Chapeau à vendre (procès Tiberi 7ème jour)

Publié le par desirsdavenirparis5


Croquis de J.Giron
Après 2 semaines de procès on a un rêve nous aussi. On rêve à une dégradation en place publique comme Dreyfus aux Invalides. Mais la République ne réserve peut-être ces fastes qu’aux innocents. On rêve aussi à la statue du Commandeur, ce pourrait être  René Capitant ce grand juriste que Jean Tiberi a trahi en refusant de lui rendre son siège alors qu’il était son suppléant…
Mais revenons à la salle du tribunal où le procès entame sa troisième semaine. Au menu la dernière série d’interrogatoires on aborde enfin les implications personnelles de chacun. C’est la dernière ligne droite avant les confrontations. Les supporters des Tiberi remplissent entièrement le côté gauche de la salle. Le coté droit réunit plutôt des gens de gauche : les choses sont claires. Les supporters sont très silencieux cette fois. L’heure est grave et la question « qui va porter le chapeau ? » est dans tous les esprits.

 Le président Jean Paul Albert ouvre la séance à 14h avec Jacqueline Mockrycki.
Avec elle pas de surprise. Toujours habillée en fonctionnaire qui veut passer inaperçue costume noir et brushing court.
Pendant sa garde à vue elle a reconnu l’existence d’un système frauduleux. Depuis elle a tout oublié alors qu’elle est mise en cause par trois personnes. Tout juste reconnaît-elle la signature de Madame Affret sur un document. Elle répète que le fait de vouloir voter dans  le 5ème arrondissement ne la choquait pas. Le Procureur lui présente une autre pièce : la demande d’une famille pour une aide financière. Il est marqué dessus « voir s’ils votent » Elle ne reconnaît ni son écriture ni ses initiales JM qu’elle est la seule à porter à la Mairie.

Madame Affret qui aurait souffert d’un malaise cardiaque la semaine dernière paraît en forme. Mise en cause par plus de 10 personnes, elle a décidé d’avouer certaines manœuvres. Elle chipote juste sur le mot système qui ne lui plaît pas. Par moment aussi elle se cabre « ce n’est quand même pas moi qui suis l’organisatrice de tout ça » mais comme elle ne voit pas qui ça peut être…
Les choses se faisaient normalement, tout le monde s’entendait bien. Le paradis perdu d’Anne-Marie Affret.
Le président : « quand on pense permanence on pense Affret »
AMA : « vous voulez que je dise oui à ça aussi, eh bien non ! »
Rires nerveux dans le côté droit de la salle, là où les parties civiles s’impatientent. Le président Albert lui aussi est déçu « Ça avait bien commencé Mme Affret, là c’est moins bon » le côté juge d’instruction s’impose plus que jamais.
Anne Marie Affret tirait les cartes. C’est elle qui aurait donné les adresses au fur et à mesure, au petit bonheur quoi. Elle aussi qui donnait des consignes aux gardiens d’immeubles (ne pas répondre aux journalistes, les envoyer à Monsieur Le Bihan de l’OPAC)

Elle se revendique comme connaissant tout l’arrondissement. Sa famille habite là depuis 5 générations. Comme l’esprit famille est très important, tous les Vecchione sont logés fictivement ou pas par les soins d’Anne Marie Affret « comme à la campagne on allait voter en famille le dimanche »
On n’entend pas toujours très bien dans la salle, mais quand on demande à la greffière de monter le son du micro on obtient un léger Larsen qui n’arrange rien côté audition.
Madame Affret qui a manifestement décidé de jouer les victimes expiatoires ne peut s’empêcher de se défendre sur des détails.
Elle dit aussi que l’affaire ne concerne vraiment que moins de 200 noms et que le système, qui ne lui a rien rapporté existait depuis 1977. Tiens pourquoi cette date ? Les neurones des spectateurs se remettent à fonctionner, on se propose de rechercher à quoi ça correspond.
On apprend que Monsieur Mercier (vous savez le mari de la dame aux plumes) a agressé Madame Affret dans la rue.
Le président évoque maintenant le rôle de Nentien Et le jour où il avait demandé à Madame Affret de dire la vérité. Celle-ci lui avait répondu qu’elle ne pouvait pas.
Elle a toujours du mal à la dire la vérité ! D’ailleurs Nentien est aussi responsable en tant qu’administratif
AMA «  Pourquoi n’a –t-il pas jeté les faux papiers à la poubelle quand on les lui donnait ? »
Quel culot ! La foule des justiciables honnêtes s’agite pendant que les supporters de Tiberi restent mornes.
A la question judicieuse « Madame Tiberi prenait-elle ses ordres de Madame Affret ? » elle ne peut répéter que la rengaine usée jusqu’à la corde « elle tenait son rôle comme toutes les femmes de maire à Paris ». Heureusement qu’elles ne sont pas toutes de cet acabit.
C’est l’avocat de Nentien qui décoche la meilleure formule celle qui résume l’état d’esprit général :
« VOUS NE MANQUEZ PAS DE CYNISME. VOUS DITES : J’AI FAIT DES FAUX MAIS IL APPARTENAIT À NENTIEN DE LES METTRE A LA POUBELLE »
Le ton monte. Mme Affret termine très énervée dit que toute cette affaire profite à tout le monde sauf à elle, la malheureuse première élue qui aimerait bien avoir un poste de simple fonctionnaire. « Ils ont tous retrouvé un bon poste » regrette-t-elle
Le Président « madame Affret, vous voulez ajouter quelque chose ?»
AMA « non merci Monsieur le Président, j’ai été servie »

Arrive Xavière Tiberi. Mon voisin me dit « après le sergent voilà le colonel »
Le ton n’est plus aussi flamboyant. Xavière a du se faire taper sur les doigts par son avocat, elle se montre moins arrogante presque douce. On nous l’a changée ! C’est le fan club qui va être déçu. On la surprend même à lever le doigt quand elle a quelque chose à ajouter !
Sa posture étonne : elle porte sa veste rejetée en arrière, très bas sur les épaules pendant tout l’interrogatoire. Comme si elle avait besoin d’être entravée.
D’une voix relativement douce donc, elle dézingue tous ses contradicteurs
-    madame Harduin perd ses sens
-    madame Menigault errait en permanence dans les couloirs de la Mairie en lisant un journal accablant pour les Tiberi
-    Madame Mathias a menti dans sa déposition  C’est en 2000 qu’elle a fait sa demande pour partir « Je ne sais pas pourquoi cette femme me déteste » Son nouvel employeur va sûrement lui donner de l’augmentation. (elle parle de la Mairie de Paris bien sûr)
-    Madame Benilouche demandait à Tiberi de la mettre sur la liste des éligibles dans le 13ème. Elle lui en a voulu de ne pas le faire.
-    Le juge Touvenot pendant son interrogatoire lui montrait une bouteille vide en disant « pipeau »
-    Nentien est déchaîné, il dit n’importe quoi « c’est l’homme le plus amer de la terre »
Elle s’est aperçu par hasard ce matin qu’il était chargé des tampons…
-    Elle demande que madame Antonini démissionne et que madame François soit convoquée car elle n’a pu dire du mal d’elle.

La liste est longue. Il n’y a dans ce dossier que des menteurs et des malfaisants
Mais ils sont douze à oser la mettre en cause. Alors son portrait de brave  femme de Maire qui va chercher son mari le soir à la mairie, comme on va chercher son gosse à la crèche, ça ne prend évidemment pas.
Nous aussi on a envie de répéter en écho « pipeau » quand elle précise :
« Je n’ai jamais eu en main une carte d’électeur quelconque, je me demande pourquoi je suis ici, je suis tellement brouillon que j’aurais perdu toutes les cartes si je les avais eues en main »
« S’il y avait eu un système c’est 2 millions d’électeurs qui auraient été inscrits pas 196 » On frémit : toute la population de Paris intra-muros inscrite dans le cinquième ! Je parie qu’elle en a rêvé. D’ailleurs sur la liste retenue de 196 noms, tous n’ont pas voté et il y en avait un qui était communiste. Quelle horreur.
Comme c’est curieux : elle ne connaît pas non plus le nombre de sièges mis en jeu lors d’une élection.
L’avocat de Lyne Cohen-Solal évoque pour terminer un document de la main de Tiberi avec comme annotation « avis Xavière »
« Tiberi a toujours fait le contraire de ce qu’on lui dit. En définitive il fait ce qu’il veut »
Ce sera le mot de la fin pour sa déclaration du jour. Personne n’est convaincu par le nouveau visage de Xavière.

Monsieur Tiberi qui vient ensuite a pris acte des aveux de madame Affret : « elle a pensé agir de bonne foi ». Il est 19 heures le Palais de Justice est déjà dans les ténèbres. Je ne vais pas finir de plomber ma soirée en écoutant un édile qui ne sait même pas au bout de 40 ans où se situe le bureau des élections dans sa mairie.
Si ça ce n’est pas une faute professionnelle ?
A suivre.
Léa Sanchez


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