Les embarras des Tiberi avant la confrontation générale

Publié le par desirsdavenirparis5

(Extraits du Blog de Pascale Robert-Diard) http://prdchroniques.blog.lemonde.fr         24 février 2009

Les Tiberi  restent sur une position d’airain. Xavière a répété calmement, « J’ai déjà dit que je n’avais jamais participé aux manœuvres frauduleuses. Je comprends qu’il y ait des gens qui aient témoigné contre moi, il fait chaud, c’est difficile de rester assis sur son banc. »

Elle a une thèse, dont elle ne démord pas, « M. Nentien pour diluer sa responsabilité la rejette sur moi, pour atteindre Tiberi. C’est une lâcheté, monsieur le président ». Tous les autres, et ils sont légion, qui l’accusent sont « des pions » qui attendent un avancement de la mairie de Paris socialiste, leur nouvel employeur. « Je connais la pression qu’exerce la mairie de Paris sur ses fonctionnaires », dit la dame sans rire.

Xavière joue volontiers à l’idiote. « J’ai lu votre dossier, on pouvait plus rentrer chez moi tellement il y avait de papiers par terre. J’ai beaucoup lu, même si je n’ai pas tout compris, tout le monde sait que je suis très très bête ». Elle est au contraire remarquablement fine et connaît assez son affaire pour répondre systématiquement à côté ; si elle avait pu venir au tribunal avec un cabas de poireaux elle l’aurait fait.

Jean au contraire parle avec des mots choisis et une courtoisie de grand seigneur. « J’ai dit que je n’étais pas au courant, je maintiens ma confiance envers ceux qui se sont expliqués. Ces gens ont pu croire, par erreur sans aucun doute, me soutenir en faisant cela. Je n’ai rien constaté avant les investigations de la presse et de la justice ».

Il le répète : « Aucun élément matériel ne peut m’être imputé, personne ne peut dire que j’ai fait inscrire ou radier qui que ce soit. Personne ne peut apporter une preuve ». Les déclarations de Raymond Nentien ? « M. Nentien n’est pas un témoin, c’est un prévenu qui essaie de se défouler pour amoindrir sa responsabilité ».

C’est vrai qu’il n’y a pas de preuves. Sauf cette fameuse note, extrêmement embarrassante pour Jean Tiberi qui pendant une heure, lundi, a écopé autant qu’il a pu sans éviter le naufrage.
« Quand vous vous interrogez dans cette note sur les adhérents du 5e et hors 5e pour savoir s’ils sont inscrits ? s’attarde le président. Hors 5e ? »

- J’étais en même temps secrétaire départemental du RPR, des élus me demandaient dans Paris si leurs adhérents étaient inscrits. Dans cette note, il n’y a aucune instruction, je ne donne jamais d’instructions au secrétaire général, ce n’était qu’une demande de renseignement. »

Le président insiste. Les 22 points de la note concernent presque tous le 5e, et Jean Tiberi commence à louvoyer. Et si c’était du travail strictement militant sur tout Paris, pourquoi confier toutes ces tâches à M. Bardon et Mme Affret, qui ne s’occupaient que du 5e et avaient déjà fort à faire ? Jean Tiberi commence à patauger. « Où ai-je demandé de faire des choses sur les listes électorales, monsieur le président ? Je n’ai donné aucune instruction, je ne demandais que des informations. Je demandais à être informé comme tous les élus, voilà ma réponse, elle est simple et claire ».

Sauf que le fameux document (voir ci-dessous) ressemble furieusement à une liste de directives.

C’est madame la procureur qui donne le coup de grâce. Les deux jeunes procureurs, Alexandre Aubert et Béatrice Bossard, ont l’âge d’être les petits enfants des Tiberi et on se demande parfois s’ils étaient nés au moment des faits, mais ils connaissent parfaitement leur dossier et posent avec parcimonie des questions d’une finesse remarquable.

Madame la procureur fait remarquer qu’un mémo, dont Jean-Claude Bardon a fini par reconnaître la paternité, répond point par point et chronologiquement aux demandes de son maire. Si ce n’est pas des directives, qu’est-ce que c’est ? « C’est une déduction intellectuelle », répond faiblement Jean Tiberi, qui a de l’eau jusqu’à la taille.

Me Herzog coupe la parole à la jeune fille du parquet, tient tête au président, lui il connaît le métier, le brouhaha devient vite tel que son client s’accroche à la première bouée qu’on lui jette et disserte, trempé jusqu’aux os, sur ses succès électoraux. Mais la note lui reste dans la gorge et Me Herzog est renfrogné. Mergitur, nec fluctuat.

Franck Johannès

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