Non à la Burqa! Oui à la Boukha (Bokobza)!

Publié le par desirsdavenirparis5

UN BILLET DE FRANçOISE CHENET
J'ai du mal à prononcer ce mot de burqa. Ma langue fourche et c'est boukha qui me vient spontanément à l'esprit… et à la bouche évidemment. Y a-t-il un rapport entre les deux, autre qu'une vague ressemblance phonétique, appelée paronomase ? A première vue, non, d'autant que les mots sont d'origines différentes. "Burqa" vient de l'hindi et désigne une étoffe et par extension, le vêtement qui recouvre le corps et dont on a fait l'usage qu'on connaît, lequel n'est pas conforme aux usages de notre société policée cependant adepte des boissons alcoolisées, comme l'est ce délicieux alcool de figues, la boukha. J'en ignore l'étymologie. Mais qui dit figue, dit ce très vieux culte païen de la fécondité avec des adorateurs de la figue, appelés sycophantes. Chargés de la révéler, ils furent, on ne sait trop pourquoi, traités de délateurs. Voir ce portrait d'Ambrose Bierce : Ainsi le répugnant sycophante qui se complaît /A rapporter les tares de son voisin s'abouche, /Se gorge et, pareil à la sangsue, prospère, quoique /Contrairement à l'animal, lui ne lâche pas prise. Ils révèlent au propre et au figuré quelque chose qui doit demeurer caché. Dans le même ordre d'idées, la feuille de figuier est un cache-sexe en Inde et la tradition veut qu'Adam et Eve se soient d'abord vêtus de feuilles de figuier quand, du fait de la chute, ils eurent la révélation de leur nudité. On est donc bien dans le même univers culturel que celui qui cache la femme sous une burqa pour lui permettre d'échapper à la concupiscence masculine, comme si les hommes ne pouvaient pas tout seuls maîtriser "le pieu rouge et obscène qui se dresse au bas de [son] ventre", comme le fait dire Horace (satire VIII) à un tronc de figuier transformé en Priape… 


Voilà pourquoi, en dehors de toute signification religieuse, le port de la burqa et autre hijab nous choque, nous Françaises, élevées non dans le culte de Priape, mais parties prenantes de ce que Norbert Elias appelle "le processus de civilisation". Les hommes se sont habitués au long des siècles et non sans mal à maîtriser leurs pulsions, à se contrôler et à respecter les femmes, pour autant qu'elles sachent se faire respecter. Ce qui implique évidemment de leur part un minimum de pudeur et de tenue. Il n'y a pas un siècle, en France, une femme mariée ne sortait pas "en cheveux". On mettait des chapeaux à voilette, plus pour le symbole et tourner en dérision l'interdit que pour le respecter. La burqa, c'est une régression absolue. Nous n'en sommes pas menacées. On peut même dire que la mode va dans le sens inverse. Mais, les actes de violence à l'égard des femmes, et pas seulement de celles qui sont "issues de l'immigration" (cet euphémisme!), se multiplient quand elles sont "en jupe" (voir le film). Dans les quartiers dits "sensibles" (pour le coup l'expression convient!), il faut éviter les cheveux trop longs et les jupes trop courtes… En particulier pour les enseignantes. Et quand pareille mésaventure leur arrive, leurs collègues masculins ricanent… Il faudrait arrêter cette hypocrisie digne de Tartuffe : "Cacher cette burqa que je ne saurais voir", alors que ce qu'elle révèle, c'est précisément ce qu'elle est censée interdire: la concupiscence masculine incapable de se régler. Ce n'est certes pas sa seule fonction. Mais c'est la plus inquiétante si on la corrèle à d'autres manifestations de violence comme celles qui pourrissent les jeux du stade, font déraper les manifestations pacifiques et ordonnées, vandalisent les édifices publics et autres. 
On aura noté que le port de la burqa s'accompagne dans les pays d'où elle vient de l'interdit de l'alcool, et donc de la boukha. D'où cette tentation d'inverser les interdits… "Non à la burqa ! Oui à la boukha!"
Mais, en vérité, une société policée doit se garder de toute contrainte de cet ordre. De même que l'abus de boukha est mauvais pour la santé, l'usage de la burqa (je la prends comme symbole de tous les interdits vestimentaires) serait désastreux pour l'équilibre du corps social. Il s'agit dans tous les cas d'apprendre à se tempérer. On peut admettre que des populations qui ont d'autres coutumes mettent un temps à s'adapter… Et leur donner l'exemple au lieu de les enfermer un peu plus dans leur différence. 
 
Puisque je suis en veine de rapprochements hasardeux plus ou moins loufoques, j'en propose un autre qui m'a hantée toute la journée : y a-t-il une racine commune, indo-européenne (ce que semble être l'origine de burqa) avec bure/bourre et tous leurs dérivés qui nous conduisent entre autres à bureau ? Ce serait trop beau. De quoi alimenter un vrai délire qui "expliquerait" pourquoi la burqa nous traumatise : le bureau serait son avatar occidental, symétrique forme moderne de notre aliénation et de notre enfermement. Pour aller vite, je rappelle que le bureau désigne le morceau de bure (étoffe grossière) qui recouvre une table, puis, par métonymie, la table elle-même, puis la pièce, puis la fonction… Et c'est sous une table recouverte de semblable étoffe que se trouve un Orgon aveuglé, enfermé dans ses préjugés, pendant que Tartuffe en est presque à violer sa femme au-dessus de lui. Curieux, non ?


Françoise Chenet








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