De la percolation des idées

Publié le par desirsdavenirparis5

De la percolation des idées


              Il faudrait que le PS revoie son vocabulaire. Je viens de lire attentivement, pour une fois, le dernier Hebdo, et je suis effarée par la phraséologie (vieux mot qu'on appliquait jadis au PC) de nos dirigeants qui s'essaient à mixer l'ancien et le nouveau pour faire croire qu'ils sont "à l'écoute" de la société civile. Le résultat  : des clichés empruntés ici et là et, en particulier, à la droite.
             Au plan du vocabulaire (et je ne parle pas du reste), on sent la déréliction la plus totale et ça part dans toutes les directions. Les interventions de Christian Paul, en particulier, à tel point que dans son échange avec M. Gauchet, on a l'impression d'un montage et le sentiment qu'ils ne parlent pas de la même chose. CP récite un catéchisme là où MG essaie d'analyser lucidement la nature de notre crise. On peut ne pas être d'accord avec MG, mais au moins il dit quelque chose sur les rapports du capitalisme et du socialisme, ou plutôt des socialistes… Lesquels rapports sont présupposés par CP, comme s'il allait de soi que nous étions fatalement dans la "concurrence", que nous voulions le "progrès" et la "protection", qu'il fallait trouver "le (vs "un") bon équilibre entre les aspirations de chacun et l'espace collectif", et mener "une offensive de civilisation". C'est fort possible, mais à condition de commencer par préciser ces mots creux qui constituent ce qu'il appelle "nos valeurs". A la page suivante (p.16), les intellectuels (mot qui fait fuir) sont transformés en "producteurs d'idées" tandis que le "Lab" est un "percolateur" et un "réceptacle où sont mises en débat les idées pour préparer 2012". Je me suis inquiétée du sens de "percolateur" qui, croyais-je, était une machine à faire du café et non un simple réceptacle. Le dictionnaire confirme qu'il s'agit en fait d'un système qui associe filtre et vapeur, ce qui doit accélérer le processus de la percolation, plutôt "lente" quand il s'agit des eaux de pluie qui s'infiltrent dans le sol. Reste que les idées seront "filtrées" à toute vapeur (comme pour le questionnaire). Mais on ignore quelle sera la nature du filtre et si le "café" qui en résultera sera plus près du jus de chaussette que de l'expresso, ni s'il sera très excitant pour notre électorat…
        J-P. Kalfon, plus précis statistiques à l'appui,  a aussi un vocabulaire inquiétant (enfin par rapport à "mes" valeurs) : "En plus du PS, les Verts et le Parti de gauche, en diversifiant l'offre, renforcent le "total gauche" dans les scrutins". La loi de l'offre et de la demande, en somme (littéralement, puisqu'il s'agit d'une addition). Comment les électeurs pourraient-ils résister à cette richesse et diversité de l'offre que lui propose la gauche, laquelle ne peut que s'unir sous la houlette bienveillante et neutre du PS, les Français voulant un "parti qui leur ressemble et les rassemble" ?Bel optimisme qui vient répondre en l'anticipant (ce que sont censés faire les "producteurs d'idées" du "Lab") au vœu (ou injonction?) de MA : "développer une vision optimiste du monde dans lequel on vit…" (p.22)Il me semble que c'est là l'attitude de Pangloss et la véritable fonction du "producteur" idéologique…
       Si je résume, on veut bien laisser un espace de pensée aux "producteurs d'idées", mais à condition qu'ils pensent "bien", qu'ils pensent "le bien" si l'on préfère, et mieux encore, "pour notre bien"… et laissent donc dans l'ombre le "mal" qui continuera à agir… On est au moins sûr du diagnostic et on devine quelles efficaces solutions vont être trouvées qui colleront à une réalité percolationnée.
Françoise Chenet

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