A l'affût des révolutions. Pour comprendre ce qui se passe en Syrie

Publié le par desirsdavenirparis5

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La journée « Vendredi du défi » en Syrie a donné lieu à de nouvelles violences du régime contre les manifestants. Selon plusieurs opposants, militants des droits de l'homme, on compterait une vingtaine de morts et des blessés. Les manifestations avaient été interdites par le ministère de l'intérieur. ...............

  

De l’intifada populaire en Syrie

Certains ont affirmé, les jours qui ont suivi le déclenchement des révoltes tunisienne et égyptienne, que la Syrie jouit d'une exception supposée lui épargner l'effet domino des mouvements populaires dans le monde arabe. Dans ce contexte, il était fait référence à un facteur principal de cette exception : « l'adhésion de la majorité des Syriens à la politique extérieure du régime ». Qu'en pensez-vous? Quels rôles joue cette politique extérieure pour le régime syrien? Et comment expliquer la réaction de ce régime face à l'amplification du mouvement populaire auquel il est confronté?

Farouk Mardam-Bey. «L'exception syrienne» est en général évoquée sur le plan de la politique étrangère du régime en référence à sa constante «refus et résistance» (face à Israël et les Etats Unis, NDLR), contrairement par exemple à celles de l'Egypte et de la Tunisie. Parlons donc de ce régime et puis de sa politique étrangère… Il est depuis près de quarante ans un régime tribal, comparable par son aspect de clan mafieux et du culte de la personnalité à l'actuel régime libyen. Il est par contre le seul régime républicain qui a réussi à établir une succession héréditaire de l'autorité. Tout cela rend impossible toute velléité de réforme dès lors que réforme est synonyme de son effondrement. Ce qui rend également très coûteuse toute confrontation avec lui, car il se défend férocement.

Si nous observons sa politique extérieure, nous constatons au contraire que le régime ne demande qu'à intégrer «l’impérialisme mondial». C'est ce dernier qui lui refuse son giron et lui pose des conditions pour de nombreuses raisons. Voilà pourquoi cela place le pays en situation de guerre, tant sur le plan politique que juridique, sans avoir la moindre intention de mener une guerre… Depuis 1974, ce régime n'a jamais franchi la moindre ligne rouge dans le conflit avec Israël. Il se contente d'appuyer le Hezbollah et le Hamas pour éloigner le front de son territoire tout en le gardant actif au Liban et en Palestine, ce qui lui permet de conforter à la fois sa rhétorique mais aussi ses « deals » au niveau régional.

Et si l'on passe en revue les diverses manières dont il profite des développements dans le Machreq, de nombreux sujets peuvent être dégagés. Sur la question palestinienne, l'équation est basée sur un trait d'esprit selon lequel «il adore la Palestine mais abhorre les Palestiniens». Hafez El-Assad a refusé la couverture aérienne aux troupes syriennes qui tentaient de venir au secours des Palestiniens en Jordanie en septembre 1970. Son armée a envahi le Liban en 1976, bombardant les Palestiniens et contribuant à la chute du camp de Tel Zaatar. Il n'est que d'évoquer tous les épisodes de la guerre libanaise et le rôle joué par l'armée syrienne dans ce contexte, de Tripoli aux guerres des camps.

Sur l'équation politique régionale, le régime El-Assad s'est imposé en force dans les années 1970 et 80, profitant du retrait de l'Egypte et de l'isolement du Caire après les accords de Camp David. Profitant aussi de la guerre de Saddam Hussein contre l'Iran qui a diminué l'influence irakienne. On peut donc dire que les absences égyptienne et irakienne lui ont permis de conforter une certaine influence régionale et réinvestir cette influence à l'intérieur en exerçant une répression sanglante contre son peuple. Dans la seconde moitié des années 1980, l'économie syrienne s'étant effondrée jusqu'à en devenir insolvable, la première guerre du Golfe a été providentielle pour sauver le régime. Participant à l'opération «Tempête du désert» sous la direction des Américains, il a bénéficié d'aides substantielles de la part des pays du Golfe et gagné un mandat sur le Liban. Dans les années 1990, il a exporté des centaines de milliers d'ouvriers vers ce pays pour participer à la reconstruction, réduisant du même coup le poids du chômage interne. En ce sens, Hafez El-Assad aura établi un partenariat avec l'Amérique, le Golfe et l'Iran en contrepartie du renforcement de la légitimité de son pouvoir et d'une mainmise sur les affaires libanaises.........

| Par La rédaction de Mediapart

Un article de Nadia Aissaoui et Ziad Majed.

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Publié dans Proche-Orient

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