel ou tel candidat ou candidate, ce ne sera pas du fait de Ségolène Royal, qui répète depuis des mois qu’elle ne se placera pas sur le terrain des « petites phrases », de la politique politicienne, et qui a montré une grande retenue dans l’affaire DSK, et avant, dans les rumeurs sur le train de vie du socialiste. Qui a peur de ne pas pouvoir se contrôler ? Ceux qui n’ont pas toujours montré une grande maîtrise de soi, comme Laurent Fabius ou d’autres, en 2007 ?

Claude Bartholone, soutien de Martine Aubry, minaude : « Il y a peu de différences idéologiques entre les candidats. Du coup, chacun chercherait à se démarquer sur la forme, plus que sur le fond. »

Peu de différences ?Le 20 mai dernier, Ségolène Royal en citait plusieurs sur BFM TV, dont certaines « très importantes » qu’elle avait avec ses deux plus sérieux concurrents socialistes potentiels ou déclarés :

Avec François Hollande, « nous avons des différences politiques très importantes, sur la conception de la gouvernance, sur les priorités qu’il y a à mettre en avant pour redresser le pays, sur le contenu de la réforme fiscale, moi je ne suis pas favorable par exemple à la hausse des impôts que François Hollande recommande,et d’ailleurs en tant que présidente de région je suis la seule à ne pas avoir augmenté les impôts depuis 6 ans ».

« J’ai des différences avec Martine Aubry sur la question de l’immigration, je suis beaucoup plus rigoureuse sur la question de la lutte contre l’immigration notamment de la lutte contre l’immigration clandestine », soulignait la candidate à la primaire socialiste.

Troisièmement, il est faux de dire : « ils auraient un candidat désigné contre un autre à 52% contre 48%, donc pas vraiment légitime »Rappelons les résultats au second tour de la présidentielle des présidents élus depuis 1981, en dehors de la spécificité de 2002 : François Mitterrand en 1981 (51,76%), en 1988 (54,02%), Jacques Chirac en 1995 (52,64%) et Nicolas Sarkozy en 2007 (53,06%). « Pas vraiment légitime », François Mitterrand en 1981 ? Chirac en 1995 ? Tout juste légitime, Sarkozy en 2007 ?  Ça s’appelle la démocratie ! Et que dire de l’élection, précisément, de Martine Aubry, qui avec une mosaïque de forces hétéroclites l’a emporté avec 50% + 102 voix (67 451 voix contre 67 349 voix) sur la seule Ségolène Royal ?

Rappelons que les sondages qui actuellement prédisent un score 60/40 de François Hollande ou 58/42 de Martine Aubry contre le très expérimenté homme politique et président sortant Nicolas Sarkozy – 4 à 6 points de mieux que le meilleur score depuis 1981, celui de François Mitterrand en 1988 ! - sont de la pure fiction, et dans le même temps ils prédisent un score de 63/37 du président contre Marine Le Pen !

Dans ces conditions, comme le dit à juste titre Claude Askolovitch :

« À l’arrivée, il y aura certainement, a minima, UN débat dans la primaire socialiste, ce sera le débat qui départagera les deux finalistes de l’épreuve, donc logiquement selon les sondages, Hollande-Aubry, on a le temps, il n’est pas sûr que cela satisfasse Ségolène Royal, il n’est pas sûr non plus que cela contente les Français, qui ont envie de politique. » 

Frédérick Moulin

Publié dans DA-PS

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