Vers un capitalisme nanti ?

Publié le par desirsdavenirparis5

Ce matin (7 février), l'esprit encore embrumé, les esgourdes engourdies, j'ai entendu qu'on parlait à la radio de la fondation du Nouveau Parti Anticapitaliste, de son congrès, de ses espoirs. Je ne sais à la suite de quelle liaison trop appuyée, j'ai distinctement perçu "…nanticapitaliste". Et j'ai cru comprendre qu'à terme nous aurions des capitalistes nantis avec un capitalisme garanti, gagé… Le NPA pour refonder le capitalisme ?
Surréaliste! Jamais une erreur les mots ne mentent pas…, avait proclamé Eluard. Ce /n/ appuyé donnait-il le véritable sens de l'entreprise audacieuse de renverser ce nouveau Baal, le Capital, responsable de tous les maux dont nous souffrons? Je me suis donc plongée dans le seul texte actuellement en ligne : le "Projet de principes fondateurs du "Nom du Parti"/NPA" :

"Parce qu'elle seule rendra possible des choix économiques démocratiques et rationnels, pris dans l'intérêt du plus grand nombre, la rupture avec le capitalisme est une condition nécessaire afin de stopper la crise écologique dont les effets catastrophiques commencent à se multiplier. Dans le cadre d'une nouvelle organisation de la société, dont la finalité sera l'utilité sociale et non plus le profit, les producteurs et les citoyens, autonomes et responsables, décideront de développer les activités économiques qui bénéficient à la collectivité, et écarteront celles qui mettent en danger les populations et leur environnement. Seule une société délivrée de la dictature du Capital sera en mesure de réconcilier l'Homme et la nature.
Une civilisation sans art et sans culture est une civilisation sans âme. La société émancipée du capitalisme mettra fin à la marchandisation des activités et des œuvres culturelles. Elle garantira l'accès de toutes et tous à la culture et favorisera le respect de la diversité culturelle."


Si je lis bien, le Capital ne disparaît pas. La société est seulement "délivrée" de sa "dictature". Il n'est question que de "rupture". Tout dépend de la manière dont elle s'opère. A l'amiable ?  Avec dédommagements (le principe des nationalisations avec indemnisation) ? On se doute bien que ce sera plutôt sur le mode brutal de la confiscation. Encore que… Le NPA s'engage à respecter les libertés formelles : "Il n’y aura aucun recul sur les libertés démocratiques, même formelles, conquises parfois sous le régime capitaliste. Le socialisme c’est au contraire le règne de la démocratie la plus réelle et la plus étendue."

Mais alors, et pour reprendre cette vision allégorique sortie du Roman de la Rose revu par l'écosocialisme, dans la lutte qui oppose l'Homme au Capital, que devient le ci-devant Capital qu'on aura détrôné? A l'exemple du dernier empereur de Chine, cultivera-t-il un jardin qui n'est plus le sien tandis que sa puissance d'oppression et d'exploitation sera transférée à l'Etat? Non puisque, au plan des principes, il s'agit d'avancer "vers l'auto-organisation (y compris celle des femmes) et l'autogestion démocratiques de la société". On redonne le pouvoir aux "travailleurs et à la population" : "C'est la démocratie des producteurs associés décidant librement et souverainement de quoi produire, comment et à quelles fins."
On connaît malheureusement la fin de ce genre d'idylle : l'Homme réconcilié avec dame nature se la réapproprie. A moins qu'auto-organisée elle-aussi, elle ne lui oppose une farouche auto-défense! On aura donc éliminé d'une façon ou d'une autre, non le Capital (?), mais une certaine forme particulièrement injuste et inégalitaire d'organisation sociale, dite Capitalisme, à laquelle on substituera une autre baptisée "Socialisme du XXIe siècle" (de préférence à "écosocialisme" finalement écarté par un vote du congrès de fondation). Comment ce nouveau système soucieux des droits et du bien-être de l'individu, encore plus atomisé que dans la société actuelle, pourra-t-il organiser les "personnes" de façon à ce qu'elles décident de façon "autonome et responsable" de "développer les activités économiques qui bénéficient à la collectivité" et non à leur intérêt privé. Qui décidera de "l'utilité sociale"?

Sans aller plus avant, rien qu'au flou sémantique qui entoure tout ce qui pourrait ressembler à un groupe, une catégorie et encore plus à une classe (le mot est peu et mal utilisé, sinon par référence obligée, et encore in-extremis, à la lutte des classes et au marxisme), on sent bien que cet agrégat qui englobe toutes les victimes d'oppression et de discrimination, dont les "personnes Lesbiennes, Gays, Bis, Trans et Intersexes (LGBTI)", ne peut constituer cet ensemble cohérent soudé par des codes communs qu'on appelle société. Au mieux, on aura des communautés  autogérées aux intérêts divergents ou concurrents. Comment cette nouvelle organisation assez peu organisée (on est proche du socialisme libertaire) n'évoluerait-elle pas alors, sous un autre nom peut-être, vers un capitalisme rénové et gagé par ces beaux principes, avec de nouveaux nantis jusqu'à ce que leurs privilèges soient abolis à leur tour? Et ainsi de suite jusqu'à la fin des temps qui ne saurait tarder vu l'état de la planète. La seule vérité des révolutions, c'est qu'elles sont toujours à recommencer.

Samedi 7 février 2008
Françoise Chenet

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