Les vies dansent (procès Tiberi 8ème journée)

Publié le par desirsdavenirparis5

Quelle belle journée que ce mardi 17 février 2009.Le tribunal a repris des couleurs en ouvrant ses portes à des témoins. Enfin des gens normaux, sains, qui ne sortent pas du chaudron maléfique de la mairie du 5ème.
Le Président nous les montre sans doute pour nous appâter. Il y a là 2 gendarmes en uniforme, 2 dames et 4 messieurs. Après avoir fait l’appel les témoins sont escamotés dans une pièce voisine afin de venir témoigner un par un. Quel suspens !

On commence avec Madame Choteau-Tremblay. On se souvient que ce nom avait été évoqué par Nentien (2ème journée) En 1990 Madame Tiberi lui avait proposé de remplacer cette dame qui aurait eu des problèmes relationnels avec le personnel de la Mairie.
Cette fonctionnaire de 55 ans, à l’allure austère, n’est restée que onze mois à la Mairie en 89/90.Onze mois qui l’ont marquée. Dès sa prise de poste le Directeur de cabinet M. Comiti lui fait savoir qu’il gardait la main sur les listes électorales. Mme CT est surprise, elle comprend vite qu’elle n’est pas la bienvenue dans le bureau des élections et rapidement tenue à l’écart des commissions de révision.
Le Président (ton patelin) « quelles étaient vos relations avec Madame Tiberi ? »
«Dès le départ elles étaient tendues. Mme T m’a reproché de ne pas lui avoir offert un bouquet de fleurs pour la remercier de ma nomination!» 
C’est quand elle refuse à la demande de Xavière, de photocopier des bulletins qui servent au recensement de la population que les choses se gâtent vraiment. C’est illégal. Mme CT s’en ouvre à M. Tiberi qui prend acte. Une autre anecdote nous éclaire sur le vrai visage de Xavière Tiberi, vous savez la femme du Maire qui n’est jamais à la mairie. Alors que Mme CT est en vacances en famille XT l’appelle le jour de Noël pour lui dire qu’elle trouve anormal d’être en congé quand la Mairie est ouverte pour recevoir des dons suite à une catastrophe.
Heureusement Mme CT parle de cette étrange situation à Monsieur Baillet, chef du bureau des élections à l’hôtel de ville. Celui-ci aura une réponse lapidaire : «Tirez-vous, ça pue !»
Le Président Albert essaye de savoir si elle avait perçu un fonctionnement anormal du bureau des élections Même pas, elle était totalement tenue à l’écart. Elle peut juste témoigner de l’omniprésence de Madame Tiberi dans les services, ce que son mari cautionnait complètement. Mme CT a travaillé ensuite à la Mairie du 6ème et a pu constater la différence « jamais la femme du maire du 6ème ne se serait comportée comme XT »

Arrive  maintenant Jocelyne Tabares, petite femme blonde de 55 ans qui a eu l’heur d’être secrétaire de Jean Tiberi de 1976 à 2002. Un bail de 26 ans! Là apparaît un autre aspect des abus de droit coutumiers du 5ème : Jocelyne T était contrainte de participer aux campagnes électorales comme une militante, ce qu’elle n’était pas précise-t-elle. Tracter sur les marchés, mettre sous plis à la permanence RPR, téléphoner aux gens pour leur demander de ne pas radier leur inscription sur les listes électorales. On a un exemple vivant du mélange des genres. Tout le personnel était réquisitionné pour tracter. Les ordres venaient de XT qui s’installait souvent dans le fauteuil du Maire. Mais il ne faisait de doute pour personne à la mairie que c’était Jean Tiberi le Maître.  « QUAND MA FEMME DONNE UN ORDRE C EST COMME SI C ETAIT MOI »
Les avocats posent alors des questions à J Tabares et Maitre Haik va créer un incident. Il y en aura 3 en tout : c’est sa journée.
Il demande au témoin : qui l’a contactée pour témoigner. : « C’est madame Cohen-Solal »

AH ! AH ! S’esclaffent les partisans du clan Tiberi. « Cela n’a rien de honteux » dit Lyne. S’ensuit un tel brouhaha que le président est obligé de faire une suspension de séance. En fait je comprends que Maître Haïk veut sous-entendre que le témoin aurait été acheté ! Rien de moins. La défense est mal en point et va tenter par ce genre d’incidents de brouiller les dépositions des témoins. Nous on est content de se dégourdir les jambes. Mais le temps tourne et le président a prévenu qu’il n’y aurait pas d’autre moment pour entendre ces sympathiques et désintéressés citoyens qui ont accepté de témoigner.
A la reprise on fait connaissance avec Monsieur Thierry Ottaviani. Surprise, un Corse un vrai, né à Bastia en 1974. C’est lui qui s’occupait de rédiger les discours du maire et le journal du 5ème. De 2001 à 2008. Cantonné au cabinet du Maire il a peu de contact avec les autres fonctionnaires. Par contre les faux électeurs il connaît car il est tombé dedans tout petit. Ses parents ont ainsi hébergé fictivement une tante et une cousine. «Ça m’étonnerait que ce soit de leur initiative » Plus grave il croit que sa cousine est encore dans cette situation en 2009.
Le témoignage de Monsieur Ottaviani est capital pour comprendre le fonctionnement de la mairie.
Très vite TO s’interroge sur le fait que Xavière lui donne des ordres, souvent de façon confuse. Comment il y aurait deux têtes à la direction ? Il demande des explications à jean Tiberi qui est très net «IL N Y A QU’ UNE TETE  C EST MOI » C’est intéressant car il a vraiment travaillé au plus près du maire. Il précise que Tiberi ne délègue pas facilement, qu’il supervise tout et qu’il exige que l’on obéisse à sa femme. Tout est dit.
OT comprend qu’il ne peut espérer aucune évolution professionnelle. L’ambiance étant devenue pesante il part à la fin de son contrat.
Ottaviani raconte une anecdote : Chirac est venu dans le 5ème et  Tiberi n’a pas été invité ce qui l’a affecté. Je lui ai dit que c’était à cause des affaires. Le Maire n’a pas apprécié.
Avocat partie civile : «  Madame Tiberi était-elle un électron libre ? »
TO : « c’est l’impression qu’elle donnait mais en fait ils étaient en parfait accord »

A la fin de l’audition du témoin Tiberi prend la parole à ma grande surprise. Il est blême.
1- je n’ai jamais dit d’obéir à ma femme.
2- TO voulait être nommé directeur adjoint du cabinet. J’ai refusé. Cela explique son départ.


Les partisanes de Tiberi trépignent derrière moi : Un Corse dont on connaît la mère, qui est une femme bien, elle, aller trahir son bienfaiteur…Elles n’ont pas entendu ce qui a motivé le témoin à venir à la barre «Je suis quelqu’un d’honnête ». Tout simplement.
Je note que pour que Tiberi prenne la parole maintenant c’est sûrement qu’il est inquiet du tour des choses. Sa défense repose sur l’absence de Xavière et son ignorance à lui des basses manœuvres du couple Nentien-Affret.

Le témoin suivant va illustrer le rôle du RPR
Le Président nous présente Monsieur Mazoyer qui n’est pas inconnu de la justice. Il a en effet été condamné dans l’affaire des faux-électeurs du 3ème arrondissement en 2006.
Le Président souligne l’efficacité et le soin mis à étudier les dossiers."Le tribunal veut savoir qui témoigne » Nous sommes béats d’admiration devant tant d’efficacité.
Monsieur Mazoyer se présente comme un citoyen en colère. Il dit qu’il est venu spontanément et qu’il a failli repartir le 1er jour en voyant la composition du Tribunal. Il a peur du remake. C’est encore un faux électeur repenti et non répertorié. Son père, garde républicain, avait oublié de radier sa famille en quittant la caserne du 21 rue Gracieuse en 1980. La contrepartie ? Classique un appartement dans le 12ème et même 2 car le premier ne convenait pas. A chaque fois c’est Monsieur Tiberi qui a reçu le papa garde républicain après un premier contact avec Xavière. Toute la famille a voté à 4 dans le 5ème pendant 15 ans jusqu’en 1995.
Question « votre père était militant ?»
PM « la garde républicaine est traditionnellement à droite »
Mais qu’a-t-il à dire sur le procès ? En fait il a été très blessé par le jugement rendu dans l’affaire Dominati sur les faux électeurs du 3ème arrondissement. Il ne peut accepter que les chefs vrais responsables s’en sortent et que les petits employés soient condamnés.
A mon avis, Mesdames Sanhoune et Affret devraient écouter attentivement ce qui risque de leur arriver dans un futur proche.
Monsieur Mazoyer militant a donc payé pour les autres. Condamné par le tribunal, il s’est retourné vers le RPR et Tiberi en particulier pour lui demander de prendre en charge les frais liés au procès qu’il juge indus. D’où une lettre que le témoin donne au président qui la fait circuler.
Tous les avocats s’agglutinent pour lire la lettre. On se croirait dans un dessin de Daumier.
Maître Haik refait son numéro « Comment avez-vous décidé de témoigner ? »
PM « j’ai contacté quelqu’un pour lui demander la marche à suivre »
« C’est moi » dit Lyne Cohen-Solal dans la salle. Elle reconnaît l’avoir orienté vers le tribunal sans s’être entretenue avec lui.
Tout cela n’est pas du goût de Haik qui proteste et le Président menace de faire évacuer la salle, ce qui a le don de ramener le calme. « Vous obligez le tribunal à faire des effets de manche » Je soupçonne notre Président d’affectionner ce genre de phrases.
En résumé Monsieur Mazoyer en a  gros sur le cœur d’être la victime d’une justice à deux vitesses. Il a été loyal envers le Maire du 3ème et son parti. Pour être abandonné ensuite avec des dommages-intérets à payer. C’est pas joli-joli mais ça a le mérite d’être clair. Détail sinistre : avant le jugement, les protagonistes du 3ème fêtaient leur prochaine victoire car tout le monde connaissait le résultat des courses à savoir la relaxe pour le chef du clan Dominati et aucune inéligibilité. Le lendemain dans la presse on ne parlait pas des petits, ceux qui avaient été condamnés « à la place des chefs »

Jean Ferrari vient ensuite témoigner de ce qu’il a constaté en participant aux commissions des listes électorales. Un brave retraité qui a travaillé à la Chancellerie et que le Préfet avait nommé pour le représenter. Il remarque quelques anomalies comme une radiation tardive (27 ans après le décès) des gens qui habitent dans un terrain vague, une personne habitant avenue Foch qui touchait le RMI dans le 5ème et à qui la mairie payait une chambre d’hôtel, sans doute pour pouvoir voter…
Jean Ferrari aime les rapports. Il en écrit beaucoup qu’il donne au Préfet. Sans réponse. Le Président lui demande copie de ces rapports. Savoir si Tiberi était au courant ? Jean Ferrari le pense Il précise qu’à la mairie les rares fois où il a posé des questions, seul Nentien l’écoutait et tentait de trouver à chaque fois une réponse apaisante. « Il était très tenu, dans sa fonction on est obligé de faire des concessions »
Monsieur Ferrari termine avec un gros soupir « j’aurais dû être plus vigilant »

Arrive Philippe Baillet, chef du bureau des élections et du recensement à la mairie de Paris. Il a eu droit en 1998 à une visite des gendarmes pour savoir si l’affaire n’était pas pilotée à partir du service central. 5 heures pour éplucher tous les papiers.
Monsieur Baillet avait eu le temps de se convaincre que les choses ne se passaient pas légalement à la Mairie du 5ème. C’est ainsi qu’un jeune attaché lui avait raconté les raids des employés municipaux dans les maisons de retraite pour engranger les procurations. « Oh les cons » aurait dit Comiti à cette nouvelle. Tout est à l’avenant : les bureaux de vote en étage sont interdits dans Paris sauf le 5ème La carte électorale y est composée en dépit du bon sens. Les habitants du haut de la Montagne Sainte Geneviève votent en bas et vice versa.
La grande Banlieue de Corte serait-elle mal gérée ?

Concernant Nentien le témoin déclare « il a hérité d’une situation il ne pouvait mettre en cause sa carrière ET PLUS QUE SA CARRIERE » Demandé de s’expliquer sur ce point P. Baillet dit simplement qu’un accident est vite arrivé. C’est bien ce que l’on avait compris.
Il fait soudainement un peu froid dans ce tribunal.
Le Président lui rappelle la phrase que relate Mme Choteau-Tremblay « vous avez dit : ça pue ! Dans un cas comme ça on se bouche le nez ou on nettoie. Qu’avez-vous fait ? »
Monsieur Baillet est intervenu pour que l’on passe de 36 bureaux de vote à 25. Il a alerté le Maire de Paris (Chirac) en 94 « on m’a fait comprendre que je commençais sérieusement à agacer. C’aurait été suicidaire de rester. » Bien sûr l’avancement de Monsieur Baillet a été saboté. Après 22 ans à un poste sensible « je suis considéré comme une nullité de première classe » Pas d’amertume pour autant. Un brave homme, je vous dis.
Il insiste sur le rôle particulier d’un maire en matière d’élection : c’est un agent de l’Etat qui peut être révoqué par le Préfet, il sort de son rôle purement administratif. Et Tiberi dans tout cà ? « J’ai du mal à croire que le Maire ignorait que la carte électorale du 5ème était faite en dépit du bon sens »
Ce brave homme n’a pas reçu de sac de plumes, lui ; il le signale avec humour.

Mais arrivent les vedettes de la journée : les gendarmes dont on a pu qu’admirer l’enquête, sur laquelle tout le procès s’appuie.  Le Tribunal ne leur posera donc aucune question. Seuls les avocats vont les interroger.
Et d’abord l’adjudant Bazin, 49 ans, qui a suivi l’enquête de 1999 à 2001
Il résume. Peu de gendarmes ont effectué ce travail, ils ne sont que 3 à connaître la genèse de l’histoire. Une enquête difficile avec 57800 personnes dans la circonscription. Les gendarmes ont travaillé au petit point ne voulant que des preuves irréfragables, comme ils disent.
 S’agissant des plaintes de prévenus M. Bazin précise qu’aucun  n’a été maltraité et aucune réponse suggérée. Personne n’a témoigné sous la contrainte ni Nentien ni un autre.
Je rappelle à mes fidèles lecteurs que Monsieur Tiberi était arrivé au Palais le 1er jour sous les douces appellations de « corrompu » et « escroc »
Il faut l’arrivée des gendarmes pour que le terme de CORRUPTION soit enfin prononcé de nouveau dans ce prétoire!
Question : « Avez-vous l’impression qu’un appartement, un emploi ou une place en crèche étaient proposés en contrepartie d’une inscription irrégulière sur les listes électorales ? »
Réponse : « oui sans ombrages »
 On peut être gendarme et poète.Ca me plait ! Il continue
 « Je précise que ces personnes n’avaient pas toujours ce qu’on leur avait promis et que d’autres se trouvaient inscrits sans même le savoir »
Les avocats demandent l’original du rapport de gendarmerie d’une taille gigantesque. Le tribunal réserve sa réponse, estimant que les documents fournis sont déjà très complets.
Tous les juristes vous diront comme moi que nous ne supportons que les textes originaux quelle que soit leur taille.

Le Maréchal-chef du logis Guessant témoigne pour clore la journée. C’’est d’ailleurs lui qui a clos l’enquête. Arrivé de l’Etranger en 2000 on lui a attribué ce dossier dont personne à la Gendarmerie ne voulait plus.

Il raconte les interrogatoires, les petits employés qui se sont mis à pleurer le plus souvent. La crise de nerf de Mockrycki après sa garde à vue Pourquoi ? Guessant pense qu’ils avaient enfin l’occasion de vider leur sac, de parler en dehors de leurs supérieurs hiérarchiques.
Madame Sanhoune dit qu’elle n’a pas pleuré. Le président la coupe en soupirant : on vous entendra demain. Hélas a-t-il l’air de penser.

Quetion « qui jouait les rôles prépondérants ? »
Guessant « Mesdames Affret et Tiberi. Il est inconcevable de penser que M. Tiberi n’était pas au courant. Madame Tiberi n’étant rien, le rôle de son mari est matérialisé »
D’ailleurs les allées et venues à la Mairie du 5ème sont notées quelque part. Le gardien de l’époque, à qui on avait reproché d’être fainéant, a noté tout ce qui entrait ou sortait de la mairie entre 94 et 98.
On ne se méfie jamais assez du petit personnel.
Mais on n’en saura pas plus ce soir car le Président se propose d’y revenir. Dommage !
Détail très important les gendarmes n’ont pas pu traiter les inscriptions avant 1994 pour raison de prescription qu’ils n’ont pas réussi à faire tomber. Conclusion : LA LISTE RETENUE NE CORRESPOND PAS A LA REALITE c’est important car vous connaissez la faucheuse tendance qu’ont les montagnes a accoucher de souris. La défense a bien l’intention de dire qu’au final il n’y a tout au plus que 200 noms ce qui serait, somme toute, raisonnable.
Le maréchal chef des logis salue en portant la main à son képi. On quitte le tribunal cette fois en se disant que les choses ont avancé. Enfin.
A suivre
Léa Sanchez


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