Arnaud Montebourg : « Il faut assumer un certain protectionnisme »

Publié le par desirsdavenirparis5


Le député socialiste de Saône- et-Loire annonce sa candidature aux primaires et publie un livre-programme

 

rnaud Montebourg, 48 ans, est candidat à l'élection présidentielle de 2012. Le député socialiste de Saône-et-Loire devait l'annoncer, samedi 20 novembre, sur ses terres de Frangy-en-Bresse, avant de commencer un tour de France.

Il devance de plus de sept mois le calendrier des primaires, qui ne prévoit le dépôt officiel des candidatures qu'en juin 2011. Dans un livre à paraître le 24 novembre, Des idées et des rêves (Flammarion, 340 p., 20 €), le quadra socialiste formule cent propositions pour changer de système politique et économique. Celui qui s'était naguère illustré au côté de Vincent Peillon dans la lutte contre les paradis fiscaux fait une critique implacable du capitalisme financier. Il invite la gauche à se convertir à un nouveau modèle capitaliste, coopératif et mutualiste, pour faire reculer l'emprise de la finance.

Pourquoi vous portez-vous candidat à l'élection présidentielle ? Est-ce pour « exister », comme le soupçonne Laurent Fabius ?

J'ai vécu, en 2007, une campagne présidentielle difficile. J'étais alors porte-parole de Ségolène Royal. Puis deux années aussi difficiles au secrétariat national à la rénovation du Parti socialiste. J'ai de l'affection, de l'amitié pour Martine Aubry et pour Ségolène Royal, qui ont, chacune, fait beaucoup pour la gauche. Je les ai aidées jusqu'au bout. Mais le moment est venu de défendre une vision que j'ai dans le coeur et que je n'arrive pas à faire triompher au PS. Tous les Français qui se sentent de gauche vont pouvoir participer aux primaires ; je vais à leur rencontre. Je me présente pour gagner.

Pourquoi partir si tôt ?

Le moment est venu d'ouvrir un cycle politique nouveau, à dix-huit mois de l'élection présidentielle. Voilà dix ans que les Français, dans leurs chaumières, sont bombardés en permanence par les messages du sarkozysme. Pour les reconquérir, il faudra que nous ayons au moins six à dix mois pour parler avec eux de ce que serait une nouvelle France. Le débat doit donc commencer.

Je veux tracer un nouveau chemin, non conformiste, de transformation du système politique et économique. Face au capitalisme, la gauche donne l'impression de se contenter d'être comme un moineau sur le dos du rhinocéros, alors que, en vérité, des alternatives sont déjà portées dans la société française par des innovateurs du quotidien. La politique se fait avec la société, pas en dehors, c'est l'esprit de ma candidature.

Le PS ne le fait pas ?

Comment un parti de 100 000 adhérents peut-il conquérir seul 25 millions de Français ? Il faut que la société s'implique. C'est ce que les Américains appellent l'« empowerment », le partage du pouvoir, si l'on veut. Cela ne peut pas se faire dans le cadre de l'agenda des primaires, une poignée de semaines entre l'université d'été du PS à La Rochelle fin août et la Toussaint.

Comment comptez-vous vous singulariser face à la multiplication des candidatures ?

Le système politique, économique, financier, social ne tient plus debout. Le capitalisme n'a tiré aucune leçon sérieuse de la crise, et les dirigeants politiques se sont contentés de faire semblant.

Les 100 propositions que je porte dans mon livre sont concrètes, réalisables mais portent évidemment atteinte à la pensée dominante et à certains intérêts puissants. Elles tracent un chemin de transformation où le politique reprend la main.

Dans votre livre, vous prônez la « démondialisation ». Cela ne cache-t-il pas une forme de repli sur soi, de protectionnisme ?

C'est un concept inventé par le sociologue philippin, et député, Walden Bello. Economiquement et écologiquement, la mondialisation est un désastre car elle survalorise l'exportation. Il faut donc assumer un certain protectionnisme comme un outil pour le développement, au Nord comme au Sud. Quand on peut rapprocher les lieux de production des lieux de consommation, tout le monde y gagne, à commencer par l'industrie locale.

L'un des outils de la démondialisation est, selon vous, l'instauration d'une taxe carbone. L'Europe y est hostile.

La taxe carbone est compatible avec les traités de l'Organisation mondiale du commerce. Il faut l'instaurer aux frontières de l'Union européenne. Faut-il attendre un consensus européen pour agir ? Non, la France doit être à l'avant-garde de la transformation économique.

Si vous étiez élu, quelles seraient les mesures les plus urgentes ?

Le moment de la confrontation avec la finance est arrivé. La France doit ouvrir les hostilités. Elle délivrera un message universel, entendu au Nord et au Sud. Il faut d'abord interdire un certain nombre de pratiques spéculatives. Je propose de créer une taxe globale sur les activités financières. Mes propositions sur les finances ne sont pas régulatrices, ce sont des lois sécuritaires.

Il faudra interdire par exemple les stock-options, parce que les rémunérations ne peuvent pas reposer sur les cours de Bourse, engager le démantèlement des paradis fiscaux en imposant un embargo sur les transactions en provenance ou à destination de ces territoires, créer des agences de notation publiques et indépendantes à capitaux privés, faire relever l'évasion fiscale de la procédure pénale, instaurer un bonus négatif dans le trading en cas de mauvais résultats...

Comment transforme-t-on le système économique pour qu'il soit créateur de richesses ?

Il faut construire une économie du capitalisme coopératif. Il y a aujourd'hui deux millions de salariés qui travaillent dans l'économie coopérative, et ça marche. Les salaires distribués sont meilleurs qu'ailleurs, les résultats des entreprises ne sont pas moins bons et les conditions de travail sont bien meilleures. Je propose d'instituer un fonds souverain pour convertir peu à peu notre économie au système coopératif. Je propose aussi une indexation des salaires sur les hausses de productivité, ce que j'appelle le partage de la réussite. C'est plus efficace que le smic, uniforme et impersonnel, qui peut être indolore dans certaines entreprises très rentables, mais meurtrier dans celles peu rentables ou exposées à la concurrence internationale. Michel Rocard a défendu cette mesure. Pourquoi ne figure-t-elle pas dans le programme socialiste ? C'est dans le mien.

La réduction de la dette est-elle pour vous une priorité ?

La dette est l'ennemi de la gauche et de la politique. Mon propre département, à cause du désengagement de l'Etat, était en faillite. J'ai fait ce que le premier ministre Georges Papandréou fait pour la Grèce : une diminution de 10 % des dépenses publiques et une augmentation de 15 % des impôts, au prix de sacrifices politiques considérables.

Le désendettement est une priorité, mais c'est aux responsables de la crise de la rembourser en priorité par les mécanismes que j'ai décrits plus tôt.

Pour atténuer la douleur des citoyens, je propose un accommodement avec l'inflation, une stratégie recommandée par la Réserve fédérale américaine. Quand vous tolérez 3 % d'inflation sur dix ans, vous diminuez votre dette de 26 %.

Quel socialiste entendez-vous être ?

Les cent propositions que je fais sont un alliage nouveau. Sur la sécurité, je suis chevénementiste, sur l'écologie, je suis un Vert modéré, sur la finance, je suis un communiste de philosophie, sur la réindustrialisation, je suis MoDem, sur le social, je suis aubryste, sur l'économie, je suis transformateur, sur la démocratie, je suis mendésiste. Donc, je suis indéfinissable.

Propos recueillis par Sophie Landrin et Olivier Schmitt
Le Monde 21/11/2010
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