A Chicago les militants démocrates disent à Obama leur impatience

Publié le par desirsdavenirparis5

A Chicago, les militants démocrates disent à Obama leur impatience
Article publié le mer, 04/11/2009 - 18:11, par Thomas Cantaloube   - Mediapart.fr De notre envoyé spécial à Chicago (États-Unis)  Le 4 novembre 2008, le révérend Jesse Jackson pleurait de bonheur en assistant au discours de victoire de Barack Obama, sur la pelouse de Grant Park, à Chicago. Un an plus tard, et quelques centaines de mètres plus loin, l'ancien «premier candidat noir sérieux» à la Maison Blanche a séché ses larmes et retrouvé sa voix. À la tête d'une manifestation intitulée «Des changements pour lesquels il est nécessaire de se battre», il égrène la liste des réalisations de l'administration Obama, avant de se concentrer sur tout ce qu'il reste à accomplir : le passage de l'assurance-santé, des aides pour les victimes de la crise économique, une réforme de la syndicalisation dans les entreprises, une loi plus tolérante sur l'immigration, l'intégration des gays dans les forces armées...
 
  Après Jesse Jackson , se succèdent à la tribune des orateurs qui défendent chacun des points spécifiques sur lesquels ils encouragent la Maison Blanche à avancer plus rapidement. «Nous avons accompli un bon bout de chemin, mais la route est encore longue», résume William McNary, le président d'USAction, une confédération d'associations de gauche. Sur les gilets jaunes distribués aux manifestants par une ONG qui défend les droits des immigrés, un message : «La démocratie n'est pas un sport de canapé.» William McNary le répète à sa manière : «Barack Obama a dit “Yes, We Can !” [Oui, nous pouvons], il n'a pas dit “Yes, I can !” [Oui, je peux].»  Après les discours, les deux à trois cents manifestants vont collectivement signer une lettre adressée au président des États-Unis, sur le lieu même de son discours de victoire, sur le grand parc face au lac Michigan. Comme les autres participants à cette manifestation, Jesse Jackson explique qu'il ne s'agit pas de s'opposer à Obama, mais de l'encourager : «Il y a un an, nous l'avons élu sur de grandes promesses de changement. Mais nous n'allons pas attendre passivement. C'est aussi notre devoir, en tant que forces progressistes, de le pousser à accomplir ses promesses.» Dans les années 30, Franklin Roosevelt avait reçu à la Maison Blanche les élus les plus à gauche de son parti, venus lui exposer leurs revendications. Une fois que chacun avait fait part de ses doléances, Roosevelt leur avait répondu : «Je suis d'accord avec toutes vos propositions. Maintenant, forcez-moi à les mettre en œuvre.»   
 
  Aujourd'hui, un an après son élection et le triomphe des démocrates au Congrès, Obama a au moins autant de problèmes avec sa gauche qu'avec la droite. Les élections partielles de mardi   ont illustré cette double tension. Les républicains ont arraché aux démocrates deux postes de gouverneurs (en Virginie et dans le New Jersey) et l'inverse s'est produit pour le siège de représentant du 23e district de New York. Mais, comme l'explique l'analyste politique Howard Fineman, «les succès de la droite sont moins dus à son hypothétique retour en forme qu'à la démobilisation des électeurs qui avaient été voter pour Obama en masse il y a un an, les jeunes et les minorités.» Autrement dit, quand les candidats lui déplaisent ou ne lui paraissent pas en phase avec ses idées, une partie de la coalition d'Obama ne se déplace pas au bureau de vote.

Obama est-il un progressiste ou un pragmatique ?  L'autre illustration de cette tension se retrouve dans les deux débats
majeurs qui agitent les États-Unis depuis l'été : la réforme de l'assurance-santé et l'avenir des troupes américaines en Afghanistan.
Le premier est devenu l'enjeu numéro un de politique intérieure pour la gauche américaine. «C'est la mère de toutes les batailles de cette présidence», expose le leader syndical Tom Balanoff, en marge de la manifestation de mardi. «Ce qui va être décidé dans l'année qui vient guidera nos vies pendant les cinquante années à venir. Il faut à tout prix que le président
défende une option publique forte.
»  Malgré les attaques incessantes du parti républicain et les nombreuses publicités
financées par le secteur privé de la santé, une majorité d'Etasuniens <   continue de défendre fermement cette «option publique» qui établirait un système de santé en partie géré par l'État.   
 Pour autant, les propositions de loi actuellement débattues au Congrès ne contiennent pas toutes l'option publique, et le parti démocrate semble divisé. Certains élus assurent qu'ils ne voteront aucune loi n'incluant pas cette réforme; d'autres affirment au contraire qu'ils ne prêteront pas leur voix à un tel projet. La Maison Blanche, pour l'heure, n'a pas fait connaître avec netteté sa position. Du coup, une partie de la gauche soupçonne l'administration Obama d'être prête à sacrifier l'option publique en échange des voix des modérés (républicains et démocrates) pour parvenir à passer une réforme du système de santé, même diluée, d'ici à la fin de l'année.  Sur l'Afghanistan, le débat est similaire quoique moins épidermique. L'immense majorité des républicains défend farouchement l'envoi de nouvelles troupes, pendant que les démocrates se divisent entre ceux qui disent qu'il faut
commencer à préparer le retrait car cette guerre ne peut être gagnée, et ceux qui estiment qu'il existe encore une chance de
pacifier le pays en révisant la stratégie et en renforçant les contingents sur place. Encore une fois, Obama n'a toujours pas fait
connaître sa décision finale.

 «Nous sommes conscients du fait que cela fait moins d'un an qu'il est arrivé à la Maison Blanche et que nous pouvons apparaître comme impatients», reconnaît Otis Barry, un militant associatif de Chicago. «Mais la chance d'avoir un président progressiste à la Maison Blanche ne risque pas de se représenter de sitôt.» Contrairement à Bill Clinton, qui était surtout soutenu par la frange centriste du parti démocrate, Barack Obama a été investi des espoirs de la gauche du parti. Mais la question qui se pose aujourd'hui est de savoir si Obama est vraiment l'incarnation de ce mouvement progressiste, ou si, comme semblent le démontrer la plupart de ces décisions depuis un an, il est un pragmatique soucieux de rassembler le plus grand nombre de gens autour de ses décisions. Si cette dernière hypothèse est juste, il reste à savoir combien de temps
la gauche continuera de le soutenir, comme elle l'a fait jusqu'ici, de toute son énergie, ou à partir de quand elle décidera d'aller voir   ailleurs.

URL source: http://www.mediapart.fr/journal/international/041109/chicago-les-militants-democrates-disent-obama-leur-impatience

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