Jean-Pierre Mignard : "Aller devant le juge, c'était comme divorcer".

Publié le par desirsdavenirparis5

Un mois après la commission de récolement du PS, l'avocat de Ségolène Royal a accepté d'en raconter les coulisses à Rue89. Jean-Pierre Mignard, président de Désirs d'avenir, faisait partie des treize socialistes chargés d'examiner les réclamations des deux camps. C'est à l'issue de ces travaux que la victoire de Martine Aubry a été actée, que son avance a été portée de 42 à 102 voix.
Mais de travaux, pour Jean-Pierre Mignard, il n'y en a pas eus. Cette commission "n'avait que 70% des remontées des fédérations sur les résultats" et ne disposait que de "très peu de moyens" :
 "Est-ce que la commission a travaillé ? Non, la commission n'a pu que prendre en charge les protestations de part et d'autre. Sans être en mesure vraiment d'apporter des clarifications, et encore moins des preuves à l'appui des dires."
Comment est-elle dès lors parvenue à proclamer une avance de 102 voix en faveur de Martine Aubry ?
"C'est un chiffre qui restera pour toujours un chiffre magique."
L'avocat se serait bien passé de ce tour de passe-passe, mais au moins croît-il en connaître l'origine :
 "Le conseil national [qui a validé les conclusions de la commission, ndlr] a décidé politiquement de prendre une décision qu'il était juridiquement impossible de prendre."
"On ne se laissera pas voler la victoire", avait déclaré Manuel Valls, autre proche de Ségolène Royal, dès le soir du second tour de l'élection du premier secrétaire. Et d'assurer ensuite être prêt à faire reconnaître ses droits en justice, si un nouveau vote n'était pas organisé.
"Devant un juge civil, l'annulation était quasi acquise de droit"
Jean-Pierre Mignard en est convaincu: "Devant un juge civil, l'annulation était quasi acquise de droit." Etant donné "l'écart de voix minime" et "la somme des irrégularités", "le scrutin est entaché à l'origine et ne peut pas faire foi".
Pourtant, les revendications des royalistes n'ont pas plus été entendues qu'il n'y a eu d'actions en justice.
Le président de Désirs d'avenir en convient et l'explique sans "tourner autour du pot": "Aller devant le juge, c'était quand même entamer une procédure de divorce." Mais "la volonté de se séparer n'existait pas".
Pour éviter que pareille situation ne se représente, Jean-Pierre Mignard fait une quadruple recommandation:
    * "perfectionner la preuve de l'adhésion et les conditions pour pouvoir voter."
    * "Mettre en place dans tous les départements une commission composée de trois personnalités chargées d'étudier les incidents."
    * "Centraliser les bureaux de vote, en pensant aux conditions de transport des personnes âgées."
    * "Installer une commission nationale de récolement composée de trois ou cinq personnalités neutres qui fassent autorité."
Ni nouveau vote ni scrutin interne n'est cependant prévu avant la désignation du candidat socialiste pour la prochaine présidentielle. 2012, c'est dans trois ans, mais "2012, c'est demain" pour Ségolène Royal, qui semble donc loin d'avoir abdiqué.
"Désirs d'avenir est un mouvement compagnon du Parti socialiste"
Son avocat se refuse toutefois d'accréditer l'idée que Désirs d'avenir représenterait d'ici-là un Parti socialiste bis: "On n'est pas en compétition avec un parti politique lorsqu'on ne présente pas de candidat contre ce parti." Même s'il conçoit le rôle de l'association à côté du PS : "Nous sommes des passeurs politiques entre le parti et la société. On est un mouvement compagnon du Parti socialiste."
Attention, prévient-il tout de même. Si on ne les laissait pas être "très présents dans l'élaboration du programme" alors que Ségolène Royal est finalement désignée candidate par les militants socialistes, l'éclatement du parti s'avèrerait inéluctable:
 "Il faudrait convenir qu'il n'y a plus de parti. Il faudrait prendre acte de ce que décidément les enjeux de pouvoir interne du parti sont devenus des obstacles insurmontables à toute prétention de sa part à conquérir le pouvoir. Dans ce cas-là, chacun devrait en conscience en tirer les conséquences."

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