ÉTATS-UNIS - Les chanteurs mis en verve par la crise

Publié le par desirsdavenirparis5

 Courrier International

Comme lors de la Grande Dépression des années 1930, de nombreux artistes n’hésitent pas à mettre en musique les malheurs économiques du pays. Pour certains d’entre eux, le succès est au rendez-vous.


Michael Adams ne prétend pas être l’égal des célèbres auteurs de chansons de la Dépression, tel Woodie Guthrie [1912-1967], mais cet homme de Tucson, dans l’Arizona, souhaite laisser sa marque musicale sur la crise économique actuelle. A 39 ans, il est rédacteur en chef de NaturalNews.com, un site Internet consacré à la nutrition. Son indignation devant tous les fonds publics versés à des groupes en difficulté l’a poussé à écrire un rap intitulé I Want My Bailout Money [Je veux ma part du plan de sauvetage]. Plus de 85 000 personnes ont écouté ce titre depuis qu’il l’a chargé sur YouTube, en janvier dernier.

“I want my bailout money
Keep the con coming
Sweet green cash just dripping with honey.”
“Je veux ma part du plan de sauvetage,
Que l’arnaque continue
Et de jolis billets verts
Dégoulinant de miel.”
Michael Adams est l’un des nombreux compositeurs qui mettent en musique les malheurs économiques du pays. Pour le moment, ces bardes n’ont pas fait mieux que Brother, Can You Spare a Dime ? [Mon frère, t’as pas 10 centimes ?] de E.Y. Harburg, un tube douloureux de 1932 qui était devenu l’hymne non officiel de la Dépression.

“Once I built a railroad,
made it run, made it race against time.
Once I built a railroad;
Now it’s done.
Brother, can you spare a dime?”
“Une fois, j’ai construit une voie
de chemin de fer,
Je l’ai fait marcher
Je l’ai fait courir contre le temps.
Une fois j’ai construit une voie de chemin de fer,
Maintenant c’est fini.
Mon frère, t’as pas 10 centimes ?”

Six cent cinquante personnes seulement ont visionné Wall Street Bail Out Blues [Le blues du plan de sauvetage pour Wall Street], que le guitariste Reggie Miles a publié sur YouTube ; mais il ne se sent pas pour autant ignoré. A 54 ans, ce musicien de rue joue presque tous les jours sur Pike Place Market, à Seattle. Il n’a jamais eu d’argent pour acheter des actions et son seul plan de retraite, c’est de rester en assez bonne santé pour pouvoir jouer jusqu’à ce qu’il tombe raide mort. C’est en octobre 2008 qu’il a eu l’idée de composer une chanson sur les problèmes de Wall Street, après avoir vu un reportage sur les marchés financiers en pleine déprime. Il espère que Wall Street Bail Out Blues permettra aux auditeurs de décharger leur colère comme il a pu le faire en écrivant sa chanson.

“Wall Street Millionaires
Vultures coming home to roost
They want more corporate welfare
To pad their golden parachutes.”
“Les millionnaires de Wall Street,
Leur cupidité de vautour leur retombe dessus
Ils veulent qu’on leur accorde des aides
Pour garnir leurs parachutes dorés.”

Pour Tom Paxton, 71 ans, le vétéran du folk qui a connu quelques crises, ce n’est pas avec ce genre d’œuvres qu’on fait carrière. Elles ont, selon lui, une durée de vie “limitée” parce que rapidement leur sujet n’intéresse plus personne. Celles qu’il a écrites ne lui ont pas rapporté beaucoup. “Ce sont des chansons non rémunérées, explique-t-il. De temps en temps, il y a quelqu’un qui en enregistre une et je reçois un chèque, mais je ne compte certainement pas dessus.” Ces morceaux permettent souvent de briser la glace avec le public lors des concerts. Ils lui donnent aussi la possibilité de décharger sa hargne. C’est pour cela qu’il a récemment remanié une chanson qu’il avait écrite après le renflouement du constructeur automobile Chrysler par le gouvernement, en 1979 :

“I am changing my name to Fanny Mae;
I am changing it to AIG.
On this bail-out I am betting;
Just a piece of what they’re getting
Would be perfectly acceptable to me.
I am changing my name to Freddy Mac;
I am leaving for that great receiving line.
I’ll be waiting when they hand out
Seven hundred million grand out – That’s when I’ll get mine.”
“Je change de nom, j’vais m’appeler Fanny Mae ;
Je change de nom, j’vais m’appeler AIG.
Je compte sur ce plan de sauvetage
Un simple petit bout de ce qu’ils touchent
Ça m’irait parfaitement.
Je change de nom, j’vais m’appeler Freddy Mac ;
Je vais passer à la caisse.
Je serai là quand ils distribueront
Sept cents millions de dollars
– C’est là que j’aurai ma part.”

Robert Tomsho
The Wall Street Journal

Publié dans Entreprises- Economie

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