Abdelwahab Meddeb : "C'est surprenant qu'en Tunisie la révolution n'ait pas eu lieu plus tôt"

Publié le par desirsdavenirparis5

 

 

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Le penseur, écrivain et poète observe les métamorphoses en cours dans son pays natal, la Tunisie, et dans le reste du monde arabe. Des situations contrastées, qu’il analyse pour Jeune Afrique.

Il avait quitté la Tunisie pour la France en 1967, à l’âge de vingt ans. Mais sa terre natale a fini par rattraper Abdelwahab Meddeb, le 14 janvier dernier, avec la chute de Ben Ali. « Il y avait d’un seul coup l’opportunité de se retrouver là, face à une origine restaurée, revivifiée. C’était pour moi comme une cure. » Porté par l’enthousiasme révolutionnaire, il a couché sur le papier les réflexions, les impressions et les sensations que les événements ont fait naître en lui, dans un livre, Printemps de Tunis, paru aux éditions Albin Michel.

Jeune Afrique: Commençons par les causes de ce "printemps arabe". Quels sont les facteurs qui ont conduit à ces révolutions?

Abdelwahab Meddeb: En Tunisie, comme dans les autres pays arabes, nous n’étions plus dans une tyrannie mais dans une oligarchie au sens où Averroès l’entendait: le « gouvernement des vils », c’est-à-dire un pouvoir mû par les mauvaises passions, la concupiscence et la corruption. Les gens en ont tiré une grande lassitude, mais le plus surprenant c’est qu’en Tunisie la révolution n’ait pas eu lieu plus tôt.

Pour comprendre cet état de fait, il faut se référer au modèle mécaniste appliqué aux pays arabes par Emmanuel Todd et Youssef Courbage*: la croissance du taux d’alphabétisation combinée à la maîtrise de la natalité a pour conséquence l’affranchissement des femmes et la libération de l’énergie féminine. Partout dans le monde, la conjonction de ces deux facteurs produit inéluctablement un processus démocratique. Pas en Tunisie, car la très forte endogamie a détourné l’énergie collective de l’espace public, d’où un retrait par rapport au désir de démocratie. Mais la jeune génération de la blogosphère a su se forger une nouvelle socialité par son ouverture sur le monde et des solidarités nouvelles, ce qui lui a permis d’avoir ce rôle décisif.

Le schéma égyptien est-il différent?...............


.........Ensuite, trois critères majeurs sont à respecter si l’on veut sauver ce processus. Tout d’abord, l’indépendance de la justice: il faut qu’elle soit immédiate et qu’elle se manifeste par des actes tangibles comme autant de signes de la séparation des pouvoirs. Puis vient la liberté de la presse renvoyant à la liberté d’opinion, de conscience, de critique et de pensée. Enfin, la question sociale, trop négligée jusque-là.

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Propos recueillis par Laurent de Saint Périer.

* Le Rendez-Vous des civilisations, aux éditions du Seuil.

 

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