les primaires du PS : chat avec Gérard Grunberg

Publié le par desirsdavenirparis5

Chat
"Les primaires au PS, un moyen de retrouver un leader"
LEMONDE.FR | 02.10.09 | 14h27  •  Mis à jour le 05.10.09 | 13h29

L'intégralité du débat avec Gérard Grunberg, directeur de recherche au CNRS et à Sciences Po, lundi 5 octobre, à 11 h .



red : L'instauration de primaires semble être devenue le nec plus ultra de la refondation du PS. N'est-ce pas tout simplement un cache-misère ?

Non, parce que généralement, l'importance des règles dans les partis politiques est sous-estimée. Les démocraties représentatives, partout dans le monde, connaissent une tendance à la présidentialisation.

Les citoyens montrent qu'ils souhaitent participer plus activement non seulement à la désignation de leur dirigeant, mais aussi à la désignation de leur candidat. Il s'agit là en réalité d'une véritable démocratisation de nos régimes politiques.

Cela dit, il est vrai que la crise interne du Parti socialiste a poussé beaucoup de ses leaders à se rallier bon gré mal gré à cette solution pour tenter de trouver un moyen de repartir de l'avant.

Isa : Les militants PS ont massivement demandé une réforme interne sur le cumul des mandats. N'apparaissent-ils pas plus "en avance" que les élus socialistes sur ce sujet ? Et est-ce que c'est un dossier que Mme Aubry peut vraiment mener à bien ?

Sur la première question, il faut quand même remarquer que le Parti socialiste a été assez souvent accusé d'être surtout un parti d'élus pour ne pas constater aujourd'hui que la très grande majorité de ses militants, souvent aussi des élus, ont voté ce changement très profond.

Cela étant dit, Martine Aubry n'est pas au bout de ses peines, car le Parti socialiste étant assez largement un parti d'élus, les députés-maires sont assez nombreux, et l'interdiction de ce cumul obligera à repenser l'ensemble de la relation historique en France, pays très centralisé, entre les mandats locaux et les mandats nationaux.

nessundorma
: Pourquoi le besoin de rénovation apparaît-il plus "urgent" au Parti socialiste que dans les autres partis ?

D'abord, parce que ce parti a subi trois défaites présidentielles de suite, et il vient de subir une très grosse défaite européenne alors qu'il était pourtant dans l'opposition.

Ensuite, comme beaucoup d'autres partis socialistes, il s'est rendu compte que ses propositions pour sortir de la crise n'avaient pas l'impact qu'il espérait dans l'opinion publique.

Troisièmement, il n'avait pas achevé son adaptation assumée aux institutions de la Ve République, ce qui crée un très grand malaise interne du point de vue de l'élection présidentielle.

Enfin, les divisions, non seulement politiques mais personnelles, étaient telles dans ce parti qu'il n'arrivait plus à fonctionner correctement.

Pour toutes ces raisons, le Parti socialiste est obligé de se réformer, ce qu'il a commencé à faire avec ce vote militant dont on ne saurait minimiser l'importance.

nessundorma : Quels sont, au sein du PS, les plus farouches opposants à toute rénovation ?

Cela dépend des sujets concernés. Un certain nombre de cadres étaient hostiles aux primaires, à la fois par souci de conserver le parti de militants traditionnel, mais aussi, pour certains, parce qu'ils craignaient que l'ouverture de la désignation aux sympathisants ne leur laisse aucune chance d'être désignés.

Pour ce qui concerne les alliances, la question demeure un objet de divisions très important, avec la question du rapport au MoDem, voire avec les écologistes. Faut-il s'ouvrir, et comment, à ces partis ?

Les dangers d'être grignoté par les écologistes sont de trois ordres.

Premier danger : si le PS n'est pas capable d'avoir lui-même un fort discours écologique.

Deuxième danger : la question du leadership, c'est-à-dire de savoir quel est celui des deux partis qui aura le meilleur leader.

Enfin, beaucoup dépend de la capacité du PS à se rénover et en même temps à s'ouvrir aux écologistes.

nessundorma : Une éventuelle rénovation du PS, passe-t-elle obligatoirement par une "droitisation" de son idéologie ? Pour les "rénovateurs", quelles sont les 2 ou 3 lignes blanches à ne pas franchir pour rester "à gauche" ?

Première réponse : on oublie toujours que si sur certains points, notamment par rapport à l'économie de marché, le PS a évolué, en même temps, dans d'autres domaines, c'est plutôt la droite qui a évolué vers la gauche, qu'il s'agisse du libéralisme culturel ou même de certains aspects du régime de protection sociale.

La question de la droitisation n'est donc pas évidente.

Deuxièmement, le problème des socialistes, en général et pas seulement français, est que, dans l'environnement libéral et capitaliste dans lequel ils mènent leur action, le risque pour eux est de faire toujours un grand écart entre des discours socialistes et une pratique plus libérale.

C'est probablement ce grand écart qui décourage les électeurs socialistes lorsque les socialistes sont au pouvoir.

La question aujourd'hui, pour les socialistes, est d'être capables de trouver une réponse relativement originale mais qui en même temps ne crée pas ce grand écart, c'est-à-dire leur permette, lorsqu'ils sont au pouvoir, de ne pas changer radicalement d'orientation du fait des contraintes extérieures qui pèsent sur leur action.

La question est donc toujours de trouver un équilibre entre le rôle de protection de l'Etat et la nécessité de créer des richesses que seul le secteur privé peut réellement produire.

nessundorma : Une rénovation du PS "en profondeur" est-elle possible, si le parti ne dispose pas à sa tête d'un(e) leader incontesté(e), pour ne pas dire "charismatique" ?

La question du leadership est une question absolument décisive pour tous les grands partis. Le PS français a énormément souffert depuis 2002 d'un réel manque de leadership.

Le double rôle du leader est de rassembler son parti tout en étant capable, par sa personnalité même et son charisme, de rassembler une majorité dans le pays.

Pour l'instant, le PS ne semble pas disposer d'une telle personnalité, même si Martine Aubry a retrouvé un peu de crédibilité depuis le récent vote des militants.

C'est une des raisons pour lesquelles la grande réforme des primaires est très importante pour le Parti socialiste, car si le parti est capable d'organiser ces primaires – ce qui n'est pas facile –, il aura peut-être là le moyen de retrouver un leader, aidé en cela par ses sympathisants.

Jack : Ségolène Royal fait-elle encore partie du PS ? Une éventuelle candidature de sa part en 2012 peut-elle se faire hors PS ?

Oui, Ségolène est toujours membre du Parti socialiste. Oui, aux élections régionales, elle sera la candidate socialiste à la région Poitou-Charentes.

Mais il est vrai qu'elle s'est isolée au sein du parti où, si elle a encore un soutien militant, elle a perdu le soutien d'un grand nombre de cadres et de personnalités du parti.

Or, si le soutien de l'opinion publique est évidemment fondamental, il paraît très difficile de gagner une élection présidentielle sans un fort soutien de son parti.

Si, en 2012, elle se présentait contre le candidat désigné par le Parti socialiste, elle serait probablement très largement battue, et la seule conséquence de cette candidature serait d'affaiblir le PS lui-même.

bp : J'ai le sentiment que le PS tente de se rénover dans les formes (vocabulaire, primaires, non-cumul, etc.) et que la question du renouveau des idées est loin derrière... Mais n'est-ce pas la priorité qui permettrait notamment au PS de fixer une base commune avec les autres partis de gauche ?

Encore une fois, ce que vous appelez les questions de forme sont absolument décisives.

Si François Mitterrand n'avait pas, dans les années 1960 et 1970, clairement affirmé sa volonté de voir le PS se donner les meilleures chances de gagner une élection présidentielle, les socialistes ne seraient pas arrivés au pouvoir.

Donc le fonctionnement démocratique est très important.

Cela dit, lorsqu'on parle de rénover les idées du Parti socialiste, la question aujourd'hui pour un parti de gouvernement, de gauche, est d'être capable de fixer des priorités dans une situation d'endettement, et donc de nécessaire réduction des dépenses publiques.

Le PS ayant une vocation gouvernementale, son problème n'est pas seulement d'avoir des idées – et après tout, il en a quelques-unes –, mais de savoir comment les appliquer dans des sociétés comme la nôtre où, compte tenu de la mondialisation de l'économie, les taux de croissance ne seront pas très importants alors que les demandes sont exponentielles.

Voir par exemple le déficit de la Sécurité sociale.

Il ne suffira pas de dire qu'il faut augmenter les prestations, encore faudra-t-il être capable de dire où on prend l'argent pour le faire.

nessundorma : Quel rôle jouent Terra Nova ou d'autres think tanks de gauche dans le processus de rénovation du PS ? Sont-ils très écoutés, et leurs idées vous paraissent-elles originales et pertinentes ?

Disons que le point sur lequel les think tanks, en particulier Terra Nova, jouent un rôle important, c'est la question des primaires. Mais ce rôle n'a pu être important que parce qu'une grande partie des dirigeants socialistes étaient acquis à ces idées, notamment depuis le congrès de Reims, avec Ségolène Royal.

Et la crise interne du Parti socialiste était telle que, pour beaucoup, l'acceptation tardive de cette idée a été comme une bouée de sauvetage. Voir la réaction de Laurent Fabius, qui pensait que c'était inévitable.

Donc, encore une fois, l'influence du think tank Terra Nova, en l'occurrence, a été rendue possible à la fois par l'accord de nombreux dirigeants socialistes et l'état du parti.

jicehache88 : Le modèle social-démocrate "à la scandinave" peut-il être encore à la base d'un programme électoral futur pour le PS ?


Oui et non.

Oui dans la mesure où c'est toujours la question de la justice sociale qui à la fois constituera le clivage central entre la gauche et la droite, et qui fera donc l'identité principale du PS.

Mais si nous voyons ce qui s'est passé en Suède, les socialistes n'ont pas été capables suffisamment d'articuler un système général de protection sociale avec des demandes individuelles plus diverses et une volonté d'échapper à ce qui serait un régime d'assistance, et en réalité, la droite suédoise s'est clairement réclamée de cet Etat-providence tout en promettant de l'assouplir dans ces deux directions.

Il y a donc pour les socialistes la nécessité de concilier une redistribution égalitaire avec une individualisation de la société.

Chat modéré par Chat modéré par Jean-Michel Normand

Publié dans DA-PS

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