De la percolation des idées :commentaire entremaillé

Publié le par desirsdavenirparis5

De la percolation au principe de subsidiarité aux suicides d’Orange

 

Commentaire entremailé au billet de Françoise Chenet

 

Merci beaucoup, chère Françoise, pour votre texte sur la percolation (sujet très sérieux de physique, en effet) des idées, s'il y en a celées sous le ronflement du vocabulaire, et sur un PS confronté à la théodicée : pourquoi le mal si la mission du PS est de faire le bien?

 

Plutôt que la percolation, le problème des effets pervers et des enfers pavés de bonnes intentions pourrait et devrait être revu et repris. Par exemple, la tendance semble-t-il innée des cerveaux humains à croire qu'il y a des solutions statiques optimales (pour quels critères?) au lieu de remarquer que dans un contexte évolutionnaire, il n'y a pas de solutions optimales, mais des décisions prises à temps.

 

Ségolène Royal me semble manifestement dotée du sens du « timing » (du kairos, temps opportun, puisque « tempisme » n'est pas sorti en français de la percolation du concept de temps). J'ai relevé l'incidente subliminale révélation lors de l'émission de Canal + (merci, Catherine, de nous avoir avertis) qu'elle ne se voyait pas éternellement membre du PS, ce qui est indispensable s'il faut dépasser ce dernier. Je pense qu'elle a raison, et qu'elle devrait déjeuner souvent avec les Besancenot, Bové, Dany, etc. pour voir, écouter, discuter et trouver derrière les 'Yaka' et 'Focon' de nouvelles trajectoires.  

 

Ne pas remplacer, comme souvent en politique,  les objectifs par des techniques imparfaites et non éprouvés pour les atteindre.

 

Le premier rôle des politiques est de clarifier les  objectifs, les principes  et les valeurs.  Mais, de grâce, qu’ils laissent aux spécialistes le soin d’imaginer les solutions dans des systèmes de plus en plus complexes,  en respectant le principe de « subsidiarité ». Voilà un bien vilain mot technocratique pour masquer un important concept, suggérant de « confier la résolution des problèmes au niveau hiérarchique le plus bas, ou le plus local, où il se pose ». Alors que, dans notre pays au moins, la perversion bureaucratique est d’inventer une règle globale au plus haut niveau de l’organisation hiérarchique pour résoudre un problème local, sans prendre garde aux répercussions perverses de l’application de cette règle globale aux autres niveaux hiérarchiques.

 

Le second rôle des politiques est de vérifier que les solutions envisagées sont bien conformes aux valeurs, rôle qu’ils négligent, spécialement dans notre beau pays, où le virtuel (les innombrables articles de loi) prime sur le réel (leurs applications). Comme si les physiciens se seraient longtemps contentés de phlogistique. S’il fallait donner un sens précis au terme de pragmatisme,  ce serait qu’il désigne cette démarche de vérification. On est bien loin du compte, où les commissaires du peuple de sinistre mémoire devraient être remplacés par des « commissaires aux contes » (à dormir debout).

 

 

C’est ainsi que les nouveaux principes managériaux qui ont pris la relève du taylorisme après les années 1980 qui, sur la papier, sembles être des solutions logiques au vu d’objectifs clairs (la valeur pour l’actionnaire, qu’aucun journal ne mentionnait avant les années 1980). Clairs, mais en oubliant que les êtres humains n’étaient pas encore des robots, qu’ils fonctionnaient aux hormones et de temps à autres, aux neurotransmetteurs. 

 

Et à propos, pourquoi ne pas concevoir une pétition incitant les clients d'Orange, dont je suis, à adresser des avertissements de désabonnement à cette entreprise si non seulement la direction, mais ces méthodes managériales qu'un Zola saurait décrier, ne sont pas changées. Puisqu'ils demandent un délai, cela permet d'agir sans affaiblir l'entreprise et les salariés qu'elle exploite, en retournant contre elle une arme dirigée vers les clients!

 

 

Au-delà du caractère inhumain, ce type de management né dans les années 1980  dénote un court-termisme aux effets pervers ; remplacer des techniciens par des commerciaux, maintenant, mais pour vendre quoi, s'il n'y a plus personne pour produire des biens, dans le futur...

 

Je crois me souvenir que dans les "belles années" qui ont précédé la première guerre mondiale, les taux de suicides avaient augmenté. Cet indicateur, accompagné de celui de la mortalité et de la décroissance de la natalité et des investissements, est un indicateur d'une société en. Le court-termisme qu’alimentent le progrès informatique et la recherche d'un profit immédiat en unités monétaires (abstraites) en lieu et place d'un investissement à long terme est la cause de cette insensée fuite en avant qui me semble être  à l'origine de la crise que nous connaissons. Épargne et enfants sont des signes de confiance en l'avenir, attitude qui anticipe le déluge et les moyens de s'y adapter. Globalement, la société française remplit mieux ces critères, malgré les suicides chez Orange, Renault, et, sans doute, bien d'autres endroits danger (voir le livre "Suicide et travail : que faire ?" (PUF, 2009), Christophe Dejours conseillé par Françoise).

 

Avec mes meilleures amitiés.

 

 

PS. Pour en savoir plus sur le principe de subsidiarité, j’ai consulté http://fr.wikipedia.org/wiki/Principe_de_subsidiarité

 

Je cite : Le principe de subsidiarité est une maxime politique et sociale selon laquelle la responsabilité d'une action publique, lorsqu'elle est nécessaire, doit être allouée à la plus petite entité capable de résoudre le problème d'elle-même. Il va de pair avec le principe de suppléance, qui veut que quand les problèmes excèdent les capacités d'une petite entité, l'échelon supérieur a alors le devoir de la soutenir, dans les limites du principe de subsidiarité.

C'est donc le souci de veiller à ne pas faire à un niveau plus élevé ce qui peut l'être avec plus d'efficacité à une échelle plus faible, c'est-à-dire la recherche du niveau pertinent d'action publique.

La signification du mot latin d'origine (subsidiarii= troupe de réserve, subsidium= réserve / recours / appuis) reflète bien ce double mouvement, à la fois de non-intervention (subsidiarité) et de capacité d'intervention (suppléance).

 

 

J’ai ainsi  appris que cette idée remonte au philosophe calviniste Johannes Althusius  (1557 – 1638) : dans son ouvrage de 1603, « Politica methodice digesta et exemplis sacris et profanis illustrata, cui in fine adjuncta est Oratio panegyrica de utilitate, necessitate et antiquitate scholarum (La Politique, exposée de façon méthodique, et illustrée par des exemples sacrés et profanes)», il souligne la nécessité d'autonomie des collectivités de base, vis-à-vis des pouvoirs centraux. Le principe de subsidiarité a aussi été défendu par des penseurs socialistes comme Proudhon, des militants du mouvement coopératif et des auteurs libéraux comme John Locke et John Stuart Mill1 avant qu’il apparaisse dans le traité de Maastricht de 1992, quotidiennement violé par la commission européenne !

 

Ce thème de recherche devrait être repris par les mathématiciens et autres spécialistes des « sciences des systèmes complexes » pour préciser cette définition encore bien vague. 

 

Publié dans Morale-Moeurs-Loi

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